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LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 07 NOVEMBRE 2002

  JM.VEZIN

La constitution sur l'Eglise. Lumen Gentium

En juin 1963, Jean XXIII meurt, et un nouveau pape est élu, Mgr Montini, qui prend le nom de Paul VI. Issu d'une grande famille intellectuelle de Lombardie, Mgr Montini a été pendant trente ans en poste au Vatican, à la secrétairerie d'Etat ; proche de Pie XII, il fut chargé des affaires " ordinaires " ce qui le mettait en relation avec les épiscopats, qu'il connaît donc bien. Nommé en 1954 archevêque de Milan, Jean XXIII le nomme cardinal en décembre 1958. Il prend une part active à la préparation du Concile, et dès son élection au pontificat il annonce que celui ci sera poursuivi. Dans son discours d'ouverture de la deuxième session (cf. texte 3), il imprime sa marque aux travaux ultérieurs, d'une part en les centrant sur la personne du Christ, d'autre part en leur assignant quatre buts : approfondir la conscience que l'Eglise a d'elle même ; réfléchir au renouveau de cette Eglise ; travailler à son unité (et il fait acte de repentance pour la séparation entre chrétiens) ; ouvrir le dialogue avec le monde (en dépit d'une certaine amertume qu'il éprouve à l'égard de ce monde).

C'est donc la " question de l'Eglise " qu'aborde Lumen Gentium. À l'époque de la chrétienté, monde et Eglise ne font qu'un, et il n'y avait pas de réflexion systématique sur l'Eglise. Au XIVème siècle, l'apparition d'une compétition entre le pouvoir du pape et celui des princes se traduit par une approche institutionnelle et juridique de l'Eglise. Mais à partir du XVIIIème siècle et plus encore au XIXème siècle l'Eglise-institution est contestée par une partie de l'opinion ce qui l'amène à réfléchir sur sa nature. . A l'époque de Vatican I, l'Eglise est surtout perçue comme une hiérarchie et des clercs. À partir des années vingt, toutefois, le renouveau biblique, l'apparition de l'Action Catholique, la réflexion même sur l'Eglise… conduisent Pie XII, en 1943, à la présenter dans Mystici Corporis, non plus comme une institution, mais comme Corps Mystique du Christ (que cependant il n'identifie qu'à l'Eglise romaine). Mais Vatican II est le premier à vraiment se demander : " Eglise, qui es-tu ? "

Le premier chapitre (cf. texte 4) ne traite pas de la nature de l'Eglise, comme s'il fallait lui donner une définition précise, mais du " mystère " de l'Eglise, c'est-à-dire d'une réalité complexe, inscrite dans le dessein de Dieu, qu'on ne peut enserrer intellectuellement, mais que l'on peut percevoir au travers d'une multitude d'images bibliques (troupeau, famille, temple saint…) Cette Eglise du Christ est indissolublement constituée d'un " double élément humain et divin " que l'on peut prudemment comparer au mystère du Verbe incarné. Le concile ajoute que cette Eglise du Christ " subsiste " dans l'Eglise catholique, sans que l'on puisse totalement l'identifier à elle car des éléments de sanctification existent en effet hors de sa sphère.

Le chapitre deux traite du " peuple de Dieu ", et non, comme le prévoyait une première version, du rôle des évêques. Cette primauté donnée par le texte au peuple des baptisés, que ceux ci soient clercs ou laïcs, hommes ou femmes…, d'un peuple " convoqué " par Dieu, est à la fois nouvelle et significative. C'est peut-être un petit peuple, mais il constitue pour l'ensemble du genre humain un germe d'espérance et de salut. Ce peuple est sacerdotal : sacerdoce ministériel et sacerdoce commun des fidèles participent " chacun selon son mode propre " à l'unique sacerdoce du Christ. Le sacerdoce des baptisés s'exerce notamment quand ils font fructifier les sacrements qu'ils reçoivent. Ce peuple est prophétique : le peuple, au moment où il croit, ne peut se tromper dans la foi, et l'infaillibilité de ceux qui enseignent repose sur cette infaillibilité de l'ensemble du peuple chrétien (au moment où il croit). Tous les hommes ont vocation à se rassembler dans ce peuple de Dieu : les fidèles catholiques, mais aussi les baptisés non catholiques, orthodoxes, protestants… (on trouve ici la préfiguration du décret ultérieur sur l'œcuménisme), les non-chrétiens, en particulier les juifs et les musulmans qui adorent le Dieu unique, et plus généralement tous ceux qui cherchent un Dieu qu'ils ignorent.

C'est cette Eglise que, dès l'introduction, Lumen Gentium présente comme le " sacrement du salut " pour le genre humain, c'est-à-dire à la fois le signe et le moyen, qui manifeste que le Christ est la lumière des peuples, et qui fait resplendir cette lumière sur tous.

Annexes :
Texte 3 : Discours de Paul VI pour l'ouverture de la deuxième session
Texte 4 : Lumen Gentium, chapitres 1 & 2 (extraits)