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LE
CONCILE VATICAN II
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JEUDI 28 NOVEMBRE 2002
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TEXTE 9 (complet)
NOSTRA AETATE
Déclaration sur les relations de l'Eglise avec les religions
non chrétiennes
I. (Préambule)
À notre époque où le genre humain devient de jour
en jour plus étroitement uni et où les relations entre les divers
peuples augmentent, l'Eglise examine plus attentivement quelles
sont ses relations avec les religions non chrétiennes. Dans
sa tâche de promouvoir l'unité et la charité entre les hommes,
et même entre les peuples, elle examine ici d'abord ce que les
hommes ont en commun et qui les pousse à vivre ensemble leur
destinée.
Tous les peuples, en effet, forment une seule communauté
; ils ont une seule origine, puisque Dieu a fait habiter
toute la race humaine sur la face de la terre ; ils ont aussi
une seule fin dernière, Dieu, dont la providence, les témoignages
de bonté et les desseins de salut s'étendent à tous, jusqu'à
ce que les élus soient réunis dans la cité sainte, que la gloire
de Dieu illuminera et où tous les peuples marcheront à sa lumière.
Les hommes attendent des diverses religions la réponse
aux énigmes cachées de la condition humaine qui, hier,
comme aujourd'hui, troublent profondément le cur humain
: qu'est-ce que l'homme ? Quel est le sens et le but de la vie
? Qu'est-ce que le bien et qu'est-ce que le péché ? Quels sont
l'origine et le but de la souffrance ? Quelle est la voie pour
parvenir au vrai bonheur ? Qu'est-ce que la mort, le jugement
et la rétribution après la mort ? Qu'est-ce enfin que le mystère
dernier et ineffable qui entoure notre existence, d'où nous
tirons notre origine et vers lequel nous tendons ?
2. (Les diverses religions non chrétiennes)
Depuis les temps les plus reculés jusqu'à aujourd'hui,
on trouve dans les différents peuples une certaine sensibilité
à cette force cachée qui est présente au cours des choses et
aux événements de la vie humaine, parfois même une reconnaissance
de la Divinité suprême ou encore du Père. Cette sensibilité
et cette connaissance pénètrent leur vie d'un profond sens religieux.
Quant aux religions liées au progrès de la culture, elles s'efforcent
de répondre aux mêmes questions par des notions plus affinées
et par un langage plus élaboré.
Ainsi dans l'hindouisme, les hommes scrutent le
mystère divin et l'expriment par la fécondité inépuisable des
mythes et par les efforts pénétrants de la philosophie ; ils
cherchent la libération des angoisses de notre condition, soit
par les formes de la vie ascétique, soit par la méditation profonde,
soit par le refuge en Dieu avec amour et confiance.
Dans le boudhisme, selon ses formes variées, l'insuffisance
radicale de ce monde changeant est reconnue et on enseigne une
voie par laquelle les hommes, avec un cur dévot et confiant,
pourront acquérir l'état de libération parfaite, soit atteindre
l'illumination suprême par leurs propres efforts ou par un secours
venu d'en-haut.
De même aussi les autres religions, qu'on trouve
de par le monde, s'efforcent d'aller, de façons diverses, au
devant de l'inquiétude du cur humain en proposant des
voies, c'est-à-dire des doctrines, des règles de vie et des
rites sacrés.
L'Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai
et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect
sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines
qui, quoiqu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle
même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon
de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle
annonce et elle est tenue d'annoncer sans cesse le Christ
qui est "la voie, la vérité et la vie"(Jean 14,6), dans lequel
les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse
et dans lequel Dieu s'est réconcilié toutes choses.
Elle exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et
charité, par le dialogue et la collaboration avec ceux qui
suivent d'autres religions, et tout en témoignant de la foi
et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent
et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles
qui se trouvent en eux.
3. (La religion musulmane)
L'Eglise regarde aussi avec estime les Musulmans qui
adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux et
tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé
aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux
décrets de Dieu, même s'ils sont cachés, comme s'est soumis
à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers.
Bien qu'ils ne reconnaisent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent
comme prophète; ils honorent sa Mère virginale, Marie et parfois
même l'invoquent avec piété. De plus ils attendent le jour du
jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités. Aussi
ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu,
surtout par la prière, l'aumône et le jeûne.
Si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et
inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans,
le Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s'efforcer
sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu'à protéger
et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale,
les valeurs morales, la paix et la liberté.
4. (La religion juive)
Scrutant le mystère de l'Eglise, le Concile rappelle le
lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament
avec la lignée d'Abraham.
L'Eglise du Christ, en effet, reconnaît que les prémices
de sa foi et de son élection se trouvent, selon le mystère divin
du salut, dans les patriarches Moïse et les prophètes. Elle
confesse que tous les fidèles du Christ, fils d'Abraham selon
la foi, sont inclus dans la vocation de ce patriarche et que
le salut de l'Eglise est mystérieusement préfiguré dans la sortie
du peuple élu hors de la terre de servitude. C'est pourquoi
l'Eglise ne peut oublier qu'elle a reçu la révélation de l'Ancien
Testament par ce peuple avec lequel Dieu dans sa miséricorde
indicible, a daigné conclure l'antique Alliance, et qu'elle
se nourrit de la racine de l'olivier franc sur lequel ont été
grêffés les rameaux de l'olivier sauvage que sont les gentils.
L'Eglise, en effet, croit que le Christ, notre paix, a réconcilé
les Juifs et les Gentils par sa croix et en lui-même des deux
a fait un seul.
L'Eglise a toujours devant les yeux les paroles de l'apôtre
Paul sur ceux de sa race "à qui appartiennent l'adoption filiale,
la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses
et les patriarches, et de qui est né selon la chair, le Christ"
(Rom. 9,4-5), le Fils de la Vierge Marie. Elle rappelle aussi
que les apôtres, fondements et colonnes de l'Eglise, sont nés
du peuple juif ainsi qu'un grand nombre des premiers disciples
qui annoncèrent au monde l'Evangile du Christ.
Au témoignage de l'Ecriture sainte, Jérusalem n' a pas
reconnu le temps où elle fut visitée; les Juifs en grande partie
n'acceptèrent pas l'Evangile et même nombreux furent ceux qui
s'opposèrent à sa diffusion. Néanmoins, selon l'apôtre, les
Juifs restent encore, à cause des pères, très chers à Dieu,
dont les dons et l'appel sont sans repentance. Avec les
prophètes et le même apôtre, l'Eglise attend le jour connu
de Dieu seul, où tous les peuples invoqueront le Seigneur
d'une seule voix et "le serviront sous un même joug" (Soph.
3,9).
Du fait d'un si grand patrimoine spirituel commun aux chrétiens
et aux Juifs, le Concile veut encourager et recommander
entre eux la connaissance et l'estime mutuelle, qui naîtront
surtout d'études bibliques et théologiques, ainsi que d'un dialogue
fraternel.
Encore que des autorités juives, avec leurs partisans,
aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis durant
sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les
Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S'il est vrai
que l'Eglise est le nouveau peuple de Dieu, les Juifs ne doivent
pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni
maudits, comme si cela découlait de la Sainte Ecriture. Que
tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de
la parole de Dieu, de n'enseigner quoi que ce soit qui ne soit
conforme à la vérité de l'Evangile et à l'Esprit du Christ.
En outre, l'Eglise qui réprouve toutes les persécutions
contre tous les hommes, quel qu'ils soient, ne pouvant oublier
le patrimoine qu'elle a en commun avec les Juifs, et poussée,
non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse
de l'Evangile, déplore les haines, les persécutions et toutes
les manifestations d'antisémitisme, qui, quels que soient leur
époque et leurs auteurs, ont été dirigés contre les Juifs.
D'ailleurs comme l'Eglise l'a toujours tenu et comme
elle le tient, le Christ, en vertu de son immense amour, s'est
soumis volontairement à la Passion et à la mort à cause des
péchés de tous les hommes et pour que tous les hommes obtiennent
le salut. Le devoir de l'Eglise, dans sa prédication, est donc
d'annoncer la croix du Christ comme signe de l'amour universel
de Dieu et comme source de toute grâce.
5. (La fraternité universelle excluant toute
discrimination)
Nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes,
si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains
des hommes créés à l'image de Dieu. La relation de l'homme à
Dieu le Père et la relation de l'homme à ses frères humains
sont tellement liées que l'Ecriture dit: "Qui n'aime pas ne
connaît pas Dieu" (1 Jean 4,8).
Par là est sapé le fondement de toute théorie ou de toute
pratique qui introduit entre homme et homme, entre peuple et
peuple, une discrimination en ce qui concerne la dignité humaine
et les droits qui en découlent.
L'Eglise réprouve donc, en tant que contraire à l'Esprit
du Christ, toute discrimination ou vexation opérée envers les
hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur classe
ou de leur religion. En conséquence, le Concile suivant
la trace des saints apôtres Pierre et Paul, adjure ardemment
les fidèles du Christ "d'avoir au milieu des nations une belle
conduite" (1 Pierre 2,12), si c'est possible, et de vivre en
paix, pour autant qu'il dépend d'eux, avec tous les hommes,
de manière à être vraiment les fils du Père qui est dans les
cieux."
Tous ensemble et chacun des points qui ont
été édictés dans cette déclaration ont plu aux Pères du Concile
. Et Nous, en vertu du pouvoir apostolique que Nous tenons du
Christ, en union avec les vénérables Pères, Nous les approuvons,
arrêtons et décrétons dans le Saint-Esprit, et Nous ordonnons
que ce qui a été ainsi établi en Concile soit promulgué pour
la gloire de Dieu.
Rome à Saint Pierre, le 28 octobre 1965.
Moi, PAUL, évêque de l'Eglise catholique.
(Suivent les signatures des Pères)