LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 28 NOVEMBRE 2002

  JM.VEZIN

Relations avec les religions non chrétiennes. Nostra Aetate
L'Eglise missionnaire. Ad Gentes & Apostolicam Actuositatem

 

Relations avec les religions non chrétiennes. Aucun schéma préparatoire n'avait été préparé sur les religions non chrétiennes, qu'antérieurement on percevait comme étant " dans l'erreur ". Mais Jean XXIII, du fait de ses anciennes fonctions (surtout en Turquie), était sensible à cette question, et en particulier aux demandes juives : dès le début de son pontificat, il supprime en effet des prières du Vendredi Saint la référence aux juifs " perfides (qui ne croient pas) et déicides " ; il a un entretien décisif avec l'historien Jules Isaac (celui du " Mallet et Isaac "), qui avait perdu sa femme et sa fille pendant la guerre, et qui demande que l'Eglise cesse " l'enseignement du mépris "; et il confie au cardinal Béa la préparation d'un texte sur les Juifs. Mais cette idée provoque de l'émoi au Moyen-Orient - où on ne distingue guère entre religieux et politique - et où l'on craint que ce texte ne soit en fait une reconnaissance de l'Etat d'Israël par le Vatican. Finalement, celui-ci sera incorporé dans une déclaration plus générale sur les religions non chrétiennes, déclaration qui répondait d'ailleurs au vœu des missionnaires qui, dans diverses parties du monde, étaient au contact d'autres religions et d'autres cultures dont ils souhaitaient que soient reconnus les aspects positifs.

La déclaration (cf. document 9) souligne que tous les peuples forment une seule communauté (Lumen Gentium disait déjà que tous les hommes sont appelés - convoqués - à faire partie du peuple de Dieu), qui cherche à répondre aux énigmes de la condition humaine, énigmes sur lesquelles les diverses religions apportent un rayon de vérité. On cite successivement l'hindouisme, le bouddhisme, l'Islam, enfin la religion juive. Cette dernière est très précisément reliée au " mystère de l'Eglise " : les chrétiens sont en effet greffés sur la racine juive ; l'Alliance avec le peuple élu n'a pas été rompue ; et les Juifs restent chers au cœur de Dieu. La mort du Christ ne peut être imputée à l'ensemble des Juifs, et ceux ci ne sont pas réprouvés par Dieu.

Cette déclaration fut assez bien reçue dans le judaïsme ; elle donna lieu à plusieurs textes d'application à destination des catholiques (cf. document 10). Il faut également rappeler les gestes de Jean-Paul II (visite à la synagogue de Rome, prière d'Assise en 1986, voyage en Terre Sainte, gestes de repentance) ; d'ailleurs le pape ne parle pas " d'Ancien Testament " mais de " premier Testament ", marquant par là que Dieu est fidèle. Aujourd'hui l'étude de l'hébreu est remise à l'honneur ; des groupes d'amitiés judéo-chrétiennes existent… Quant aux relations avec l'Islam, parfois difficiles, elles varient selon les pays. C'était la première fois qu'un concile s'exprimait ainsi et cette déclaration aura un impact certain sur l'opinion mondiale.

L'Eglise missionnaire. Ad Gentes répond au besoin d'une théologie de la mission : comment évangéliser les cultures? comment répondre aux besoins des jeunes Eglises et de leur clergé autochtone ? Ad Gentes (cf. texte 10) rappelle que l'Eglise " parle toutes les langues " ; elle doit " s'insérer dans tous les groupes humains " - où se cachent des " semences du Verbe " -, comme le Christ l'a fait par son Incarnation. Elle révèle aux hommes la vérité de leur condition ; mais l'acte de foi reste libre, et on ne peut y contraindre quiconque. Du fait de leur baptême, tous les chrétiens sont tenus de témoigner, et en particulier de coopérer aux affaires économiques et sociales…

Apostolicam Actuositatem (cf. texte 11) traite de l'apostolat des laïcs, thème sur lequel Vatican II insistera beaucoup (non seulement dans ce décret, mais aussi dans Lumen Gentium et Gaudium et Spes). Antérieurement, les laïcs étaient largement ignorés dans l'Eglise (et d'ailleurs la première commission préparatoire sur le texte ne comprenait aucun laïc). D'emblée le texte souligne leur vocation à l'apostolat ; ce n'est pas quelque chose qui leur est concédé, mais qui vient de ce qu'ils participent, du fait de leur baptême, à " la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ ". Ils se doivent d'exercer leurs dons, dans l'Eglise et dans le monde, et de se faire reconnaître par leur compétence professionnelle ; une de leurs tâches propres, qui répond au dessein de Dieu, est de contribuer au renouvellement de l'ordre temporel, ainsi que d'agir sur les mentalités collectives. Le texte parle également de l'attention à ceux qui souffrent, mais en soulignant qu'il ne faut pas que les œuvres de charité deviennent un alibi aux exigences de la justice. Cet apostolat peut se faire dans les paroisses, mais sans exclusive ; il peut se faire individuellement ou en groupe. Enfin il convient de s'y former, par la théorie, mais surtout par la pratique ; est cité à cet égard le " voir, juger, agir " de l'Action Catholique (cette dernière ne faisant cependant l'objet que d'un petit paragraphe, car elle n'existe guère en dehors de la France et de la Belgique).

Annexes :
Texte 9 : Nostra Aetate (texte complet)
Texte 10 : Ad Gentes Décret sur l'activité missionnaire de l'Eglise (Extraits)
Texte 11 : Apostolicam Actuositatem Décret sur l'apostolat des laïcs(Extraits)
Document 9 : Les textes de Lumen Gentium qui préfigurent Nostra Aetate
Document 10 : Quelques points de repère sur la postérité de Nostra Aetate