|
La Révélation
divine. Dei Verbum
Pour bien comprendre Dei Verbum, pour en mesurer
la nouveauté, il faut le situer dans son contexte historique
(cf document 4).
Le Concile de Trente (1546), en affirmant l'importance de
la Tradition, s'était opposé aux vues protestantes, qui ne
faisaient référence qu'à l'Écriture ; pour les Pères de Trente,
la Tradition ne pouvait être passée sous silence
: le texte affirme en effet que la Révélation a une seule
source, Jésus-Christ, et se manifeste dans les livres sacrés
et dans les traditions - Mais cette affirmation, (d'une
source unique), a été postérieurement
interprétée comme s'il y avait deux sources
de la révélation, d'une part l'Écriture
et d'autre part la Tradition. Parallèlement, on voit s'affirmer,
au cours du XIXème siècle, le rôle croissant du magistère
sur les questions intéressant la foi : il y avait en quelque
sorte la règle " proche " du magistère, l'Écriture constituant
une règle plus " lointaine ", ou encore une sorte de réservoir
d'où le magistère extrayait des " vérités à croire ".
Par ailleurs la recherche biblique se heurtait à
de nombreuses critiques, parce qu'elle recourait souvent à
des méthodes profanes et qu'elle avait parfois un caractère
anticlérical. En 1907, ce " modernisme " était condamné, ce
qui eut pour effet de stériliser partiellement le travail
des exégètes catholiques jusqu'en 1943 (Pie XII).
C'est ce contexte qui explique les difficultés d'élaboration
d'un nouveau document sur la Révélation, qui s'étalera sur
toute la durée du Concile (cf document
5). Dès le début s'opposeront en effet la commission
théologique (gardienne de la doctrine), et le secrétariat
pour l'unité (sensible à ce que pensaient d'une part les protestants
-insistance sur l'Écriture-, d'autre part les orthodoxes -insistance
sur la Tradition-) ; en coulisse, les experts tels que Congar
jouent un rôle important en donnant de nombreuses conférences
aux évêques et en rédigeant des textes alternatifs. Face à
des points de vue peu conciliables, Jean XXIII intervînt
personnellement pour créer une commission mixte : le
texte final, adopté à la dernière session
du concile (1965) aura été le fruit d'âpres
discussions et de nombreux amendements. Toutes ces difficultés
tiennent d'une part au caractère fondamental de ce sujet pour
l'Église, mais aussi au mode de Fonctionnement d'un Concile,
qui ne cherche pas à imposer une loi du plus fort à une minorité,
mais à dire la foi de l'Église telle que doit l'exprimer le
consentement unanime des Pères. Consentement que reflétera
le vote final .- 2344 oui ; 6 non.
Dès son préambule, Dei Verbum (cf texte
2) retourne à la tradition profonde de l'Église -
c'est la parole de Dieu que l'on écoute (et non celle du magistère)
; la Révélation, c'est " ce que nous avons vu et entendu ",
c'est-à-dire le Christ (ce n'est donc plus un ensemble de
vérités à croire). Le chapitre 1, de même, décrit la Révélation
comme révélation de Dieu au sein d'une histoire, au travers
de gestes et de paroles.
La Tradition est présentée au chapitre II comme un
moyen de transmission de cette Révélation : l'Écriture est
la parole de Dieu ; la Tradition la transmet, en particulier
en authentifiant les livres saints (la Tradition n'ajoute
pas à l'Écriture, elle ne fait que discriminer ce qui est
canonique de ce qui ne l'est pas), et en permettant de mieux
la comprendre (rôle d'interprétation) ; le rôle du magistère
est de servir cette Parole.
Dei Verbum indique par ailleurs que,
pour consigner sa parole, Dieu a choisi des hommes qui sont
de vrais auteurs, avec leurs qualités et leur style propres,
et qui sont inspirés par l'Esprit Saint (mais ils n'ont pas,
comme pour le Coran, écrit sous la dictée de Dieu). Ce qui
explique le rôle des exégètes pour " mûrir le jugement de
l'Église ". Les chapitres IV et V traitent de l'Ancien et
du Nouveau Testaments : l'Ancien doit, pour nous, se lire
à la lumière de la Résurrection (ce qui n'est pas le cas pour
les Juifs) ; de même, les Evangiles, dont Dei Verbum souligne
l'historicité, ont été rédigés par des auteurs qui cherchaient
à proclamer à destination des Eglises, afin qu'elles croient,
" des choses vraies et authentiques " sur Jésus. Enfin le
chapitre VI souligne plusieurs points importants pour la vie
de l'Église - le fait que la liturgie nous propose une " double
table ", celle de la Parole de Dieu, et celle du Corps du
Christ. la nécessité de traduire la Bible (y compris une traduction
œcuménique) afin de faciliter son accès ; la nécessité que
tous la lisent : non seulement les clercs, mais aussi tous
les chrétiens - le rôle important des exégètes, qui doivent
travailler sous la " vigilance " (et non sous la conduite)
du magistère.
Annexes :
Document
4 : Le contexte de Dei Verbum
Document 5
: Dei Verbum : La difficile élaboration du texte
Texte 2 : Dei
Verbum : Constitution dogmatique sur la révélation
divine (Extraits)
|