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JM.VEZIN |
LE DECRET
SUR L'CUMENISME
UNITATIS
REDINTEGRATIO
(Rappel : l'œcuménisme ne concerne que les
chrétiens, contrairement au " dialogue inter-religieux ").
Du fait des difficultés rencontrées
en pays de mission dans une annonce de l'Evangile faite par
des confessions chrétiennes différentes entre elles, un mouvement
œcuménique voit le jour au début du XXème siècle, à l'initiative
de protestants (conférence d'Edimbourg de 1910, cf. document
10) ; et le Conseil œcuménique des Eglises, associant
également des Orthodoxes, est créé au milieu du siècle. Mais
l'Eglise catholique est réservée, voire hostile : pour le
Vatican, et en dépit de timides ouvertures (instruction Ecclesia
Catholica en 1949), seul le " retour au bercail " de ceux
que l'on considère comme hérétiques ou schismatiques est envisageable.
Sans doute des pionniers sont-ils à l'œuvre : le Père Portal
et Lord Halifax, qui dialoguent sur le rapprochement avec
les Anglicans ; le cardinal Mercier (conversations de Malines)
; l'abbé Couturier, qui lance en 1933 la semaine pour l'unité
des chrétiens, et qui fonde le " groupe des Dombes " (dialogue
œcuménique) ; le Père Congar, qui publie en 1937 " Chrétiens
désunis " . Il demeure que c'est dans un contexte peu ouvert
que se réunit le Concile : rien ne permettait de prévoir un
texte sur l'œcuménisme.
Mais Jean XXIII, qui avait résidé en
Bulgarie et en Turquie, portait en lui, à côté de la question
de l'aggiornamento de l'Eglise, cette préoccupation
de l'unité. C'est pourquoi il créée un secrétariat pour l'unité
des chrétiens, qui jouera un grand rôle tout au long du Concile
; il invite des observateurs venant des autres confessions,
avec qui le dialogue sera permanent ; il affirme (et c'est
la première fois qu'un pape disait cela) que c'est le devoir
de l'Eglise catholique de tout faire pour qu'advienne l'unité
(cf. document 11).
Paul VI manifestera la même préoccupation de l'unité, mais
en des termes moins " prophétiques " et en soulignant que
seule l'Eglise catholique peut l'offrir.
Au cours de la première session du Concile,
les Pères demandent que les divers textes qui traitaient de
l'unité soient rassemblés en un seul document, dont le projet
recevra lors de la deuxième session une large approbation
; parallèlement, en effet, s'élaborait la " constitution sur
l'Eglise " (Lumen Gentium), qui affirme que " des éléments
nombreux de sanctification et de vérité se trouvent hors des
structures " de l'Eglise catholique, et qui utilise les termes
" d'Eglises " et de " Communautés ecclésiales " pour les chrétiens
non catholiques (cf. document
12). Le décret sera finalement mis au point au cours
de la troisième session, en tenant compte des remarques de
Paul VI, qui faisait lui même écho aux craintes d'une minorité
effrayée par sa nouveauté.
Le décret (cf. texte
13) s'adresse aux catholiques, et le premier chapitre
traite donc des " principes catholiques de l'œcuménisme "
( et non des " principes de l'œcuménisme catholique ", ce
que disait une première version, comme s'il y avait différents
modes d'œcuménisme). S'il réaffirme que seule l'Eglise catholique
offre la plénitude des moyens du salut, l'ensemble du chapitre
est quand même très nouveau, avec l'emploi de mots tels que
" Eglise ou Communauté " pour les " frères séparés " ; il
indique les attitudes à avoir : chercher à comprendre ces
" frères séparés ", entrer en dialogue, être prudents et patients,
faire les premiers pas.
Le deuxième chapitre donne des règles
pratiques pour l'œcuménisme. D'abord il n'est pas que l'affaire
de spécialistes, mais aussi celle des fidèles (on peut noter
que cet œcuménisme des fidèles n'est, aujourd'hui, pas encore
assez pratiqué). Il implique que l'Eglise se réforme (d'où
le mouvement biblique, l'importance donnée à la prédication
de la Parole de Dieu, les nouvelles formes de vie religieuse...)
; il suppose surtout une conversion intérieure (demander pardon).
Il faut prier avec les " frères séparés " (alors qu'avant
ce n'était pas permis), mais ne pas faire le partage eucharistique
sans discernement. Il faut apprendre à se connaître, accepter
de se former, mais aussi savoir exprimer clairement sa propre
doctrine.
Le troisième chapitre donne un point
de vue officiel sur les autres Eglises : d'abord les Orientaux,
qui possèdent un trésor (par exemple le monachisme) dans lequel
a beaucoup puisé l'Eglise d'Occident ; nous avons en commun
avec eux le sacerdoce, les sacrements, et s'il y a diversité
de traditions, cela ne fait pas obstacle à l'unité. Ensuite
les Eglises issues de la Réforme, avec lesquelles il y a des
différences considérables dans l'interprétation de la Parole
de Dieu, mais avec lesquelles le dialogue peut se nouer sur
: la conception du Christ, le rôle de l'Ecriture, les sacrements
du baptême et de l'Eucharistie, les questions morales. En
conclusion, le décret souligne que l'œcuménisme doit être
pratiqué avec les " frères séparés " en vue de parvenir
à la restauration de l'unité des chrétiens, selon la volonté
du Christ.