LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 17 OCTOBRE 2002

Texte 1 (Discours de Jean XXIII)
JEAN XXIII : GAUDET MATER ECCLESIA
Discours d'ouverture du Concile Vatican II le 11 octobre 1962 (Extraits)

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Pour une Eglise tournée vers l'avenir : le nécessaire aggiornamento[1]
" Les lumières de ce Concile seront pour l'Eglise, Nous l'espérons, une source d'enrichissement spirituel. Après avoir puisé en lui de nouvelles énergies, elle regardera sans crainte vers l'avenir. En effet avec les aggiornamenti qui s'imposent et grâce à l'instauration d'une sage coopération mutuelle, l'Eglise fera en sorte que les hommes, les familles, les nations tournent réellement leurs esprits vers les choses d'en haut. "

Les prophètes de malheur
" ... il est une autre chose sur laquelle il est bon d'attirer votre attention. Pour que soit plus complète la sainte joie qui en cette heure remplit nos cœurs, qu'il Nous soit permis de dire devant cette grande assemblée que ce Concile œcuménique s'ouvre dans des circonstances particulièrement favorables.
Il arrive souvent que dans l'exercice quotidien de notre ministère apostolique Nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu'enflammés de zèle religieux, manquent de justesse, de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés; ils se conduisent comme si l'histoire, qui est maîtresse de vie, n'avait rien à leur apprendre et comme si du temps des Conciles d'autrefois tout était parfait en ce qui concerne la doctrine chrétienne, les mœurs et la juste liberté de l'Eglise.
Il nous semble nécessaire de dire Notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin.
Dans le cours actuel des événements, alors que la société humaine semble à un tournant, il vaut mieux reconnaître les desseins mystérieux de la Providence divine qui, à travers la succession des temps et des travaux des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse pour le bien de l'Eglise, même les événements contraires .[2] "

Un Concile "pastoral" - "Autre le dépôt de la foi, autre la formulation dont on la revêt"
" ... Le XXIème Concile œcuménique .... veut transmettre dans son intégrité, sans l'affaiblir ni l'altérer, la doctrine catholique qui, malgré les difficultés et les oppositions, est devenue comme le patrimoine commun des hommes. Certes ce patrimoine ne plaît pas à tous, mais il est offert à tous les hommes de bonne volonté comme un riche trésor qui est à leur disposition.
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Il faut que répondant au vif désir de tous ceux qui sont sincèrement attachés à tout ce qui est chrétien, catholique et apostolique, cette doctrine soit plus largement et hautement connue, que les âmes soient plus profondément imprégnées d'elle. Il faut que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être respectée fidèlement, soit approfondie et présentée de façon qui répond aux exigences de notre époque. En effet, autre est le dépôt lui-même de la foi, c'est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et autre est la formulation sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée. Il faudra attacher beaucoup d'importance à cette formulation et travailler patiemment, s'il faut, à son élaboration ; et on devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral. "

Mettre en valeur la richesse de la doctrine plutôt que de condamner
" ... L'Eglise n'a jamais cessé de s'opposer aux erreurs. Elle les a même souvent condamnées, et très sévèrement. Mais aujourd'hui, l'Epouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que plutôt que de condamner, elle répond mieux au besoin de notre époque en mettant davantage en valeur les richessses de sa doctrine…
L'Eglise catholique, en brandissant par ce Concile œcuménique le flambeau de la vérité religieuse au milieu de cette situation[3] , veut être pour tous une mère très aimante, bonne, patiente, pleine de bonté et de miséricorde pour ses fils qui sont séparés d'elle. A l'humanité accablée sous le poids de tant de difficultés, elle dit comme saint Pierre au pauvre qui lui demandait l'aumône : "de l'argent et de l'or je n'en ai pas , mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ le Nazaréen, marche" (Ac 3,6). "

La hantise de l'unité entre les chrétiens
" Si l'Eglise a le souci de promouvoir et de défendre la vérité, c'est parce que, selon le dessein de Dieu, "qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité" (1 Tm 2,4)[4] , sans l'aide de la vérité révélée tout entière, les hommes ne peuvent parvenir à l'absolue et ferme unité des âmes à laquelle sont liés toute vraie paix et le salut éternel.
Mais cette unité visible dans la vérité, la famille des chrétiens tout entière ne l'a malheureusement pas encore attteinte pleinement et complètement. Cependant, l'Eglise catholique estime que son devoir est de faire tous ses efforts pour que s'accomplisse le grand mystère de cettte unité que Jésus-Christ, à l'approche de son sacrifice, a demandé à son Père dans une ardente prière ; et elle éprouve une douce paix à savoir qu'elle est unie à cette prière du Christ. "

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JEAN XXIII : ALLOCUTION POUR LA CLOTURE DE LA PREMIERE SESSION (8 décembre 1962)

Les fruits attendus du Concile
" ... Dieu veuille que ces fruits ne soient pas recueillis seulement par les fils de l'Eglise catholique, mais qu'ils rejaillissent sur nos frères qui portent le nom de chrétiens et aussi sur ces innombrables hommes qui se glorifient d'un très ancien et glorieux patrimoine de civilisation transmis par leurs ancêtres et qui n'ont pas encore reçu la lumière chrétienne.[5] "

Comment le pape voit l'après concile : la nouvelle Pentecôte
" ...Lorsque le temps sera venu, il s'agira d'étendre à tous les domaines de la vie de l'Eglise, y compris le domaine social, les décisions de l'assemblée conciliaire, et d'en appliquer les directives avec "une volonté généreuse sincère et empressée[6] " .
Cette étape très importante verra les Pasteurs unis dans un effort gigantesque de prédication de la saine doctrine et d'application des lois du Concile; et à cette œuvre seront appelés à collaborer le clergé diocésain et régulier, les familles religieuses et les laïcs, chacun selon ses attributions et ses possibilités. Tous devront faire en sorte que les fidèles apportent une réponse joyeuse et fidèle aux travaux du Concile œcuménique.
Ce sera alors véritablement la nouvelle Pentecôte si attendue, qui enrichira l'Eglise ... "

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[1] Le mot aggiornamento avait déjà été employé par Pie XII à propos de la nécessaire rénovation des ordres religieux, notamment féminins. Mais Jean XXIII et le concile vont donner à ce mot une tout autre portée, en sorte que ce mot d'aggiornamento a pris désormais un sens si spécifique qu'il est devenu proprement intraduisible.

[2] Dans la Bulle d'indiction (convocation) du Concile du 25décembre 1961, Jean XXIII écrivait : " Pour Nous , Nous aimons faire toute confiance au Sauveur du genre humain qui n'abandonne pas les hommes qu'il a rachetés. "

[3] Le pape vient d'évoquer quelques lignes auparavant cette situation de "confiance exagérée dans le progrès technique" où l'expérience a fini par apprendre aux hommes que "la violence extérieure imposée aux autres, la puissance des armes, la domination politique ne sont pas capables d'apporter une heureuse solution aux graves problèmes qui les angoissent".

[4] Rappelons que ce texte de la première épître à Timothée est le texte biblique le plus cité par le Concile.

[5] Dans son discours d'ouverture du Concile, Jean XXIII avait déjà évoqué ces trois catégories. Elles préfigurent cette extension du Peuple de Dieu que décrira le chapitre II de la constitution Lumen gentium : §14 , les fidèles catholiques; §15, nos frères chrétiens; §16, les autres hommes. Ces deux derniers paragraphes préludant respectivement au décret sur l'œcuménisme (Unitatis redintegratio) et à la déclaration sur l'Eglise et les religions non chrétiennes (Nostra Aetate).

[6] Les mots entre guillemets sont une citation de la prière au Saint Esprit pour le concile œcuménique.