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JM.VEZIN |
Relations
avec les religions non chrétiennes. Nostra Aetate
L'Eglise missionnaire. Ad Gentes & Apostolicam Actuositatem
Relations avec les religions non chrétiennes.
Aucun schéma préparatoire n'avait été préparé sur les religions
non chrétiennes, qu'antérieurement on percevait comme étant
" dans l'erreur ". Mais Jean XXIII, du fait de ses anciennes
fonctions (surtout en Turquie), était sensible à cette question,
et en particulier aux demandes juives : dès le début de son
pontificat, il supprime en effet des prières du Vendredi Saint
la référence aux juifs " perfides (qui ne croient pas) et
déicides " ; il a un entretien décisif avec l'historien Jules
Isaac (celui du " Mallet et Isaac "), qui avait perdu sa femme
et sa fille pendant la guerre, et qui demande que l'Eglise
cesse " l'enseignement du mépris "; et il confie au cardinal
Béa la préparation d'un texte sur les Juifs. Mais cette idée
provoque de l'émoi au Moyen-Orient - où on ne distingue guère
entre religieux et politique - et où l'on craint que ce texte
ne soit en fait une reconnaissance de l'Etat d'Israël par
le Vatican. Finalement, celui-ci sera incorporé dans une déclaration
plus générale sur les religions non chrétiennes, déclaration
qui répondait d'ailleurs au vœu des missionnaires qui, dans
diverses parties du monde, étaient au contact d'autres religions
et d'autres cultures dont ils souhaitaient que soient reconnus
les aspects positifs.
La déclaration (cf. document
9) souligne que tous les peuples forment une seule
communauté (Lumen Gentium disait déjà que tous les
hommes sont appelés - convoqués - à faire partie du peuple
de Dieu), qui cherche à répondre aux énigmes de la condition
humaine, énigmes sur lesquelles les diverses religions apportent
un rayon de vérité. On cite successivement l'hindouisme, le
bouddhisme, l'Islam, enfin la religion juive. Cette dernière
est très précisément reliée au " mystère de l'Eglise " : les
chrétiens sont en effet greffés sur la racine juive ; l'Alliance
avec le peuple élu n'a pas été rompue ; et les Juifs restent
chers au cœur de Dieu. La mort du Christ ne peut être imputée
à l'ensemble des Juifs, et ceux ci ne sont pas réprouvés par
Dieu.
Cette déclaration fut assez bien reçue
dans le judaïsme ; elle donna lieu à plusieurs textes d'application
à destination des catholiques (cf. document
10). Il faut également rappeler les gestes de Jean-Paul
II (visite à la synagogue de Rome, prière d'Assise en 1986,
voyage en Terre Sainte, gestes de repentance) ; d'ailleurs
le pape ne parle pas " d'Ancien Testament " mais de " premier
Testament ", marquant par là que Dieu est fidèle. Aujourd'hui
l'étude de l'hébreu est remise à l'honneur ; des groupes d'amitiés
judéo-chrétiennes existent… Quant aux relations avec l'Islam,
parfois difficiles, elles varient selon les pays. C'était
la première fois qu'un concile s'exprimait ainsi et cette
déclaration aura un impact certain sur l'opinion mondiale.
L'Eglise missionnaire. Ad Gentes
répond au besoin d'une théologie de la mission : comment évangéliser
les cultures? comment répondre aux besoins des jeunes Eglises
et de leur clergé autochtone ? Ad Gentes (cf. texte
10) rappelle que l'Eglise " parle toutes les langues
" ; elle doit " s'insérer dans tous les groupes humains "
- où se cachent des " semences du Verbe " -, comme le Christ
l'a fait par son Incarnation. Elle révèle aux hommes la vérité
de leur condition ; mais l'acte de foi reste libre, et on
ne peut y contraindre quiconque. Du fait de leur baptême,
tous les chrétiens sont tenus de témoigner, et en particulier
de coopérer aux affaires économiques et sociales…
Apostolicam Actuositatem (cf.
texte 11) traite de l'apostolat des laïcs, thème sur
lequel Vatican II insistera beaucoup (non seulement dans ce
décret, mais aussi dans Lumen Gentium et Gaudium
et Spes). Antérieurement, les laïcs étaient largement
ignorés dans l'Eglise (et d'ailleurs la première commission
préparatoire sur le texte ne comprenait aucun laïc). D'emblée
le texte souligne leur vocation à l'apostolat ; ce n'est pas
quelque chose qui leur est concédé, mais qui vient de ce qu'ils
participent, du fait de leur baptême, à " la charge sacerdotale,
prophétique et royale du Christ ". Ils se doivent d'exercer
leurs dons, dans l'Eglise et dans le monde, et de se faire
reconnaître par leur compétence professionnelle ; une de leurs
tâches propres, qui répond au dessein de Dieu, est de contribuer
au renouvellement de l'ordre temporel, ainsi que d'agir sur
les mentalités collectives. Le texte parle également de l'attention
à ceux qui souffrent, mais en soulignant qu'il ne faut pas
que les œuvres de charité deviennent un alibi aux exigences
de la justice. Cet apostolat peut se faire dans les paroisses,
mais sans exclusive ; il peut se faire individuellement ou
en groupe. Enfin il convient de s'y former, par la théorie,
mais surtout par la pratique ; est cité à cet égard le " voir,
juger, agir " de l'Action Catholique (cette dernière ne faisant
cependant l'objet que d'un petit paragraphe, car elle n'existe
guère en dehors de la France et de la Belgique).