LE CONCILE VATICAN II
VENDREDI 11 OCTOBRE 2002

 

Allocution du Saint-Père au peuple de Rome

Dans la soirée du 11 octobre, jour de l'ouverture du Concile, une immense procession aux flambeaux partant de tous Ies points de Rome a convergé vers la place Saint-Pierre, évoquant celle des Ephésiens en 431, après la proclamation de la Maternité divine de Marie. Le Saint-Père s'est montré à la foule de son balcon et, avant de la bénir, lui a adressé ces paroles :

   

 

       Chers fils, chers fils, j'entends vos voix. La mienne est une voix isolée, mais elle se fait l'écho de la voix du monde entier ; ici, en effet, le monde entier est représenté.
       On dirait que la lune elle-même s'est hâtée ce soir. Observez-la là-haut, en train de contempler ce spectacle. C'est que nous sommes à la fin d'une grande journée de paix, oui de paix : "Gloire à Dieu, et paix aux hommes de bonne volonté." (cf Luc 2,14).
       Il faut souvent répéter ce souhait. C'est surtout lorsqu'il nous est donné de constater que vraiment le rayonnement et la douceur du Seigneur nous unissent et nous saisissent, qu'il nous faut dire : Voici un avant-goût de ce que devrait être la vie de toujours, de tous les siècles, et de la vie qui nous attend pour l'éternité.
       Si je demandais, si je pouvais demander maintenant à chacun de vous : "De quelle région venez-vous ? ", les fils de Rome, qui sont ici spécialement représentés, répondraient : "Ah ! nous sommes vos fils les plus proches. Vous êtes notre Evêque, l'Evêque de Rome."
       Eh bien ! fils de Rome, vous avez conscience que vous représentez réellement la Rome, capitale du monde, caput mundi, ainsi que l'a voulu un dessein de la Providence, pour la diffusion de la vérité et de la pais chrétienne.
       Ces paroles sont la réponse à votre hommage.
       Ma personne ne compte pas ! c'est un frère qui vous parle, un frère devenu Père par la volonté de Notre-Seigneur. Mais tout cela, ensemble, paternité et fraternité, est une grâce de Dieu. Tout, tout.
       Continuons donc à nous aimer, à nous aimer ainsi, et dans cette rencontre efforçons-nous de recueillir ce qui nous unit, en laissant de côté, s'il y a lieu, ce qui pourrait susciter entre nous quelques difficultés.
       Nous sommes frères ! La lumière qui resplendit au-dessus de nous, qui est dans nos cœurs et dans nos consciences, c'est la lumière du Christ, du Christ qui veut vraiment dominer par sa grâce sur toutes les âmes.
       Ce matin, nous avons joui d'une vision que la basilique de Saint-Pierre elle-même, au cours de ses quatre siècles d'histoire, n'avait jamais contemplée.
       Nous appartenons donc à une époque dans laquelle nous sommes sensibles à la voix du ciel ; aussi, volons-nous suivre fidèlement le chemin que le Christ nous a indiqué.
       Maintenant, je vous donne la Bénédiction. J'aime inviter auprès de moi la Sainte Vierge, dont nous célébrons aujourd'hui la sublime prérogative.
       J'ai entendu l'un de vous rappeler le souvenir d'Ephèse et des flambeaux allumés autour de la basilique de cette ville, à l'occasion du IIIème Concile œcuménique, en 431. Il y a quelques années, j'ai vu de mes yeux les vestiges de cette ville, qui évoquent la proclamation du dogme de la Maternité divine de Marie.
       Eh bien ! en l'invoquant, en, levant tous ensemble le regard vers Jésus, son Fils, en pensant à tout ce qui, dans vos familles, est un sujet de joie, de paix, et aussi un peu de peine et de tristesse, accueillez de bon cœur cette Bénédiction du Père. Le spectacle qui m'est offert en ce moment est tel qu'il restera longtemps dans mon âme, comme il restera dans la vôtre. Faisons honneur à cette heure si précieuse. Que nos sentiments soient toujours ceux-là mêmes que nous exprimons en ce moment à la face du ciel et de la terre : foi, espérance, charité. Amour de Dieu, amour des frères ; et puis, tous ensemble, soutenus par la paix du Seigneur, en avant vers les œuvres de bien !
       De retour à la maison, vous y retrouverez vos petits enfants : faîtes-leur une caresse en disant : C'est la caresse du Pape. Vous y trouverez peut-être quelques larmes à essuyer. Ayez pour celui qui souffre une parole de réconfort. Que les affligés sachent que le Pape est avec ses fils, spécialement aux heures de tristesse et d'amertume. Enfin, tous, rappelons-nous particulièrement le lien de la charité et la confiance.
       À la Bénédiction s'ajoute aussi le souhait d'une bonne nuit, en vous recommandant de ne pas vous contenter seulement de bonnes intentions. Aujourd'hui on peut bien le dire, nous rentrons dans une année qui nous apportera des grâces insignes. Le Concile est commencé et nous ne savons quand il finira. S'il ne devait pas se terminer avant Noël parce que, peut-être, il ne sera pas possible pour cette date de tout dire, de traiter les différentes questions, ,alors une autre rencontre sera nécessaire. Eh bien, ce sera toujours une joie pour nos âmes, pour notre famille, pour Rome et pour le monde entier, de nous retrouver, en ne faisant qu'un cœur, qu'une âme. Aussi que ces jours soient bénis, nous les attendons avec une grande joie.