(Cliquer ici pour obtenir une version imprimable en mode portrait)

HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 10 FEVRIER 2005

  JM.VEZIN

Quelques points qui ont marqué notre temps     

La question du modernisme. Le dernier tiers du 19ème siècle voit une Eglise qui se sent agressée par le progrès des sciences. Elle se défend avec médiocrité en France, contrairement à l’Allemagne où, du fait de l’émulation entre universités catholiques et protestantes, se mène une recherche de qualité, par exemple avec Döllinger, qui se veut autonome par rapport au magistère : la recherche doit-elle donner des éléments pour nourrir la foi, ou est-ce la foi qui doit éclairer la recherche (comme le pense le magistère) ? Tel est en effet le débat. Pie IX était hésitant face au monde moderne, mais Léon XIII, pour remédier aux insuffisances intellectuelles des catholiques, promeut, avec retour aux textes originaux, le renouveau du thomisme, un thomisme parfois raide. Le progrès scientifique pose également la « question biblique » : faut-il  lire la Bible de façon littérale, ou en appliquant les méthodes de la critique historique et en tenant compte des découvertes archéologiques, paléontologiques… ? Sur ce point Léon XIII ouvre la possibilité d’une recherche, tout en en fixant des limites (encyclique Providentissimus Deus). C’est dans ce contexte que naît la crise du modernisme, notamment en France. Loisy faisait à la Catho de Paris des cours qui mettaient en cause les vues traditionnelles sur la Bible (alors considérée comme de l’ordre de la Révélation) : caractère historique de la Genèse, attribution à Moïse de la rédaction du Pentateuque … Démis de son enseignement en 1893, il élargit ses thèmes de recherche : réfléchissant au christianisme des origines, il constate une certaine rupture entre Jésus qui annonçait le Royaume et une Eglise qui est amenée à dire les choses autrement (texte 1) ; même si c’est toujours le même Esprit, les formulations changent ; c’est la question abordée par Newman du « développement du dogme » ; mais la façon dont Loisy soutient ses thèses scandalisent et il est condamné (car il risque de troubler les consciences dans un contexte marqué par ailleurs par un fort climat d’anticléricalisme). Finalement Pie X condamnera le modernisme (décret  Lamentabile, et encyclique Pascendi, 1907), ce qui conduira chez les Catholiques, sauf cas isolés (Lagrange à Jérusalem, texte 2), à un blocage de la recherche biblique (jusqu’à Pie XII, avec Divino Afflante Spiritu, 1943).

La mission et son évolution. L’effort missionnaire – les deux tiers des missionnaires sont français – redémarre au 19ème siècle, avec l’idée qu’il faut « briser » les cultures païennes pour implanter la « vraie » religion (elle même marquée par un Occident qui, parallèlement, développe la colonisation). Cependant on découvre que chez ces païens il y a aussi des gens admirables, dont les manières de vivre offrent des chemins possibles pour la Révélation : Pie XI prend cela en compte en insistant sur le respect des cultures et sur la création d’un clergé indigène. Parallèlement, on découvre, en Occident même, un prolétariat déchristianisé ; d’où la naissance de la JOC (1922), avec son schéma de reconquête (« refaire chrétiens nos frères ») ; pendant la guerre, le livre La France, pays de mission ? écrit par deux anciens aumôniers de la JOC (texte 3) insistera sur l’évangélisation spécifique des cultures ouvrières qui ne peut être assurée par les paroisses ; et Mgr Suhard créera la Mission de Paris. Ce sera alors l’expérience des prêtres ouvriers qui, renonçant pour une part  à leur propre statut, partagent la vie et les conceptions du monde ouvrier ; l’expérience sera condamnée en 1954, Pie XII estimant que le maintien d’une certaine conception du sacerdoce l’emportait sur l’évangélisation du monde ouvrier. Aujourd’hui encore, demeure dans la pratique la question, étudiée à Vatican II,  des rôles respectifs du sacerdoce et du laïcat.

L’œcuménisme et le monde catholique. La concurrence entre pasteurs missionnaires conduit les Protestants à se réunir en 1910 à Edimbourg pour définir des règles pratiques de comportements et approfondir les questions théologiques. Plus tard, en 1948, est créé le Conseil Œcuménique des Eglises (COE), fédération qui inclut les Orthodoxes. Mais le monde catholique n’accepte pas cette évolution, en dépit du travail de certains pionniers : – Portal, qui essaye de faire reconnaître par Léon XIII les ordinations anglicanes, mais en vain ; – Mercier qui initie les conversations de Malines, sans lendemain ; – Couturier, qui lance l’œcuménisme par  la prière (devenu la semaine de l’unité), et qui fonde le groupe des Dombes, lequel  poursuit encore aujourd’hui des travaux, dont l’autorité est reconnue; – Congar (texte 4), qui contribue à ouvrir les catholiques à l’œcuménisme … Mais l’opposition est forte : Pie XI interdit ce type de dialogue ( Mortalium animos,1928), la seule voie admise étant le « retour des dissidents ». L’ouverture se fera avec Jean XXIII, qui, hanté par la question de l’unité, créera le secrétariat pour l’unité des chrétiens et  invitera comme observateurs au concile orthodoxes et protestants.

Vers Vatican II. Face à une Eglise semblant immuable et souvent dure (Humani Generis marque l’arrêt de la « nouvelle théologie » ; Lubac, Congar, Rahner sont barrés), le monde catholique de l’après guerre bouillonne : on redécouvre la Bible (Bible de Jérusalem…), des travaux se mènent sur le mystère  de l’Eglise, la liturgie se transforme (restauration de la Semaine Sainte par Pie XII ; on n’assiste plus à la messe, on y participe), l’Action Catholique se poursuit, on réfléchit à la place des laïcs dans l’Eglise, au sacerdoce commun des baptisés … Alors qu’à l’Ouest, l’Eglise jouit de la liberté, l’Eglise persécutée derrière le Rideau de Fer, pose la question de la liberté religieuse. C’est tout cela qui va marquer le Concile Vatican II que convoquera Jean XXIII (texte 5).

Annexes :
Texte 1 : Loisy.
Texte 2 : Père Lagrange.
Texte 3 : La France, pays de mission.
Texte 4 : Congar et l’œcuménisme.
Texte 5 : Bulle d’indiction du Concile.
Texte 6 : Quelques livres sur l'histoire de la foi.