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JM.VEZIN |
La constitution
sur l'Eglise. Lumen Gentium
(suite: l'épiscopat)
Ayant traité du mystère de l'Eglise (Chapitre
1) et de " l'Eglise, peuple de Dieu " (Chapitre 2), Lumen Gentium
traite ensuite des membres de cette Eglise en commençant par les
évêques (Chapitre 3). La question n'avait pu être traitée à Vatican
I et les évêques l'attendaient. L'articulation entre le pouvoir
du pape et celui des évêques donnera lieu à des discussions passionnées,
au point que, vers mi-octobre, le concile parut bloqué, d'où et
la nécessité d'un vote d'orientation le 30 octobre 1963 (cf. document
5) qui permettra de connaître la position majoritaire du concile.
Deux thèses s'affrontaient : la première, s'appuyant sur Mt 16,
18 (" Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise "),
pensait que dans l'Eglise tout émane du pape, dont les évêques
ne seraient que les délégués (depuis Vatican I et la proclamation
de l'infaillibilité pontificale, cette façon de voir prédominait)
; l'autre se référait à l'institution des Douze, attestée aussi
bien dans les évangiles synoptiques que chez saint Jean (cf. Jn
6, 66-71), et souhaitait mettre en avant le " collège " apostolique,
lequel inclut Pierre. Entre ces deux positions, le Concile aboutira
à une sorte de synthèse qui est au fond celle de la formulation
qui introduit le discours de Pierre après la Pentecôte, dans les
Actes des Apôtres (2, 14), : " Pierre, debout avec
les Onze, éleva la voix et dit… ". Ce faisant le concile a ré-équilibré
ce que Vatican I avait de trop unilatéral.
C'est ce que développe le chapitre 3 de
Lumen Gentium, consacré à " la constitution hiérarchique de
l'Eglise et spécialement l'épiscopat ", chapitre complété par
un décret sur " la charge pastorale des évêques dans l'Eglise
" (Christus Dominus). Sans nier aucunement la doctrine
de Vatican I sur " le primat du pontife romain ", qui sera sans
cesse rappelée par la minorité (voir, par exemple, les nombreuses
incises [signalées par des crochets] dans le texte du § 22), le
Concile vise à redonner au collège des évêques toute sa place.
Pour cela, il " enseigne " que les évêques succèdent aux apôtres
(§ 21), cette succession étant moins à comprendre comme une succession
" mécanique " que comme une manifestation de la " tradition apostolique
". Mais surtout, le concile " enseigne " (le mot est volontairement
fort) que le pouvoir sacré des évêques leur est conféré non par
le pape mais directement par le Christ à travers la consécration
épiscopale. C'est la sacramentalité de cette consécration épiscopale
- plénitude du sacrement de l'ordre, dont participent les prêtres
- qui fait d'eux des " vicaires du Christ " et non pas du Pontife
romain. Pierre et les évêques forment un tout, le " collège "
des évêques, le pape étant à la fois dans ce collège et chef du
collège. La nature collégiale se traduit symboliquement par le
fait que, pour consacrer un nouvel évêque, il faut plusieurs évêques
(au moins trois). Les évêques étant successeurs des apôtres reçoivent
du Seigneur une triple charge (et qui par délégation est aussi
celle du curé d'une paroisse) : enseigner, sanctifier, gouverner.
Enseigner (§ 24), car les évêques sont " docteurs authentiques
de la foi " - ce qui les distingue des experts. A noter que, parmi
les charges de l'évêque, cette "prédication de l'Evangile est
la première " (§25). A cet effet, le Concile indique que l'infaillibilité,
dont jouit le pape du fait de sa charge, réside aussi dans le
corps des évêques, étant entendu que chaque évêque pris un à un
ne possède pas ce charisme d'infaillibilité " qui est celui de
l'Eglise même " (cf. Lumen Gentium § 12). Quant aux textes
du pape ou des évêques qui ne mettent nullement en jeu l'infaillibilité
(par exemple les encycliques), les fidèles leur doivent, certes,
un " assentiment religieux de la volonté et de l'intelligence
" mais non pas de foi. Sanctifier (§26), car le Christ
est présent dans tous les légitimes groupements locaux de fidèles,
même les plus petits. Gouverner (§ 27), car les évêques
exercent un pouvoir qui leur est propre en tant que vicaires et
légats du Christ (et non du Pontife romain, précise le texte).
Le chapitre 3 de Lumen Gentium traite également, mais assez
succinctement, des prêtres (qui feront ultérieurement l'objet
de deux décrets particuliers, l'un relatif au ministère et à la
vie des prêtres, l'autre à leur formation), puis des diacres (que
Vatican II ré-instaure comme un ordre propre et permanent, ouvert
en particulier à des hommes mûrs " même mariés ", mais en laissant
aux groupes territoriaux d'évêques le soin de décider de l'opportunité
de ce rétablissement).
Le paragraphe 23 traite du rapport entre
Eglise locale (ou particulière), autrement dit le diocèse, et
l'Eglise universelle. Vatican II souligne que c'est " dans et
à partir de " ces Eglises particulières " qu'existe l'Eglise catholique
une et unique ", celle-ci n'étant nullement à concevoir comme
une fédération d'Eglises particulières : chaque diocèse, confié
à un évêque, est en effet une " portion " de l'Eglise universelle,
c'est-à-dire qu'en chaque diocèse est présente la totalité de
la réalité de l'Eglise. Outre le soin de leur diocèse, les évêques
exercent leur " sollicitude " sur l'ensemble de l'Eglise dans
le cadre de la " communion hiérarchique " avec tout le collège
des évêques et son chef.
Comment s'exerce le pouvoir collégial des évêques ? Essentiellement
par le Concile. Mais dans la vie de l'Eglise le concile est un
événement peu fréquent. Aussi pour répondre au vœu des évêques,
Paul VI annonça, à l'entrée de la quatrième session de Vatican
II (14 septembre 1965), la création du Synode des évêques, mais
qui n'est en fait qu'un conseil consultatif du pape. Par ailleurs
la collégialité s'exerce, d'une certaine façon, par les conférences
épiscopales (nationales ou supra-nationales) et les synodes locaux,
dont traite Christus Dominus (décret sur la charge pastorale
des évêques), pratique ancienne mais oubliée et que le concile
invite à revivifier.
Comment tout cela fut-il mis en œuvre et
reçu ? Un certain nombre de mesures furent prises jusque vers
1990 (cf. document 5),
publication des nouveaux codes de droit canonique (pour l'Eglise
latine et pour l'Eglise orientale), réorganisation de la Curie
(que le Concile avait souhaité plus internationale, plus proche
du terrain, plus à l'écoute des laïcs), instauration et réunion
périodique du synode des évêques, réunion des conférences épiscopales
; un catéchisme de l'Eglise catholique fut rédigé. Cependant,
après 1990, apparaissent des textes plus " restrictifs ", recommandant
plus de prudence dans le choix des thèmes des synodes diocésains,
limitant le statut des conférences épiscopales, renforçant les
textes sur l'infaillibilité pontificale…