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HISTOIRE DE LA FOI CHRETIENNE
JEUDI 10 FEVRIER 2005

Texte 4

Le mouvement œcuménique vu par le Père Congar en 1937 
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Un fait nouveau s’est produit depuis moins d’un siècle : un mouvement qui, ayant commencé vers 1850, vigoureux dans les dernières années du XIXème siècle, a pris dans l’après-guerre une vigueur toute nouvelle et apparaît comme caractéristique du christianisme contemporain : ce mouvement qui porte les Eglises chrétiennes à désirer refaire l’unité perdue et, pour cela, à se connaître elles-mêmes profondément et à se comprendre les unes les autres, est le mouvement « œcuménique ». Il est constitué par un ensemble de sentiments, d’idées, d’œuvres ou d’institutions, de réunions ou de conférences, de cérémonies, de manifestations et de publications qui visent à préparer la réunion non seulement des chrétiens, mais des différentes Eglises actuellement existantes en une unité nouvelle. En fait, le mot « œcuménisme », qui est d’origine protestante, désigne actuellement une réalité bien concrète : l’ensemble de choses que nous venons de dire, sur la base d’une attitude et d’un certain nombre de convictions très spécifiées (sinon toujours très explicites et très précises). Il n’est pas le désir ou la tentative de réunir à une seule Eglise considérée comme seule vraie, des groupes chrétiens considérés comme dissidents. Il commence là où l’on tient qu’aucune confession chrétienne ne possède, en son état actuel, la plénitude du christianisme ; que, même si l’une d’entre elles est vraie, elle n’a cependant pas, comme confession, la totalité de la vérité, mais que d’autres valeurs chrétiennes existent en dehors d’elle, non seulement chez des chrétiens confessionnellement séparés d’elle, mais dans les autres confessions ou les autres Eglises comme confessions ou comme Eglises.

Dans la mesure où cet « œcuménisme » supposerait que les différentes chrétientés existantes, ayant toutes failli en quelque chose, ne possèdent chacune qu’une part de la vérité et devraient donc, se repentant et s’humiliant toutes devant Dieu, traiter sur pied d’égalité, consentir quelques sacrifices et s’unir dans la profession de ce qui leur est commun de christianisme, dans le respect de leurs différences ; dans la mesure où l’ « œcuménisme » serait cela, il ne saurait y avoir d’ « œcuménisme » catholique.

Yves M.-J. Congar. Chrétiens désunis. Editions du Cerf, Paris, 1937 

Un témoignage sur la situation d’après guerre en France 

Qui n’a pas vécu les années 45-47 du catholicisme français, a manqué l’un des plus beaux moments de la vie de l’Eglise. A travers une lente sortie de la misère, on cherchait, dans la grande liberté d’une fidélité aussi profonde que la vie, à rejoindre évangéliquement un monde auquel on venait d’être mêlé comme on ne l’avait pas été depuis des siècle. Que l’avenir de l’Eglise soit lié à l’avenir du monde, nous l’avons redécouvert depuis, mais c’était alors une évidence donnée dans l’expérience elle-même. Demeuré étranger pendant cinq ans[1] au travail très considérable qui s’était fait chez nous pendant la guerre, j’étais cependant d’avance accordé à ces orientations : mouvement biblique ; mouvement liturgique conçu dans un sens pastoral, non ritualiste ; renouveau de la communauté chrétienne ; mission, voire prêtres au travail ; recherche, dans le clergé d’une théologie éclairant les requêtes les plus authentiques de l’apostolat … Telles étaient les lignes de vie d’un réformisme qui avait, certes, ses périls, mais qui était sain dans ses racines et ses visées. Tout en lui apportant ma contribution, je m’appliquai à l’étudier dans son principe et dans ses conditions d’heureux développement.   

        Yves M-J. Congar, Chrétiens en dialogue, Edition du Cerf, Paris, 1964


[1] Le père Congar fut prisonnier cinq ans en Allemagne pendant la guerre.