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Texte 1 (Discours
de Jean XXIII)
JEAN XXIII : GAUDET MATER ECCLESIA
Discours d'ouverture
du Concile Vatican II le 11 octobre 1962 (Extraits)
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Pour une Eglise tournée vers
l'avenir : le nécessaire aggiornamento[1]
" Les lumières de ce Concile seront pour l'Eglise,
Nous l'espérons, une source d'enrichissement spirituel. Après
avoir puisé en lui de nouvelles énergies, elle regardera sans
crainte vers l'avenir. En effet avec les aggiornamenti
qui s'imposent et grâce à l'instauration d'une sage coopération
mutuelle, l'Eglise fera en sorte que les hommes, les familles,
les nations tournent réellement leurs esprits vers les choses
d'en haut. "
Les prophètes de malheur
" ... il est une autre chose sur laquelle
il est bon d'attirer votre attention. Pour que soit plus complète
la sainte joie qui en cette heure remplit nos curs,
qu'il Nous soit permis de dire devant cette grande assemblée
que ce Concile cuménique s'ouvre dans des circonstances
particulièrement favorables.
Il arrive souvent que dans l'exercice
quotidien de notre ministère apostolique Nos oreilles soient
offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu'enflammés
de zèle religieux, manquent de justesse, de jugement et de
pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation
actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités;
ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré
par rapport aux siècles passés; ils se conduisent comme si
l'histoire, qui est maîtresse de vie, n'avait rien
à leur apprendre et comme si du temps des Conciles d'autrefois
tout était parfait en ce qui concerne la doctrine chrétienne,
les murs et la juste liberté de l'Eglise.
Il nous semble nécessaire de dire Notre
complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent
toujours des catastrophes, comme si le monde était près de
sa fin.
Dans le cours actuel des événements,
alors que la société humaine semble à un tournant, il vaut
mieux reconnaître les desseins mystérieux de la Providence
divine qui, à travers la succession des temps et des travaux
des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteignent
leur fin et disposent tout avec sagesse pour le bien de l'Eglise,
même les événements contraires .[2]
"
Un Concile "pastoral" - "Autre
le dépôt de la foi, autre la formulation dont on la revêt"
" ... Le XXIème Concile cuménique
.... veut transmettre dans son intégrité, sans l'affaiblir
ni l'altérer, la doctrine catholique qui, malgré les difficultés
et les oppositions, est devenue comme le patrimoine commun
des hommes. Certes ce patrimoine ne plaît pas à tous, mais
il est offert à tous les hommes de bonne volonté comme un
riche trésor qui est à leur disposition.
..................
Il faut que répondant au vif désir de
tous ceux qui sont sincèrement attachés à tout ce qui est
chrétien, catholique et apostolique, cette doctrine soit plus
largement et hautement connue, que les âmes soient plus profondément
imprégnées d'elle. Il faut que cette doctrine certaine et
immuable, qui doit être respectée fidèlement, soit approfondie
et présentée de façon qui répond aux exigences de notre époque.
En effet, autre est le dépôt lui-même de la foi, c'est-à-dire
les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et
autre est la formulation sous laquelle ces vérités sont énoncées,
en leur conservant toutefois le même sens et la même portée.
Il faudra attacher beaucoup d'importance à cette formulation
et travailler patiemment, s'il faut, à son élaboration ; et
on devra recourir à une façon de présenter qui correspond
mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral. "
Mettre en valeur la richesse
de la doctrine plutôt que de condamner
" ... L'Eglise n'a jamais cessé de
s'opposer aux erreurs. Elle les a même souvent condamnées,
et très sévèrement. Mais aujourd'hui, l'Epouse du Christ
préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de
brandir les armes de la sévérité. Elle estime que plutôt
que de condamner, elle répond mieux au besoin de notre époque
en mettant davantage en valeur les richessses de sa doctrine…
L'Eglise catholique, en brandissant
par ce Concile cuménique le flambeau de la vérité religieuse
au milieu de cette situation[3]
, veut être pour tous une mère très aimante, bonne, patiente,
pleine de bonté et de miséricorde pour ses fils qui sont séparés
d'elle. A l'humanité accablée sous le poids de tant de difficultés,
elle dit comme saint Pierre au pauvre qui lui demandait l'aumône
: "de l'argent et de l'or je n'en ai pas , mais ce que j'ai,
je te le donne : au nom de Jésus-Christ le Nazaréen, marche"
(Ac 3,6). "
La hantise de l'unité entre
les chrétiens
" Si l'Eglise a le souci de promouvoir
et de défendre la vérité, c'est parce que, selon le dessein
de Dieu, "qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent
à la connaissance de la vérité" (1 Tm 2,4)[4]
, sans l'aide de la vérité révélée tout entière, les hommes
ne peuvent parvenir à l'absolue et ferme unité des âmes à
laquelle sont liés toute vraie paix et le salut éternel.
Mais cette unité visible dans la vérité,
la famille des chrétiens tout entière ne l'a malheureusement
pas encore attteinte pleinement et complètement. Cependant,
l'Eglise catholique estime que son devoir est de faire
tous ses efforts pour que s'accomplisse le grand mystère de
cettte unité que Jésus-Christ, à l'approche de son sacrifice,
a demandé à son Père dans une ardente prière ; et elle éprouve
une douce paix à savoir qu'elle est unie à cette prière du
Christ. "
*
JEAN XXIII : ALLOCUTION
POUR LA CLOTURE DE LA PREMIERE SESSION (8 décembre 1962)
Les fruits attendus du Concile
" ... Dieu veuille que ces fruits ne soient
pas recueillis seulement par les fils de l'Eglise catholique,
mais qu'ils rejaillissent sur nos frères qui portent
le nom de chrétiens et aussi sur ces innombrables hommes
qui se glorifient d'un très ancien et glorieux patrimoine
de civilisation transmis par leurs ancêtres et qui n'ont pas
encore reçu la lumière chrétienne.[5]
"
Comment le pape voit l'après
concile : la nouvelle Pentecôte
" ...Lorsque le temps sera venu, il
s'agira d'étendre à tous les domaines de la vie de l'Eglise,
y compris le domaine social, les décisions de l'assemblée
conciliaire, et d'en appliquer les directives avec "une volonté
généreuse sincère et empressée[6]
" .
Cette étape très importante verra les
Pasteurs unis dans un effort gigantesque de prédication de
la saine doctrine et d'application des lois du Concile; et
à cette uvre seront appelés à collaborer le clergé diocésain
et régulier, les familles religieuses et les laïcs, chacun
selon ses attributions et ses possibilités. Tous devront faire
en sorte que les fidèles apportent une réponse joyeuse et
fidèle aux travaux du Concile cuménique.
Ce sera alors véritablement la nouvelle
Pentecôte si attendue, qui enrichira l'Eglise ... "
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[1]
Le mot aggiornamento avait déjà été employé par Pie XII à
propos de la nécessaire rénovation des ordres religieux, notamment
féminins. Mais Jean XXIII et le concile vont donner à ce mot
une tout autre portée, en sorte que ce mot d'aggiornamento
a pris désormais un sens si spécifique qu'il est devenu proprement
intraduisible.
[2]
Dans la Bulle d'indiction (convocation) du Concile du 25décembre
1961, Jean XXIII écrivait : " Pour Nous , Nous aimons faire
toute confiance au Sauveur du genre humain qui n'abandonne
pas les hommes qu'il a rachetés. "
[3]
Le pape vient d'évoquer quelques lignes auparavant cette situation
de "confiance exagérée dans le progrès technique" où l'expérience
a fini par apprendre aux hommes que "la violence extérieure
imposée aux autres, la puissance des armes, la domination
politique ne sont pas capables d'apporter une heureuse solution
aux graves problèmes qui les angoissent".
[4]
Rappelons que ce texte de la première épître à Timothée est
le texte biblique le plus cité par le Concile.
[5]
Dans son discours d'ouverture du Concile, Jean XXIII avait
déjà évoqué ces trois catégories. Elles préfigurent cette
extension du Peuple de Dieu que décrira le chapitre II de
la constitution Lumen gentium : §14 , les fidèles catholiques;
§15, nos frères chrétiens; §16, les autres hommes. Ces deux
derniers paragraphes préludant respectivement au décret sur
l'cuménisme (Unitatis redintegratio) et à la déclaration
sur l'Eglise et les religions non chrétiennes (Nostra Aetate).
[6]
Les mots entre guillemets sont une citation de la prière au
Saint Esprit pour le concile cuménique.
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