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LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 16 JANVIER 2003

  JM.VEZIN

LE DECRET SUR L'ŒCUMENISME

UNITATIS REDINTEGRATIO


(Rappel : l'œcuménisme ne concerne que les chrétiens, contrairement au " dialogue inter-religieux ").

Du fait des difficultés rencontrées en pays de mission dans une annonce de l'Evangile faite par des confessions chrétiennes différentes entre elles, un mouvement œcuménique voit le jour au début du XXème siècle, à l'initiative de protestants (conférence d'Edimbourg de 1910, cf. document 10) ; et le Conseil œcuménique des Eglises, associant également des Orthodoxes, est créé au milieu du siècle. Mais l'Eglise catholique est réservée, voire hostile : pour le Vatican, et en dépit de timides ouvertures (instruction Ecclesia Catholica en 1949), seul le " retour au bercail " de ceux que l'on considère comme hérétiques ou schismatiques est envisageable. Sans doute des pionniers sont-ils à l'œuvre : le Père Portal et Lord Halifax, qui dialoguent sur le rapprochement avec les Anglicans ; le cardinal Mercier (conversations de Malines) ; l'abbé Couturier, qui lance en 1933 la semaine pour l'unité des chrétiens, et qui fonde le " groupe des Dombes " (dialogue œcuménique) ; le Père Congar, qui publie en 1937 " Chrétiens désunis " . Il demeure que c'est dans un contexte peu ouvert que se réunit le Concile : rien ne permettait de prévoir un texte sur l'œcuménisme.

Mais Jean XXIII, qui avait résidé en Bulgarie et en Turquie, portait en lui, à côté de la question de l'aggiornamento de l'Eglise, cette préoccupation de l'unité. C'est pourquoi il créée un secrétariat pour l'unité des chrétiens, qui jouera un grand rôle tout au long du Concile ; il invite des observateurs venant des autres confessions, avec qui le dialogue sera permanent ; il affirme (et c'est la première fois qu'un pape disait cela) que c'est le devoir de l'Eglise catholique de tout faire pour qu'advienne l'unité (cf. document 11). Paul VI manifestera la même préoccupation de l'unité, mais en des termes moins " prophétiques " et en soulignant que seule l'Eglise catholique peut l'offrir.

Au cours de la première session du Concile, les Pères demandent que les divers textes qui traitaient de l'unité soient rassemblés en un seul document, dont le projet recevra lors de la deuxième session une large approbation ; parallèlement, en effet, s'élaborait la " constitution sur l'Eglise " (Lumen Gentium), qui affirme que " des éléments nombreux de sanctification et de vérité se trouvent hors des structures " de l'Eglise catholique, et qui utilise les termes " d'Eglises " et de " Communautés ecclésiales " pour les chrétiens non catholiques (cf. document 12). Le décret sera finalement mis au point au cours de la troisième session, en tenant compte des remarques de Paul VI, qui faisait lui même écho aux craintes d'une minorité effrayée par sa nouveauté.

Le décret (cf. texte 13) s'adresse aux catholiques, et le premier chapitre traite donc des " principes catholiques de l'œcuménisme " ( et non des " principes de l'œcuménisme catholique ", ce que disait une première version, comme s'il y avait différents modes d'œcuménisme). S'il réaffirme que seule l'Eglise catholique offre la plénitude des moyens du salut, l'ensemble du chapitre est quand même très nouveau, avec l'emploi de mots tels que " Eglise ou Communauté " pour les " frères séparés " ; il indique les attitudes à avoir : chercher à comprendre ces " frères séparés ", entrer en dialogue, être prudents et patients, faire les premiers pas.

Le deuxième chapitre donne des règles pratiques pour l'œcuménisme. D'abord il n'est pas que l'affaire de spécialistes, mais aussi celle des fidèles (on peut noter que cet œcuménisme des fidèles n'est, aujourd'hui, pas encore assez pratiqué). Il implique que l'Eglise se réforme (d'où le mouvement biblique, l'importance donnée à la prédication de la Parole de Dieu, les nouvelles formes de vie religieuse...) ; il suppose surtout une conversion intérieure (demander pardon). Il faut prier avec les " frères séparés " (alors qu'avant ce n'était pas permis), mais ne pas faire le partage eucharistique sans discernement. Il faut apprendre à se connaître, accepter de se former, mais aussi savoir exprimer clairement sa propre doctrine.

Le troisième chapitre donne un point de vue officiel sur les autres Eglises : d'abord les Orientaux, qui possèdent un trésor (par exemple le monachisme) dans lequel a beaucoup puisé l'Eglise d'Occident ; nous avons en commun avec eux le sacerdoce, les sacrements, et s'il y a diversité de traditions, cela ne fait pas obstacle à l'unité. Ensuite les Eglises issues de la Réforme, avec lesquelles il y a des différences considérables dans l'interprétation de la Parole de Dieu, mais avec lesquelles le dialogue peut se nouer sur : la conception du Christ, le rôle de l'Ecriture, les sacrements du baptême et de l'Eucharistie, les questions morales. En conclusion, le décret souligne que l'œcuménisme doit être pratiqué avec les " frères séparés " en vue de parvenir à la restauration de l'unité des chrétiens, selon la volonté du Christ.

Annexes :
Document 10 : Contexte historique du décret sur l'œcuménisme.
Document 11 : Quelques textes de Jean XXIII et de Paul VI anterieurs au décret sur l'œcuménisme.
Document 12 : Deux textes de LUMEN GENTIUM en amont du décret sur l'œcuménisme.
Texte 13 : UNITATIS REDINTEGRATIO Décret sur l'œcuménisme (extraits)