(Cliquer ici pour obtenir une version imprimable en mode portrait)

LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 24 OCTOBRE 2002

  JM.VEZIN

La Révélation divine. Dei Verbum

Pour bien comprendre Dei Verbum, pour en mesurer la nouveauté, il faut le situer dans son contexte historique (cf document 4). Le Concile de Trente (1546), en affirmant l'importance de la Tradition, s'était opposé aux vues protestantes, qui ne faisaient référence qu'à l'Écriture ; pour les Pères de Trente, la Tradition ne pouvait être passée sous silence : le texte affirme en effet que la Révélation a une seule source, Jésus-Christ, et se manifeste dans les livres sacrés et dans les traditions - Mais cette affirmation, (d'une source unique), a été postérieurement interprétée comme s'il y avait deux sources de la révélation, d'une part l'Écriture et d'autre part la Tradition. Parallèlement, on voit s'affirmer, au cours du XIXème siècle, le rôle croissant du magistère sur les questions intéressant la foi : il y avait en quelque sorte la règle " proche " du magistère, l'Écriture constituant une règle plus " lointaine ", ou encore une sorte de réservoir d'où le magistère extrayait des " vérités à croire ".

Par ailleurs la recherche biblique se heurtait à de nombreuses critiques, parce qu'elle recourait souvent à des méthodes profanes et qu'elle avait parfois un caractère anticlérical. En 1907, ce " modernisme " était condamné, ce qui eut pour effet de stériliser partiellement le travail des exégètes catholiques jusqu'en 1943 (Pie XII).

C'est ce contexte qui explique les difficultés d'élaboration d'un nouveau document sur la Révélation, qui s'étalera sur toute la durée du Concile (cf document 5). Dès le début s'opposeront en effet la commission théologique (gardienne de la doctrine), et le secrétariat pour l'unité (sensible à ce que pensaient d'une part les protestants -insistance sur l'Écriture-, d'autre part les orthodoxes -insistance sur la Tradition-) ; en coulisse, les experts tels que Congar jouent un rôle important en donnant de nombreuses conférences aux évêques et en rédigeant des textes alternatifs. Face à des points de vue peu conciliables, Jean XXIII intervînt personnellement pour créer une commission mixte : le texte final, adopté à la dernière session du concile (1965) aura été le fruit d'âpres discussions et de nombreux amendements. Toutes ces difficultés tiennent d'une part au caractère fondamental de ce sujet pour l'Église, mais aussi au mode de Fonctionnement d'un Concile, qui ne cherche pas à imposer une loi du plus fort à une minorité, mais à dire la foi de l'Église telle que doit l'exprimer le consentement unanime des Pères. Consentement que reflétera le vote final .- 2344 oui ; 6 non.

Dès son préambule, Dei Verbum (cf texte 2) retourne à la tradition profonde de l'Église - c'est la parole de Dieu que l'on écoute (et non celle du magistère) ; la Révélation, c'est " ce que nous avons vu et entendu ", c'est-à-dire le Christ (ce n'est donc plus un ensemble de vérités à croire). Le chapitre 1, de même, décrit la Révélation comme révélation de Dieu au sein d'une histoire, au travers de gestes et de paroles.

La Tradition est présentée au chapitre II comme un moyen de transmission de cette Révélation : l'Écriture est la parole de Dieu ; la Tradition la transmet, en particulier en authentifiant les livres saints (la Tradition n'ajoute pas à l'Écriture, elle ne fait que discriminer ce qui est canonique de ce qui ne l'est pas), et en permettant de mieux la comprendre (rôle d'interprétation) ; le rôle du magistère est de servir cette Parole.

Dei Verbum indique par ailleurs que, pour consigner sa parole, Dieu a choisi des hommes qui sont de vrais auteurs, avec leurs qualités et leur style propres, et qui sont inspirés par l'Esprit Saint (mais ils n'ont pas, comme pour le Coran, écrit sous la dictée de Dieu). Ce qui explique le rôle des exégètes pour " mûrir le jugement de l'Église ". Les chapitres IV et V traitent de l'Ancien et du Nouveau Testaments : l'Ancien doit, pour nous, se lire à la lumière de la Résurrection (ce qui n'est pas le cas pour les Juifs) ; de même, les Evangiles, dont Dei Verbum souligne l'historicité, ont été rédigés par des auteurs qui cherchaient à proclamer à destination des Eglises, afin qu'elles croient, " des choses vraies et authentiques " sur Jésus. Enfin le chapitre VI souligne plusieurs points importants pour la vie de l'Église - le fait que la liturgie nous propose une " double table ", celle de la Parole de Dieu, et celle du Corps du Christ. la nécessité de traduire la Bible (y compris une traduction œcuménique) afin de faciliter son accès ; la nécessité que tous la lisent : non seulement les clercs, mais aussi tous les chrétiens - le rôle important des exégètes, qui doivent travailler sous la " vigilance " (et non sous la conduite) du magistère.

Annexes :
Document 4 : Le contexte de Dei Verbum
Document 5 : Dei Verbum : La difficile élaboration du texte
Texte 2 : Dei Verbum : Constitution dogmatique sur la révélation divine (Extraits)