LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 16 JANVIER 2003

Document 11

QUELQUES TEXTES DE JEAN XXIII ET DE PAUL VI ANTERIEURS AU DECRET SUR L'ŒCUMENISME


Jean XXIII : Humanae salutis, Bulle d'indiction du Concile Vatican II (25 décembre 1961)
"... Enfin, Nous invitons vivement à la prière tous les chrétiens qui sont séparés de l'Eglise catholique, car les fruits du Concile déborderont ausssi sur eux. Nous n'ignorons pas, en effet, que beaucoup de ces fils aspirent à l'unité et à la paix selon la doctrine du Christ et la prière qu'il a adressée à son Père; Nous savons également que non seulement l'annonce du Concile a été accueillie par eux avec une grande joie, mais aussi que beaucoup d'entre eux ont promis leurs prières pour son heureux succès et ont bon espoir que leurs communautés pourront envoyer des représentants pour suivre de près les travaux du Concile. Tout cela est pour Nous un motif de beaucoup de consolation et d'espérance ; et pour que des contacts de ce genre soient rendus plus faciles et plus libres, Nous avons, il y a quelques temps, créé un Secrétariat spécial."

Jean XXIII : Discours d'ouverture du Concile Vatican II (11 octobre 1962)
N.B. Bien noter que c'était la première fois qu'un pape s'exprimait en ces termes
"... cette unité visible dans la vérité, la famille des chrétiens tout entière ne l'a encore malheureusement pas atteinte pleinement et complètement. Cependant, l'Eglise catholique estime que son devoir est de faire tous ses efforts pour que s'accomplisse le grand mystère de cette unité que Jésus-Christ, à l'approche de son sacrifice, a demandé à son Père dans une ardente prière; et elle éprouve une douce paix à savoir qu'elle est étroitement unie à ces prières du Christ. Elle se réjouit même sincèrement de voir que ces prières ne cessent de multiplier leurs fruits abondants et salutaires, même parmi ceux qui vivent hors de son sein."

Paul VI : Discours d'ouverture pour la 2ème session (29 septembre 1963)
D
ans ce discours programme, Paul VI reprend à sa façon les intuitions de Jean XXIII et propose au Concile quatre objectifs. Parmi ceux-ci "le rétablissement de l'unité de tous les chrétiens". On peut noter dans ce discours le poids - et le vocabulaire - de la tradition "romaine" sourcilleuse vis-à-vis d'œcuménisme.
"Il y a ensuite un troisième objectif proposé au Concile et qui constitue, en un certain sens, son drame spirituel, et il concerne les "autres chrétiens", c'est-à-dire ceux qui croient en Jésus-Christ, mais que nous n'avons pas le bonheur de compter parmi ceux qui sont associés à nous par le lien de la parfaite unité du Christ. Cette unité, à laquelle ils devraient de soi participer en vertu de leur baptême, seule l'Eglise catholique peut la leur offrir, et ils y aspirent virtuellement et naturellement. En effet, les mouvements auxquels on assiste aujourd'hui dans les communautés chrétiennes séparées de nous et qui se développent de plus en plus démontrent clairement deux choses. D'abord, il n'y a qu'une seule Eglise du Christ, et elle doit donc être unique. Et puis cette union mystérieuse et visible ne peut être atteinte que dans l'unité de la foi, la participation aux mêmes sacrements et l'harmonie organique d'un unique gouvernement de l'Eglise, encore que cela puisse se vérifier dans le respect d'une large diversité de langues, de rites, de traditions historiques, de prérogatives locales, de courants spirituels, d'institutions légitimes, d'activités préférées.
Quelle est l'attitude du Concile en face de ces immenses groupes de frères séparés et de ce pluralisme possible dans la réalisation de l'unité ? Elle est claire. La convocation de ce Concile est là aussi caractéristique. Il tend à une œcuménicité qui voudrait être totale, universelle, au moins en désir, en prières, en préparation. Aujourd'hui c'est l'espérance, demain peut-être ce sera la réalité. En effet, ce Concile, en appelant, en dénombrant, en assemblant dans le bercail du Christ les brebis qui le composent à juste titre et de plein droit, ouvre les portes, élève la voix, attend anxieusement les si nombreuses brebis du Christ qui ne se trouvent pas présentement dans l'unique bercail. C'est donc un Concile d'invitation, d'attente, de confiance dans une future participation plus large et plus fraternelle à son œcuménicité authentique.

Après avoir salué les observateurs et les avoir remerciés d'être venus, Paul VI ajoute une demande "officielle" de pardon réciproque qui, si modeste soit-elle, est pourtant "une première" dans l'Eglise catholique, et inaugure ces demandes de pardon que Jean Paul II ne cessera de faire tout au long de son pontificat et notamment lors de ses voyages. La présence des observateurs, continue Paul VI,
"... nous apporte autant d'indicible réconfort et de très douce espérance que leur persistante séparation nous cause de profonde souffrance.
Si, dans les causes de cette séparation, une faute pouvait nous être imputée, nous en demandons humblement pardon à Dieu et nous sollicitons aussi le pardon des frères qui se sentiraient offensés par nous. Et nous sommes prêts, en ce qui nous concerne, à pardonner les offenses dont l'Eglise catholique a été l'objet et à oublier les douleurs qu'elle a éprouvées dans la longue série des dissenssions et des séparations."

Paul VI conclut cette partie de son discours en rappelant que la solution des problèmes "suppose beaucoup de conditions qui ne sont pas mûres à l'heure actuelle", en confirmant aux observateurs "certains des principes fondamentaux sur la base desquels, pensons-nous, peut se réaliser l'unité écclésiale avec les frères séparés".

Paul VI : Encyclique Ecclesiam tuam (août 1964) - "Charte du dialogue"
§ 81 (Le dialogue) "Cette forme de rapport indique une volonté de courtoisie, d'estime, de sympathie, de bonté de la part de celui qui l'entreprend; elle exclut la condamnation a priori, la polémique offensante et tournée en habitude, l'inutilité de vaines conversations. Si elle ne vise pas à obtenir immédiatement la conversion de l'interlocuteur parce qu'elle respecte sa dignité et sa liberté, elle vise cependant à procurer son avantage et voudrait le disposer à une communion plus pleine de sentiments et de convictions."

§ 86 "Dans le dialogue on découvre combien sont divers les chemins qui conduisent à la lumière de la foi et comment il est possible de les faire converger à cette fin. Même s'ils sont divergents, ils peuvent devenir complémentaires si nous poussons notre entretien hors des sentiers battus et si nous lui imposons d'approfondir ses recherches et de renouveler ses expressions. La dialectique de cet exercice de pensée et de patience nous fera découvrir des éléments de vérité également dans les opinions des autres; elle nous obligera à exprimer avec grande loyauté notre enseignement et nous récompensera de la peine que nous aurons prise de l'exposer aux objections et à la lente assimilation des autres ... "