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LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 07 NOVEMBRE 2002

Texte 3
PAUL VI : Discours pour l'ouverture de la deuxième session
(29 septembre 1963) (Extraits)

Tout en magnifiant Jean XXIII, Paul VI replace le Concile dans la continuité de Vatican I

Après avoir évoqué "le phénomène humain et divin" que constitue le concile, s'être présenté lui-même comme "le serviteur des serviteurs de Dieu" et annoncé l'envoi prochain d'une encyclique[1]1, Paul VI évoquant la mémoire de Jean XXIII parle comme s'il s'adressait directement à lui :

"Soyez remercié et magnifié, cher et vénéré pape Jean, qui, par une inspiration divine, avez convoqué ce Concile pour ouvrir à l'Eglise des sentiers nouveaux et faire jaillir sur terre de nouvelles et fraîches sources de grâce qui étaient encore cachées. C'est par une décision indépendante de toute impulsion d'ordre humain et de toute contrainte imposée par les circonstances, mais comme par un pressentiment des desseins de Dieu et une intuition des besoins obscurs qui tourmentent notre époque, que vous avez repris le fil brisé du Ier Concile du Vatican. Vous avez ainsi spontanément dissipé la défiance indûment nourrie à la suite de ce Concile par certains pour qui les pouvoirs suprêmes conférés par le Christ au Pontife romain et reconnus par ce Concile suffiraient pour gouverner l'Eglise, sans l'aide des conciles œcuméniques.
Vous avez appelé vos Frères, les successeurs des apôtres, non seulement pour qu'ils poursuivent l'étude doctrinale interrompue et le travail législatif suspendu, mais pour qu'ils se sentent unis au Pape dans un même Corps et reçoivent de sa part soutien et direction, afin que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit mieux conservé et présenté de façon plus efficace. Mais tout en marquant de la sorte l'objectif le plus élevé du Concile, vous lui avez joint un autre but plus urgent et de nature actuellement plus bienfaisante, le but pastoral, en déclarant : Nous n'avons pas comme premier objectif de discuter certains chapitres fondamentaux de la doctrine de l'Eglise, mais plutôt que cette doctrine soit approfondie et exposée de la façon qui répond aux exigences de notre époque....."

L'insistance de Paul VI : tout recentrer sur le Christ

"Reprenons donc notre marche, vénérables Frères. Cette résolution suscite en Notre esprit une autre pensée qui est si capitale et si lumineuse que Nous Nous sentons tenu d'en faire part à cette assemblée, bien que celle-ci en soit déjà pleinement avertie et éclairée.
(Cette pensée), c'est le Christ, le Christ qui est notre principe, le Christ qui est notre voie et notre guide, le Christ qui est notre espérance et notre fin.
Puisse ce Concile avoir pleinement présent à l'esprit ce rapport entre nous et Jésus-Christ, entre l'Eglise sainte et vivante que nous sommes et le Christ de qui nous venons, par qui nous vivons, à qui nous allons..... Que sur cette assemblée ne brille d'autre lumière que le Christ, lumière du monde. Que nulle vérité ne retienne notre intérêt, hormis les paroles du Seigneur notre Maître unique! Qu'une seule inspiration nous dirige : le désir de lui être absolument fidèles! N'ayons d'autre appui que la confiance née de sa promesse et qui rassure notre faiblesse irrémédiable : et maintenant moi je serai avec vous toujours jusqu'à la fin du monde (Mt 28,20).

Paul VI précise les quatre buts principaux du Concile

1) La conscience de l'Eglise qui doit "donner d'elle-même une définition plus approfondie" ...."faire tout son possible pour que les hommes la reconnaissent vraiment telle qu'elle est"...."C'est pourquoi le thème principal de cette deuxième session du Concile sera l'Eglise. Sa nature intime sera étudiée à fond , pour en donner, dans les limites permises au langage humain, une définition qui puisse mieux nous instruire sur sa constitution réelle et fondamentale et nous faire mieux découvrir les multiples aspects de sa mission de salut.
Parmi les divers problèmes......Tout en en sauvegardant les déclarations dogmatiques du Ier Concile du Vatican sur le Pontife romain, il s'agit maintenant d'approfondir la doctrine de l'épiscopat, de ses fonctions et de ses rapports avec Pierre.....Il faudra traiter aussi de la composition du Corps visible mystique qu'est l'Eglise...c'est- à- dire des prêtres, des religieux, des fidèles ainsi que des frères qui sont séparés de nous et sont appelés, eux aussi, à faire pleinement partie de ce Corps."

2) Le renouveau de l'Eglise
"..... Le renouveau visé par le Concile ne consiste pas en un bouleversement de la vie présente de l'Eglise ni en une rupture avec sa tradition dans ce que celle-ci a d'essentiel, de vénérable, mais elle est plutôt un hommage rendu à cette tradition, dans l'acte même qui veut la débarrasser de tout ce qu'il y a en elle de caduc et de défectueux, pour la rendre authentique et féconde."

3) L'unité dans la diversité
"I
l y a ensuite un troisième objectif proposé au Concile et qui constitue, en un certain sens, son drame spirituel. Il Nous a été assigné, lui aussi par le pape Jean XXIII, et il concerne "les autres chrétiens", c'est-à-dire ceux qui croient en Jésus-Christ, mais que nous n'avons pas le bonheur de compter parmi ceux qui sont associés à nous par le lien de la parfaite unité du Christ. ...
Quelle est l'attitude du Concile en face de ces immenses groupes de frères séparés et de ce pluralisme possible dans les réalisations de l'unité ? Elle est claire. La convocation de ce Concile est là aussi caractéristique. Il tend à une œcuménicité qui voudrait être totale, universelle, au moins en désir, en prière, en préparation. Aujourd'hui c'est l'espérance, demain peut-être ce sera la réalisation......
(Après avoir salué les observateurs, Paul VI ajoute :)
"S
i dans les causes de cette séparation, une faute pouvait nous être imputée, nous en demandons humblement pardon à Dieu et nous sollicitons aussi le pardon des frères qui se sentiraient offensés par nous. Et nous sommes prêts, en ce qui nous concerne, à pardonner les offenses dont l'Eglise catholique a été l'objet et à oublier les douleurs qu'elle a éprouvées dans la longue série des dissensions et des séparations....

"Nous le savons : il reste à étudier, à tenter de résoudre des questions graves et compliquées de par leur nature....Celles-ci ne sont pas mûres à l'heure actuelle et nous n'avons pas peur d'attendre patiemment l'heure bénie de la réconciliation parfaite. "

4) Le dialogue avec le monde contemporain
" ... Il nous faut être réaliste et ne point cacher les blessures qui, pour de nombreux motifs, atteignent ce Concile universel. Pouvons-nous être aveugles et ne pas remarquer qu'en cette réunion beaucoup de places restent vides? Où sont nos frères de ces pays où l'Eglise est persécutée ?... Quelle affliction de voir qu'en certains pays la liberté religieuse, comme aussi d'autres droits fondamentaux de l'homme, sont étouffés en vertu de principes et de méthodes d'intolérance politique, raciale et antireligieuse......
Mais il est pour Nous d'autres sujets d'amertume. Notre regard découvre à travers le monde bien d'autres malheurs immensément attristants. L'athéisme gagne une partie de l'humanité, introduisant le déséquilibre dans l'ordre intellectuel, moral et social, ordre dont le monde perd progressivement l'exacte notion. Tandis que croissent les lumières de la science des choses de la nature, malheureusement la "science" de Dieu - et donc la vraie "science" de l'homme - s'obscurcit ça et là. Tandis que le progrès perfectionne de façon admirable les instruments de tout genre dont l'homme dispose, le coeur humain est de plus en plus envahi par la solitude, la tristesse, le désespoir.
Sur cette condition de l'homme moderne, condition complexe et si triste pour tant de raisons, Nous aurions beaucoup à dire mais le temps nous manque aujourd'hui. Pour le moment ...l'amour emplit notre âme et l'âme de l'Eglise rassemblée en Concile. Nous regardons Notre temps et ses manifestations diverses et contradictoires avec une très grande sympathie et un immense désir de présenter aux hommes d'aujourd'hui le message d'amour de salut et d'espoir que le Christ a apporté au monde : Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui (Jean 3,17).
Q
ue le monde le sache : l'Eglise le regarde avec une profonde compréhension, avec une admiration vraie, sincèrement disposée non à le subjuguer, mais à le servir ; non à le déprécier mais à accroître sa dignité ; non à le condamner, mais à le soutenir et à le sauver.

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[1] Ce sera l'encyclique Ecclesiam suam du 6 août 1964