LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 21 NOVEMBRE 2002

  JM.VEZIN

La constitution sur l'Eglise. Lumen Gentium (fin)
Constitution sur la liturgie. Sacrosanctum Concilium

Constitution sur l'Eglise (chapitres 4 à 8, cf. texte 7). Le chapitre 4 est consacré aux laïcs, que Vatican II a mis en honneur, alors qu'antérieurement c'était essentiellement les clercs qui " faisaient " l'Eglise ; cette place donnée aux laïcs est pour une part le fruit de l'Action Catholique (dont nombre de Pères conciliaires avaient été aumôniers). Les laïcs sont les chrétiens " incorporés au Christ par le baptême ", appelés à la sainteté (quel que soit leur statut social), et qui exercent une mission dans l'Eglise et dans le monde : ils assurent en effet une présence de l'Eglise dans le monde, ce qui implique qu'ils aient une " compétence dans les disciplines profanes ", afin d'être crédibles ; un de leurs rôles est de contribuer à assainir la société (marquée, comme dira plus tard Jean-Paul II, par des " structures de péché "). Ils ont également un rôle de conseil vis-à-vis de leurs pasteurs, y compris en matière spirituelle, que facilitera la création, après Vatican II, des conseils pastoraux (les conseils consacrés aux affaires économiques de l'Eglise existaient, eux, depuis longtemps) .

Le chapitre 6 est consacré aux religieux, présentés, non pas de manière traditionnelle comme étant dans un " état de perfection " (langage juridique), mais comme exerçant la profession de " conseil évangélique. Le texte souligne que les religieux doivent manifester " le Christ aux fidèles et aux infidèles ", ce que font les ordres soignants et, plus généralement, tous ceux qui sont implantés en terres non chrétiennes. Le chapitre 7 traite des liens entre l'Eglise de la terre ( ceux qui cheminent encore) et celle du ciel (ceux qui se purifient, et ceux qui contemplent la gloire de " Dieu un en trois personnes ").

Enfin le chapitre 8 est consacré à la Vierge Marie. Initialement, la Vierge devait faire l'objet d'un schéma distinct ; une partie des Pères pensaient qu'elle serait ainsi mieux honorée ; ils estimaient aussi que de nouveaux dogmes la concernant pourraient être proclamés, et que son rôle de " médiatrice ", un peu au même titre que le Christ, devait être affirmé. D'autres pensaient au contraire que Marie faisait partie du mystère de l'Eglise, et qu'il fallait donc en parler au titre de l'Eglise. Un vote dégagea une courte majorité (40 voix) en faveur de cette deuxième tendance. Le texte du chapitre 8 est sobre, volontairement non doctrinal (il ne cherche pas à trancher les questions non encore claires), et fondamentalement d'inspiration biblique : Marie est présentée comme s'inscrivant dans le dessein de Dieu ; sa biographie se réfère essentiellement, dans un souci œcuménique, à des citations bibliques. Et le Concile rappelle que le seul médiateur est le Christ. Le texte se conclut sur le mot " Trinité " qui, dans tout Lumen Gentium, éclaire constamment le mystère de l'Eglise.

Comme le disait le Père de Lubac, Lumen Gentium est " l'épine dorsale " du Concile. Vatican II a produit 12 autres textes relatifs à l'Eglise, soit ad intra (sur les questions internes à l'institution), soit ad extra (tournés vers les autres religions et le monde), tous reliés à Lumen Gentium (cf. document 7). À cet ensemble s'ajoutent plus particulièrement trois textes importants : Dei Verbum (Révélation), Sacrosanctum Concilium (liturgie), Gaudium et Spes (l'Eglise dans le monde de ce temps) et trois déclarations, dont notamment celle sur la liberté religieuse.

Constitution sur la liturgie. Ce texte s'inscrit dans le contexte du mouvement liturgique, d'inspiration surtout française et belge (par exemple renaissance de Solesmes au XIXème siècle), qui se préoccupait de redonner à la liturgie un authenticité qu'elle avait un peu perdue. Alors que souvent on ne faisait qu' " assister " à la messe, ce mouvement insistait sur la participation de l'ensemble de l'assemblée, avec une liturgie compréhensible, en particulier dans la langue du peuple (comme l'avait expérimenté l'Action Catholique, ainsi que certaines messes du temps de guerre, et comme le souhaitaient de leur côté les missionnaires). Parce qu'il était prêt, le schéma sur la liturgie fut le premier à être examiné par les Pères, et une quasi unanimité fut d'emblée trouvée sur la nécessaire participation de l'assemblée. L'attention fut ensuite surtout focalisée sur le latin, défendu comme signe d'unité (mais aussi pour préserver le " mystère " de la célébration), ainsi que sur les concélébrations.

Du texte (cf. texte 8), on peut retenir les points suivants : dans la liturgie, c'est le Christ qui célèbre, " c'est lui qui parle tandis qu'on lit les saintes Ecritures " ; la participation des fidèles doit se faire " de façon consciente, active et fructueuse " ; la liturgie a des parties immuables, d'inspiration divine, et des parties que l'on peut (ou doit) changer ; les actions liturgiques ne sont pas des dévotions privées, mais des célébrations de l'Eglise… La place de la " table de la Parole de Dieu " est soulignée (la messe suppose donc de participer à la liturgie eucharistique, mais aussi à la liturgie de la Parole)… Sacrosanctum Concilium fut souvent reçue avec difficultés, mais l'essentiel - la participation des fidèles - est aujourd'hui pleinement passé dans les mœurs.

Annexes :
Texte 7 : Extraits des chapitres 4 à 8 de Lumen Gentium
Texte 8 : Sacrosanctum Concilium (Extraits)
Document 7 : " S'orienter dans le Concile "
Document 8 : " Les 16 documents de Vatican II "