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LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 05 DÉCEMBRE 2002

  JM.VEZIN

CONSTITUTION PASTORALE SUR
L'ÉGLISE DANS LE MONDE DE CE TEMPS

GAUDIUM ET SPES

La place de l'Eglise dans le monde n'est pas une question nouvelle. Saint Paul recommandait : " ne vous modelez pas sur le monde présent " (Rm 12 2) ; dans sa grande prière d'intercession, le Christ dit : " [ceux que tu m'as donnés] ne sont pas du monde, [mais] comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde " (Jn 17). Historiquement, à partir du IVème siècle (Constantin), c'est l'Eglise qui régit le monde, spirituellement et temporellement ; on est alors en chrétienté. A partir du XIVème siècle, cependant, les nations se constituent, et la question de leur pouvoir par rapport au pape se pose ; jusqu'au XIXème siècle, l'Eglise se pense ainsi comme un Etat (il y a d'ailleurs des " Etats du pape "), et son rapport au monde est largement d'ordre juridique.

Peu à peu, cependant, l'Eglise réfléchit à son rôle dans le monde : des laïcs y agissent en effet ; Pie XII, repoussant l'idée que l'Eglise puisse " se retirer dans son sanctuaire ", la définit plutôt comme la communauté des fidèles sur la terre. Mais ce sont surtout trois encycliques qui influencent les Pères conciliaires ; deux sont dues à Jean XXIII : Mater et Magistra (1961), qui traite de la nécessité et des modalités de la présence de l'Eglise dans le monde, et Pacem in Terris (1963), le testament d'un pape qui se sait très malade et qui, pour promouvoir la paix et aider à comprendre ce qu'est le Royaume de Dieu, adresse " à tous les hommes de bonne volonté " un appel à déchiffrer les " signes des temps " (cf. document 9). La troisième, due à Paul VI, Ecclesiam Suam (1964), se présente comme une charte du dialogue, notamment avec le monde.

Un message du Concile au monde avait été rédigé dès la première session ; mais ce n'est que lentement que l'idée d'un texte plus officiel s'imposa, prenant progressivement en compte la réflexion sur l'Eglise de Lumen Gentium. Longtemps connu sous l'appellation de " schéma 13 ", Gaudium et Spes est marqué par une théologie nouvelle, non pas déductive (partant des affirmations de la foi pour les appliquer au monde), mais inductive (partant des réalités concrètes du monde - signes des temps -, pour se demander ensuite comment les évangéliser). Ce qui explique qu'un long exposé préliminaire soit consacré à décrire ce monde. Ce n'est qu'ensuite que la première partie explicite l'intuition de l'Eglise sur l'homme et sur le monde. Sur l'homme, " image de Dieu ", être social, le texte dit que son intelligence doit s'accompagner de sagesse ; il souligne la grandeur de sa liberté ; si les hommes ne sont pas tous égaux, les discriminations ne sont pas dans le dessein de Dieu. S'agissant de la mort, l'Eglise offre sa vision " à l'examen de tout homme ". Traitant de l'athéisme, le texte souligne que les croyants en sont pour une part responsables (sont-ils miroir du Christ ?), et que l'espérance chrétienne ne doit pas les détourner des tâches terrestres. Un chapitre est consacré à l'activité humaine, qui correspond au dessein de Dieu ; les réalités terrestres ont leur autonomie (sans que cela aille jusqu'à ignorer leur lien avec la Création). Le texte, en revanche, ne traite que peu de la place de la femme. Chaque chapitre de cette première partie s'achève par un paragraphe sur le Christ : " l'Esprit Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associés au mystère pascal ".

La deuxième partie aborde des problèmes concrets : famille, culture, vie économique et sociale, vie politique, sauvegarde de la paix. Sur la famille, la commission préparatoire au texte comprenait des laïcs, et la rédaction s'en ressent. Traditionnellement, l'Eglise avait en effet une vision " pessimiste " de la relation humaine et de la relation sexuelle : le mariage, perçu comme un remède à la concupiscence, devait être préservé de la passion ; et une encyclique indiquait, en 1930, que la fin essentielle du mariage était la procréation. Cependant, dès avant la guerre, une spiritualité nouvelle apparaissait : la sexualité n'y était plus considérée comme simplement biologique, mais comme vraiment humaine, et le foyer, s'il visait la procréation, était aussi une réalité pour le couple en tant que couple. Le Concile combine ces deux approches, mais il met particulièrement en relief l'amour conjugal, " éminemment humain ", qui résulte " d'un sentiment volontaire " (et non pas d'un instinct), et qu'il faut penser comme l'amour du Christ pour son Eglise. Le mariage est un sacrement, qui manifeste le Sauveur dans le monde. Si ce sont les époux qui sont reconnus comme étant juges du nombre de leurs enfants, la question difficile des moyens de régulation des naissances est cependant renvoyée à une commission pontificale ; le Concile s'en tient donc sur ce point à une formulation prudente.

Ainsi, en mettant en relief la qualité spirituelle de l'amour conjugal, le Concile en revenait d'une vision " pessimiste " sur le mariage. D'autres textes sur le même sujet parurent ultérieurement : l'encyclique Humanae Vitae, qui fut mal reçue, et une exhortation de Jean-Paul II, Familiaris Consortio, qui concluait une réflexion sur la famille menée par le synode des évêques en 1980.

 

Annexes :
Texte 12 : GAUDIUM et SPES Constitution pastorale sur l'église dans le monde de ce temps (extraits)
Document 9 : PACEM IN TERRIS (extraits)