LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 16 JANVIER 2003

Document 12

DEUX TEXTES DE LUMEN GENTIUM
en amont du
DECRET SUR L'ŒCUMENISME


Dans le §8 de Lumen Gentium, le Concile précise la nature de l'Eglise, à la fois visible et spirituelle. Alors que dans l'encyclique "Mystici Corporis" (29/6/1943), Pie XII identifiait le Corps mystique et l'Eglise catholique romaine, comme il le répétera dans l'encyclique "Humani generis" de 1950 ("... le Corps mystique et l'Eglise catholique romaine sont une seule et même chose"), Lumen Gentium dit plus modestement que l'unique Eglise du Christ "subsiste" - et non pas "est"! - dans l'Eglise catholique. La phrase ci-après a rendu théologiquement possible l'ouverture œcuménique de l'Eglise catholique :

§ 8. (2ème alinea) "Cette Eglise comme société constituée et organisée en ce monde, c'est dans l'Eglise catholique qu'elle subsiste (subsistit in), gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui, bien que des éléments nombreux de sanctification et de vérité se trouvent (inveniantur) hors de ses structures, éléments qui appartenant proprement par don de Dieu à l'Eglise du Christ, poussent (impellunt) par eux-mêmes à l'unité catholique."


Rappelons que le chapitre II de Lumen Gentium porte sur "le peuple de Dieu". Après avoir souligné (§13) que "tous les hommes sont appelés à faire partie du nouveau peuple de Dieu ... lequel est destiné à se dilater aux dimensions de l'univers entier", le texte envisage successivement "les fidèles catholiques"(§14), puis les chrétiens non catholiques (§15) et enfin les "non chrétiens" (§16). Le §15, ci-dessous, constitue comme une première amorce du décret sur l'œcuménisme :

§ 15 "Avec ceux qui étant baptisés portent le beau nom de chrétiens sans professer pourtant intégralement la foi ou sans garder l'unité de la communion sous le successeur de Pierre, l'Eglise se sait unie pour de multiples raisons. Il en est beaucoup, en effet, qui tiennent en honneur la Sainte Ecriture comme leur règle de foi et de vie, manifestent un zèle religieux sincère, croient de tout leur cœur au Dieu Père tout-puissant et au Christ Fils de Dieu et Sauveur, sont marqués par le baptême qui les unit au Christ, et même reconnaissent et reçoivent d'autres sacrements dans leurs propres Eglises ou dans les communautés écclésiales. Plusieurs d'entre eux jouissent même d'un épiscopat, célèbrent la sainte Eucharistie et entourent de leur piété la Vierge Mère de Dieu . À cela s'ajoute la communion dans la prière et dans les autres bienfaits spirituels, bien mieux, une véritable union dans l'Esprit-Saint, puisque, par ses dons et ses grâces, il opère en eux aussi son action sanctifiante et qu'il a donné à certains d'entre eux la force d'aller jusqu'à verser leur sang. Ainsi l'Esprit suscite en tous les disciples du Christ le désir et l'action qui tendent à l'union paisible de tous, suivant la manière que le Christ a voulue, en un troupeau unique sous l'unique Pasteur. À cette fin, l'Eglise Mère ne cesse de prier, d'espérer et d'agir, exhortant ses fils à se purifier et à se renouveler pour que, sur le visage de l'Eglise, le signe du Christ brille plus clair."