LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 16 JANVIER 2003

Document 10

CONTEXTE HISTORIQUE DU DECRET SUR L'ŒCUMENISME


Depuis les séparations officielles, il y a toujours eu de part et d'autre des essais - infructueux - de dialogue ou de rapprochement. À côté d'initiative privée (par exemple, au XVIIème siècle, entre Leibniz et Bossuet) des essais officiels ont eu lieu pour rétablir l'union tant avec les Orientaux - Concile de Lyon (1274) puis deFlorence (1439), qu'avec les protestants - colloques de Haguenau, de Worms, de Ratisbonne (1540-1541). Mais ce n'est qu'au début du XXème siècle qu'est né le "mouvement œcuménique", à l'initiative de protestants et d'anglicans, à partir des problèmes de la mission (Christ est un, mais ceux qui l'annoncent sont divisés : dès lors leur annonce peut-elle être crédible?)

Le mouvement œcuménique : une iniative protestante

1ère étape : de 1910 à 1938
1910 : Conférence d'Edimbourg sur les missions. Création de deux mouvements:
a) Life and Work (Vie et Action) - unir les chrétiens dans l'action - Nathan Söderblom.
1925 Congrès de Stockholm
b) Faith and Order (Foi et Constitution) sur les questions de doctrine - Charles Brent.
1927 Congrès de Lausanne
1920 Des orthodoxes rejoignent le mouvement. (ils sont plus à l'aise dans Faith and Order)
1921 Fondation du "Conseil international des missions " qui succéde à la "Conférence Intl. des missions"
1937 Les conférences d'Oxford et d'Edimbourg prévoient la fusion des deux mouvements

2ème étape : le C.O.E. (Conseil Œcuménique des Eglises)
1938, Utrecht : le principe du COE est adopté mais, du fait de la guerre, ne deviendra effectif qu'en 1948
1948 Assemblée d'Amsterdam : création officielle du COE avec 149 Eglises représentées.
C'est un "lieu" de rencontre qui n'a aucune autorité sur les diverses Eglises ou Communautés chrétiennes adhérentes[1] . À sa création, il est prévu que l'Assemblée du COE se réunit tous les 6 ans et élit un "présidium" de 6 membres et un "Comité central" de 100 membres. Un secrétariat général assure la continuité des actions. Un homme d'exception le préside : le Dr Visser't Hooft.
1949 Roger Schutz fonde la communauté de Taizé
Nov. -dec. 1961 Assemblée de New-Delhi. Entrée massive au COE des orthodoxes des pays de l'Est (Russie, Roumanie, Bulgarie, Pologne)
Dans le cadre du COE de nombreuses Eglises ont passé entre elles des accords bi-latéraux particuliers.

L'évolution de la position catholique

Le Vatican et le "mouvement œcuménique"
Le Vatican a longtemps été hostile à la question œcuménique : dans son esprit il s'agissait de dissuader les catholiques de composer avec une façon non catholique d'aborder les questions.
Pie IX (1846-1878), Léon XIII (1878-1903), Pie X (1903-1914), Benoit XV (1914-1922), maintiennent une attitude, qui leur parait seule conforme à la foi catholique, d'exigence de"retour"au bercail.
1924, Pie XI (1922-1939) met en place une politique, qui échouera, d'unionisme vers l'Orient.
1928, Encyclique Mortalium animos (suite aux congrés de Stockholm et Lausanne) condamne l'œcuménisme naissant et interdit aux catholiques d'y participer.
1946, À Rome, le pére Boyer s.j. fonde l'association Unitas et publie une revue du même nom: la perspective reste celle du "retour au bercail" mais la revue permettra à des catholiques de découvrir l'œcuménisme.
1948, un Monitum du Saint Office interdit aux observateurs catholiques de participer à la conférence d'Amsterdam. Le COE n'invite donc pas le Vatican.
1949, L'instruction Ecclesia catholica reconnaît que le mouvement œcuménique est afflante Spiritus sanctis gratia, mais les réserves demeurent. Les catholiques qui s'intéressent à l'œcuménisme sont suspectés (cf. Y. Congar) et le climat qui suit l'encyclique Humani Generis (1950) maintient la suspicion.
1952, Conférence (non-officielle) catholique pour les questions œcuméniques (Willebrands) dont les membres rejoindront plus tard le "Secrétariat pour l'Unité des chrétiens" (S.P.U.).

Avant Jean XXIII, dans le catholicisme, l'œcuménisme n'est l'affaire que de quelques pionniers.
Parmi les pionniers, citons au XXème siècle :
- Lord Halifax et le père Portal (échec du rapprochement avec les anglicans)
1921-1926- Le cardinal Mercier et les conversations de Malines, auxquelles participent notamment le Père Portal, Lord Halifax et Dom Lambert Beaudoin.
1926, Dom Lambert Beaudoin fonde une abbaye, où coexistent des moines catholiques de rite occidental et de rite oriental, ainsi qu'une revue (Irenikon). D'abord à Amay-sur-Meuse, l'abbaye s'installe à Chevetogne (Belgique) en 1939, et aura un grand rayonnement œcuménique (cf. Dom Lialine).
1932, le centre Istina, dirigé par C. Dumont, reprend l'héritage du père Portal
- L'abbé Paul Couturier (soutenu par le Cardinal Gerlier- Lyon) ranima à partir de 1933 la "Semaine de prière pour l'Unité des chrétiens" et est à l'origine du "groupe des Dombes" (1937).
- Le père Yves Congar o.p; publie en 1937 "Chrétiens désunis" (dédié au souvenir du Cal Mercier)

C'est Jean XXIII qui modifiera les choses avec la création du S.P.U. (devenu Commission au début du Concile) confié au Cardinal Béa, l'invitation au Concile Vatican II d'observateurs des autres confessions et l'objectif "œcuménique" que Jean XXIII donne au concile.
Outre le décret sur l'œcuménisme (Unitatis Redintegratio Unitatis), l'œcuménisme marque de nombreux textes du Concile Vatican II, lequel inaugure "l'engagement irréversible de l'Eglise catholique" dans la voie de l'œcuménisme.


L'engagement irréversible de l'Eglise catholique depuis Vatican II : quelques jalons

- Janvier 1964 : Rencontre en Terre Sainte de Paul VI et d'Athénagoras Ier, patriarche de Constantinople.
- 21 novembre 1964 : promulgation du décret sur l'œcuménisme
- 7 décembre 1965 : levée solennelle des excommunications de 1054 entre l'Orient et l'Occident.
- 1972 : Traduction œcuménique de la Bible (T.O.B)
- 1984 : Jean Paul II proclame Cyrille et Méthode co-patrons de l'Europe à l'occasion du onzième centenaire de leur évangélisation (encyclique Slavorum apostoli)
- 25 mars 1993 : Directoire pour l'application des principes et des normes sur l'œcuménisme
- 25 mai 1995 : Encyclique Ut unum sint ("qu'ils soient un", Jn 17)
De multiples dialogues se sont développés :
- officiels Ex. l'ARCIC avec les anglicans, la commission internationale pour le dialogue entre Eglises catholiques et orthodoxes (1979), avec la fédération luthérienne mondiale, etc...
- officieux Ex. Le groupe des Dombes (depuis 1937)


[1] Le COE n'est pas une "super Eglise". Il est seulement demandé à ses membres d'adhérer à une base volontairement large, posant initialement que le COE est "une association fraternelle d'Eglises qui acceptent Notre-Seigneur Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur". A cette première base succédera celle adoptée à l'Assemblée du COE à New-Delhi en 1961 (toujours en vigueur) qui pose que le COE est une : "Association fraternelle d'Eglises qui confessent le Seigneur Jésus-Christ, Dieu et Sauveur, selon les Ecritures, et s'efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation, pour la gloire du seul Dieu : Père, Fils et Saint-Esprit".
Le COE regroupe aujourd'hui 332 Eglises de tradition protestante, anglicane, orthodoxe et orientale orthodoxe.