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La constitution
sur l'Eglise. Lumen Gentium
En
juin 1963, Jean XXIII meurt, et un nouveau pape est élu,
Mgr Montini, qui prend le nom de Paul VI. Issu d'une grande
famille intellectuelle de Lombardie, Mgr Montini a été
pendant trente ans en poste au Vatican, à la secrétairerie
d'Etat ; proche de Pie XII, il fut chargé des affaires
" ordinaires " ce qui le mettait en relation avec les
épiscopats, qu'il connaît donc bien. Nommé en 1954 archevêque
de Milan, Jean XXIII le nomme cardinal en décembre 1958.
Il prend une part active à la préparation du Concile,
et dès son élection au pontificat il annonce que celui
ci sera poursuivi. Dans son discours d'ouverture de la
deuxième session (cf. texte
3), il imprime sa marque aux travaux ultérieurs,
d'une part en les centrant sur la personne du Christ,
d'autre part en leur assignant quatre buts : approfondir
la conscience que l'Eglise a d'elle même ; réfléchir au
renouveau de cette Eglise ; travailler à son unité (et
il fait acte de repentance pour la séparation entre chrétiens)
; ouvrir le dialogue avec le monde (en dépit d'une certaine
amertume qu'il éprouve à l'égard de ce monde).
C'est donc la " question de l'Eglise " qu'aborde
Lumen Gentium. À l'époque de la chrétienté,
monde et Eglise ne font qu'un, et il n'y avait pas de
réflexion systématique sur l'Eglise. Au XIVème siècle,
l'apparition d'une compétition entre le pouvoir du pape
et celui des princes se traduit par une approche institutionnelle
et juridique de l'Eglise. Mais à partir du XVIIIème siècle
et plus encore au XIXème siècle l'Eglise-institution est
contestée par une partie de l'opinion ce qui l'amène à
réfléchir sur sa nature. . A l'époque de Vatican I, l'Eglise
est surtout perçue comme une hiérarchie et des clercs.
À partir des années vingt, toutefois, le renouveau
biblique, l'apparition de l'Action Catholique, la réflexion
même sur l'Eglise… conduisent Pie XII, en 1943, à la présenter
dans Mystici Corporis, non plus comme une institution,
mais comme Corps Mystique du Christ (que cependant il
n'identifie qu'à l'Eglise romaine). Mais Vatican II est
le premier à vraiment se demander : " Eglise, qui es-tu
? "
Le premier chapitre (cf. texte
4) ne traite pas de la nature de l'Eglise, comme
s'il fallait lui donner une définition précise, mais du
" mystère " de l'Eglise, c'est-à-dire d'une réalité complexe,
inscrite dans le dessein de Dieu, qu'on ne peut enserrer
intellectuellement, mais que l'on peut percevoir au travers
d'une multitude d'images bibliques (troupeau, famille,
temple saint…) Cette Eglise du Christ est indissolublement
constituée d'un " double élément humain et divin " que
l'on peut prudemment comparer au mystère du Verbe incarné.
Le concile ajoute que cette Eglise du Christ " subsiste
" dans l'Eglise catholique, sans que l'on puisse totalement
l'identifier à elle car des éléments de sanctification
existent en effet hors de sa sphère.
Le chapitre deux traite du " peuple de Dieu ",
et non, comme le prévoyait une première version, du rôle
des évêques. Cette primauté donnée par le texte au peuple
des baptisés, que ceux ci soient clercs ou laïcs, hommes
ou femmes…, d'un peuple " convoqué " par Dieu, est à la
fois nouvelle et significative. C'est peut-être un petit
peuple, mais il constitue pour l'ensemble du genre humain
un germe d'espérance et de salut. Ce peuple est sacerdotal
: sacerdoce ministériel et sacerdoce commun des fidèles
participent " chacun selon son mode propre " à l'unique
sacerdoce du Christ. Le sacerdoce des baptisés s'exerce
notamment quand ils font fructifier les sacrements qu'ils
reçoivent. Ce peuple est prophétique : le peuple, au moment
où il croit, ne peut se tromper dans la foi, et l'infaillibilité
de ceux qui enseignent repose sur cette infaillibilité
de l'ensemble du peuple chrétien (au moment où il croit).
Tous les hommes ont vocation à se rassembler dans ce peuple
de Dieu : les fidèles catholiques, mais aussi les baptisés
non catholiques, orthodoxes, protestants… (on trouve ici
la préfiguration du décret ultérieur sur l'œcuménisme),
les non-chrétiens, en particulier les juifs et les musulmans
qui adorent le Dieu unique, et plus généralement tous
ceux qui cherchent un Dieu qu'ils ignorent.
C'est cette Eglise que, dès l'introduction, Lumen
Gentium présente comme le " sacrement du salut " pour
le genre humain, c'est-à-dire à la fois le signe et le
moyen, qui manifeste que le Christ est la lumière des
peuples, et qui fait resplendir cette lumière sur tous.
Annexes :
Texte
3 : Discours de Paul VI pour l'ouverture de la
deuxième session
Texte 4
: Lumen Gentium, chapitres 1 & 2 (extraits)
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