|
Texte 3
PAUL VI : Discours pour l'ouverture de la deuxième session
(29 septembre 1963) (Extraits)
Tout en magnifiant
Jean XXIII, Paul VI replace le Concile dans la continuité
de Vatican I
Après avoir évoqué
"le phénomène humain et divin" que constitue le concile,
s'être présenté lui-même comme "le serviteur des serviteurs
de Dieu" et annoncé l'envoi prochain d'une encyclique[1]1,
Paul VI évoquant la mémoire de Jean XXIII parle comme
s'il s'adressait directement à lui :
"Soyez remercié et magnifié, cher
et vénéré pape Jean, qui, par une inspiration divine,
avez convoqué ce Concile pour ouvrir à l'Eglise des sentiers
nouveaux et faire jaillir sur terre de nouvelles et fraîches
sources de grâce qui étaient encore cachées. C'est par
une décision indépendante de toute impulsion d'ordre humain
et de toute contrainte imposée par les circonstances,
mais comme par un pressentiment des desseins de Dieu et
une intuition des besoins obscurs qui tourmentent notre
époque, que vous avez repris le fil brisé du Ier Concile
du Vatican. Vous avez ainsi spontanément dissipé la
défiance indûment nourrie à la suite de ce Concile par
certains pour qui les pouvoirs suprêmes conférés par le
Christ au Pontife romain et reconnus par ce Concile suffiraient
pour gouverner l'Eglise, sans l'aide des conciles cuméniques.
Vous avez appelé vos Frères, les successeurs
des apôtres, non seulement pour qu'ils poursuivent
l'étude doctrinale interrompue et le travail législatif
suspendu, mais pour qu'ils se sentent unis au Pape
dans un même Corps et reçoivent de sa part soutien et
direction, afin que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne
soit mieux conservé et présenté de façon plus efficace.
Mais tout en marquant de la sorte l'objectif le plus
élevé du Concile, vous lui avez joint un autre
but plus urgent et de nature actuellement plus bienfaisante,
le but pastoral, en déclarant : Nous n'avons pas
comme premier objectif de discuter certains chapitres
fondamentaux de la doctrine de l'Eglise, mais plutôt que
cette doctrine soit approfondie et exposée de la façon
qui répond aux exigences de notre époque....."
L'insistance
de Paul VI : tout recentrer sur le Christ
"Reprenons donc notre marche, vénérables
Frères. Cette résolution suscite en Notre esprit une autre
pensée qui est si capitale et si lumineuse que Nous Nous
sentons tenu d'en faire part à cette assemblée, bien que
celle-ci en soit déjà pleinement avertie et éclairée.
(Cette pensée), c'est
le Christ, le Christ qui est notre principe, le Christ
qui est notre voie et notre guide, le Christ qui est notre
espérance et notre fin.
Puisse ce Concile avoir pleinement
présent à l'esprit ce rapport entre nous et Jésus-Christ,
entre l'Eglise sainte et vivante que nous sommes et le
Christ de qui nous venons, par qui nous vivons, à qui
nous allons..... Que sur cette assemblée ne brille d'autre
lumière que le Christ, lumière du monde. Que nulle vérité
ne retienne notre intérêt, hormis les paroles du Seigneur
notre Maître unique! Qu'une seule inspiration nous dirige
: le désir de lui être absolument fidèles! N'ayons d'autre
appui que la confiance née de sa promesse et qui rassure
notre faiblesse irrémédiable : et maintenant moi je
serai avec vous toujours jusqu'à la fin du monde (Mt
28,20).
Paul VI précise
les quatre buts principaux du Concile
1) La conscience de l'Eglise
qui doit "donner d'elle-même une définition plus
approfondie" ...."faire tout son possible pour que les
hommes la reconnaissent vraiment telle qu'elle est"...."C'est
pourquoi le thème principal de cette deuxième session
du Concile sera l'Eglise. Sa nature intime sera étudiée
à fond , pour en donner, dans les limites permises au
langage humain, une définition qui puisse mieux nous instruire
sur sa constitution réelle et fondamentale et nous faire
mieux découvrir les multiples aspects de sa mission de
salut.
Parmi les divers problèmes......Tout
en en sauvegardant les déclarations dogmatiques du Ier
Concile du Vatican sur le Pontife romain, il s'agit maintenant
d'approfondir la doctrine de l'épiscopat, de ses fonctions
et de ses rapports avec Pierre.....Il faudra traiter aussi
de la composition du Corps visible mystique qu'est
l'Eglise...c'est- à- dire des prêtres, des religieux,
des fidèles ainsi que des frères qui sont séparés de nous
et sont appelés, eux aussi, à faire pleinement partie
de ce Corps."
2) Le renouveau de l'Eglise
"..... Le renouveau visé par le Concile ne
consiste pas en un bouleversement de la vie présente de
l'Eglise ni en une rupture avec sa tradition dans ce que
celle-ci a d'essentiel, de vénérable, mais elle est plutôt
un hommage rendu à cette tradition, dans l'acte même qui
veut la débarrasser de tout ce qu'il y a en elle de caduc
et de défectueux, pour la rendre authentique et féconde."
3) L'unité dans la diversité
"Il y a ensuite un troisième objectif proposé
au Concile et qui constitue, en un certain sens, son
drame spirituel. Il Nous a été assigné, lui aussi
par le pape Jean XXIII, et il concerne "les autres chrétiens",
c'est-à-dire ceux qui croient en Jésus-Christ, mais que
nous n'avons pas le bonheur de compter parmi ceux qui
sont associés à nous par le lien de la parfaite unité
du Christ. ...
Quelle est l'attitude du Concile en
face de ces immenses groupes de frères séparés et de ce
pluralisme possible dans les réalisations de l'unité ?
Elle est claire. La convocation de ce Concile est là aussi
caractéristique. Il tend à une cuménicité qui voudrait
être totale, universelle, au moins en désir, en prière,
en préparation. Aujourd'hui c'est l'espérance, demain
peut-être ce sera la réalisation......
(Après avoir salué les observateurs,
Paul VI ajoute :)
"Si dans les causes de cette séparation, une
faute pouvait nous être imputée, nous en demandons
humblement pardon à Dieu et nous sollicitons aussi le
pardon des frères qui se sentiraient offensés par
nous. Et nous sommes prêts, en ce qui nous concerne, à
pardonner les offenses dont l'Eglise catholique a été
l'objet et à oublier les douleurs qu'elle a éprouvées
dans la longue série des dissensions et des séparations....
"Nous le savons : il reste à étudier,
à tenter de résoudre des questions graves et compliquées
de par leur nature....Celles-ci ne sont pas mûres à l'heure
actuelle et nous n'avons pas peur d'attendre patiemment
l'heure bénie de la réconciliation parfaite. "
4) Le dialogue avec le monde contemporain
" ... Il nous faut être réaliste et ne point
cacher les blessures qui, pour de nombreux motifs, atteignent
ce Concile universel. Pouvons-nous être aveugles et ne
pas remarquer qu'en cette réunion beaucoup de places restent
vides? Où sont nos frères de ces pays où l'Eglise est
persécutée ?... Quelle affliction de voir qu'en certains
pays la liberté religieuse, comme aussi d'autres
droits fondamentaux de l'homme, sont étouffés en vertu
de principes et de méthodes d'intolérance politique, raciale
et antireligieuse......
Mais il est pour Nous d'autres sujets
d'amertume. Notre regard découvre à travers le monde bien
d'autres malheurs immensément attristants. L'athéisme
gagne une partie de l'humanité, introduisant le déséquilibre
dans l'ordre intellectuel, moral et social, ordre dont
le monde perd progressivement l'exacte notion. Tandis
que croissent les lumières de la science des choses de
la nature, malheureusement la "science" de Dieu - et donc
la vraie "science" de l'homme - s'obscurcit ça et là.
Tandis que le progrès perfectionne de façon admirable
les instruments de tout genre dont l'homme dispose, le
coeur humain est de plus en plus envahi par la solitude,
la tristesse, le désespoir.
Sur cette condition de l'homme moderne,
condition complexe et si triste pour tant de raisons,
Nous aurions beaucoup à dire mais le temps nous manque
aujourd'hui. Pour le moment ...l'amour emplit notre âme
et l'âme de l'Eglise rassemblée en Concile. Nous regardons
Notre temps et ses manifestations diverses et contradictoires
avec une très grande sympathie et un immense désir de
présenter aux hommes d'aujourd'hui le message d'amour
de salut et d'espoir que le Christ a apporté au monde
: Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner
le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui (Jean
3,17).
Que le monde le sache : l'Eglise le regarde
avec une profonde compréhension, avec une admiration vraie,
sincèrement disposée non à le subjuguer, mais à le servir
; non à le déprécier mais à accroître sa dignité ; non
à le condamner, mais à le soutenir et à le sauver.
* * * * * * * * * * * * *
[1]
Ce sera l'encyclique Ecclesiam suam du 6 août 1964
|