LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 16 JANVIER 2003

Texte 13

UNITATIS REDINTEGRATIO
DECRET SUR L'ŒCUMENISME
(Extraits)


PREAMBULE
1. Promouvoir la restauration de l'unité entre tous les chrétiens est un des buts principaux du saint concile œcuménique de Vatican II. Une seule et unique Eglise a été instituée par le Christ Seigneur. Et pourtant plusieurs communautés chrétiennes se présentent aux hommes comme le véritable héritage de Jésus-Christ. Tous certes confessent qu'ils sont les disciples du Seigneur, mais ils ont des attitudes différentes. Ils suivent des chemins divers, comme si le Christ lui-même était partagé. Il est certain qu'une telle division s'oppose ouvertement à la volonté du Christ. Elle est pour le monde un objet de scandale et elle fait obstacle à la plus sainte des causes : la prédication de l'Evangile à toute créature.
...
À ce mouvement vers l'unité qu'on appelle le mouvement œcuménique, prennent part ceux qui invoquent le Dieu trinité et confessent Jésus pour Seigneur et Sauveur, non seulement pris un à un, mais aussi réunis en communautés dans lesquelles ils ont entendu l'Evangile et qu'ils appellent leur Eglise et l'Eglise de Dieu. Presque tous cependant, bien que de façon diverse, aspirent à une Eglise de Dieu une et visible, vraiment universelle, envoyée au monde entier pour qu'il se convertisse à l'Evangile et qu'il soit ainsi sauvé pour la gloire de Dieu.
Voilà pourquoi le Concile considérant avec joie tous ces faits, après avoir déclaré la doctrine relative à l'Eglise, pénétré du désir de rétablir l'unité entre tous les disciples du Christ, veut proposer à tous les catholiques les secours, les orientations et les moyens qui leur permettront à eux-mêmes de répondre à cet appel divin et à cette grâce.

Chapitre premier
LES PRINCIPES CATHOLIQUES DE L'ŒCUMENISME

2. Ce paragraphe récapitule, du point de vue catholique, le fondement de l'unité voulue par le Christ et confiée à son Eglise.
"L'Esprit-Saint qui habite tous les croyants, qui remplit et régit toute l'Eglise, réalise cette admirable communion des fidèles et les unit tous si intimement dans le Christ, qu'il est le principe de l'unité de l'Eglise. C'est lui qui réalise la diversité des grâces et des ministères, enrichissant de fonctions diverses l'Eglise de Jésus-Christ, "organisant ainsi les saints pour l'œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ" (Eph. 4,12). ...
Tel est le mystère sacré de l'unité de l'Eglise, dans le Christ et par le Christ, sous l'action de l'Esprit-Saint qui réalise la variété des ministères. De ce mystère, le modèle suprême et le principe est dans la trinité des personnes l'unité d'un seul Dieu Père, et Fils, en l'Esprit-Saint.

3. Rappelant les scissions qui apparurent dès l'origine de l'Eglise (cf. 1 Cor 11, 18-19; Gal 1,6-9; 1 Jean 2, 18-19), scissions que réprouvait l'apôtre Paul (Cf. 1 Cor 1, 11ss; 11,22), ce paragraphe considère que les chrétiens non catholiques sont en" communion réelle mais imparfaite" avec l'Eglise catholique. Voici les principaux passages de ce paragraphe :
"Ceux qui naissent aujourd'hui dans de telles communautés (séparées de l'Eglise catholique) et qui vivent de la foi du Christ ne peuvent être accusés du péché de division; l'Eglise catholique les entoure de respect fraternel et de charité (dilectione). En effet, ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le baptême se trouvent dans une certaine communion bien qu'imparfaite avec l'Eglise catholique. Assurément des divergences variées entre eux et l'Eglise catholique sur des questions doctrinales, parfois disciplinaires, ou sur la structure de l'Eglise, constituent nombre d'obstacles, parfois graves, à la pleine communion ecclésiale. Le mouvement œcuménique tend à les surmonter. Néanmoins justifiés par la foi reçue au baptême, incorporés au Christ, ils portent à juste titre le nom de chrétien, et les fils de l'Eglise catholique les reconnaissent à bon droit commme des frères dans le Seigneur.
Au surplus, parmi les éléments ou les biens par l'ensemble desquels l'Eglise se construit et est vivifiée, plusieurs et même beaucoup de grande valeur, peuvent exister en dehors des limites visibles de l'Eglise catholique : la Parole de Dieu écrite, la vie de la grâce, la foi, l'espérance et la charité, d'autres dons intérieurs du Saint-Esprit et d'autres éléments visibles. Tout cela , qui provient du Christ et conduit à lui, appartient de droit à l'unique Eglise du Christ.
Par suite, le Concile déclare qu'ils jouissent encore, pour une grande part, des richesses laissées par le Christ à son Eglise :
"De même que beaucoup de gestes sacrés de la religion chrétienne s'accomplissent chez nos frères séparés et de manières différentes, selon la situation diverse de chaque Eglise ou Communauté, ils peuvent certainement produire effectivement la vie de la grâce et l'on doit reconnaître qu'ils ouvrent l'entrée de la communion du Salut.
Le Concile en déduit une conséquence importante qui ne concerne pas seulement chaque membre, mais aussi ces Eglises ou Communautés :
"En conséquence, ces Eglises et Communautés séparées, bien que nous les croyons victimes de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du Salut. L'Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d'elles comme moyen de Salut, dont la force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l'Eglise catholique.
Enfin le Concile affirme que, si les chrétiens séparés ont beaucoup, ils n'atteignent pourtant pas à la plénitude des moyens de Salut, laquelle se trouve uniquement dans l'Eglise catholique :
"Cependant nos frères séparés, soit en particulier, soit réunis dans leurs Communautés ou leurs Eglises, ne jouissent pas de cette unité que Jésus a voulu dispenser à tous ceux qu'il a régénérés et vivifiés pour former un seul corps en vue d'une vie nouvelle qui est attestée par l'Ecriture Sainte et la vénérable Tradition de l'Eglise. C'est en effet, par la seule Eglise catholique du Christ, laquelle est "le moyen général de Salut" que peut s'obtenir toute la plénitude des moyens de Salut. Car c'est au seul Collège apostolique, dont Pierre est le chef, que furent confiées, selon notre foi, toutes les richesses de la Nouvelle Alliance, afin de constituer sur terre un seul Corps du Christ auquel il faut que soient pleinement incorporés tous ceux qui, d'une certaine façon, appartiennent déjà au peuple de Dieu. ...

4. Exhortant les fidèles catholiques à reconnaître les "signes des temps", le Concile les invite à "prendre une part active à l'effort œcuménique".
(Trois aspects du mouvement œcuménique)
P
ar "mouvement œcuménique" on entend les entreprises et les initiatives provoquées et organisées en faveur de l'unité des chrétiens, selon les nécessités variées de l'Eglise et selon les circonstances.
(1) Ainsi en premier lieu, tout effort accompli pour éliminer les paroles, les jugements et les faits qui ne correspondent ni en justice ni en vérité à la situation des frères séparés (fratrum seiunctorum) et contribuent ainsi à rendre plus difficiles les relations avec eux.
(2) Ensuite, au cours de réunions de chrétiens de diverses Eglises ou communautés, organisées dans un esprit religieux, le "dialogue" mené par des experts bien informés, où chacun explique à fond la doctrine de sa communauté et montre de façon claire ce qui la caractérise. Par ce dialogue, tous acquièrent une connaissance plus véritable, en même temps qu'une estime plus juste, de l'enseignement et de la vie de chaque communion. De la même manière ces communions viennnent à collaborer plus largement à toutes sortes d'entreprises qui, répondant aux exigences de toute conscience chrétienne, contribuent au bien commun. On peut aussi, à l'occasion, se réunir pour une prière unanime.
(3) Enfin tous examinent leur fidélité à la volonté du Christ par rapport à l'Eglise et entreprennent, comme il le faut, un effort soutenu de rénovation et de réforme.
Tout cela, s'il est accompli avec prudence et patience par les fidèles de l'Eglise catholique sous la vigilance de leurs pasteurs, contribue au progrès de la justice et de la vérité, de la concorde et de la collaboration, de l'amour fraternel et de l'union. Par cette voie, peu à peu, après avoir surmonté les obstacles qui empêchent la parfaite communion écclésiale, se trouveront rassemblés par une célébration eucharistique unique, dans l'unité d'une seule et unique Eglise, tous les chrétiens. Cette unité, le Christ l'a accordée à son Eglise dès le commmencement. Nous croyons qu'elle subsiste de façon inamissible dans l'Eglise catholique et nous espérons qu'elle s'accroitra de jour en jour jusqu'à la consommation des siècles.
...
Dans l'action œcuménique, les fidèles de l'Eglise catholique, sans hésitation, se montreront pleins de sollicitude pour leurs frères séparés ; ils prieront pour eux, parleront avec eux des choses de l'Eglise,feront vers eux les premiers pas. Ils considéreront surtout avec loyauté et attention tout ce qui dans la famille catholique elle-même a besoin d'être rénové et d'être réalisé, de telle manière que sa vie rende un témoignage plus fidèle et plus manifeste de la doctrine et des institutions que le Christ a transmises par ses apôtres. En effet, bien que l'Eglise catholique ait été enrichie de la vérité révélée par Dieu ainsi que de tous les moyens de grâce, néanmoins ses membres n'en vivent pas tous avec la ferveur qui conviendrait. Il en résulte que le visage de l'Eglise resplendit moins aux yeux de nos frères séparés ainsi que du monde entier et la croissance du royaume de Dieu est entravée. C'est pourquoi tous les catholiques doivent tendre à la perfection chrétienne ; ils doivent, chacun dans sa sphère, s'efforcer de faire en sorte que l'Eglise, portant dans son corps l'humilité et la mortification de Jésus, se purifie et se renouvelle de jour en jour, jusqu'à ce que le Christ se la présente à lui-même, glorieuse, sans tache ni ride (Eph. 5,27).

...Il est nécessaire que les catholiques reconnaissent avec joie et apprécient les valeurs réellement chrétiennes qui ont leur source au commun patrimoine et qui se trouvent chez nos frères séparés ... pourtant les divisions entre chrétiens empêchent l'Eglise de réaliser la plénitude de la catholicité qui lui est propre en ceux de ses fils qui, certes, lui appartiennent par le baptême mais se trouvent séparés de sa pleine communion. Bien plus, pour l'Eglise elle-même, il devient plus difficile d'exprimer sous tous ses aspects la plénitude de la catholicité dans la réalité même de la vie.

Chapitre II
EXERCICE DE L'ŒCUMENISME

5. Le souci de réaliser l'union concerne l'Eglise tout entière, fidèles autant que pasteurs, et touche chacun selon ses possibilités, aussi bien dans la vie quotidienne que dans les recherches théologiques et historiques. Un souci de cette sorte manifeste déjà, d'une certaine façon, la liaison fraternelle qui existe entre les chrétiens et conduit vers l'unité pleine et parfaite, selon la bienveillance de Dieu.

6. Toute rénovation de l'Eglise consistant essentiellement dans une fidélité plus grande à sa vocation, c'est dans cette rénovation que se trouve certainement le ressort du mouvement vers l'unité. L'Eglise au cours de son pèlerinage est appelée par le Christ à cette réforme permanente dont elle a perpétuellement besoin en tant qu'institution humaine et terrestre. Si donc par suite des circonstances, en matière morale, dans la discipline ecclésiastique, ou même dans la formulation de la doctrine qu'il faut distiguer avec soin du dépôt de la foi, il est arrivé que sur certains points, on se soit montré trop peu attentif, il faut y remédier en temps opportun d'une façon appropriée. Cette rénovation a donc une insigne valeur œcuménique. Les différentes formes de la vie de l'Eglise selon lesquelles s'accomplit déjà la rénovation en cause (mouvement biblique et liturgique, prédication de la parole de Dieu, catéchèse, apostolat des laïcs, nouvelles formes de la vie religieuse, spiritualité du mariage, doctrine et activité de l'Eglise en matière sociale) sont à considérer comme autant de gages et signes qui annoncent favorablement les futurs progrès de l'œcuménisme.

7. Il n'y a pas de véritable œcuménisme sans conversion intérieure. ...
Aux fautes contre l'unité peut aussi s'appliquer le témoignage de saint Jean : "Si nous disons que nous n'avons pas péché, nous faisons de Dieu un menteur et sa parole n'est pas en nous" (1 Jean 1,10). Par une humble prière, nous devons donc demander pardon à Dieu et aux frères séparés, de même que nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.
Que les fidèles se souviennent tous qu'ils favoriseront l'union des chrétiens, bien plus qu'ils la réaliseront, dans la mesure où ils s'appliqueront à vivre plus purement selon l'Evangile. ...

8. Cette conversion du cœur et cette sainteté de vie, unies aux prières privées et publiques pour l'unité des chrétiens, doivent être regardées comme l'âme de tout œcuménisme et peuvent à bon droit être appelées œcuménisme spirituel.
(La prière en commun)
C'est un usage cher aux catholiques que de se réunir souvent pour renouveler la prière demandant l'unité de l'Eglise, celle que le Sauveur lui-même la veille de sa mort a élevée de façon suppliante vers son père :"Qu'ils soient un " (Jean 17,21).
En certaines circonstances particulières, par exemple lors des prières prévues "pour l'unité", et dans les réunions œcuméniques, il est permis, bien plus, il est souhaitable, que les catholiques s'associent pour prier avec les frères séparés. De telles supplications (preces) communes sont assurément un moyen efficace de demander la grâce de l'unité, et elles constituent une expression authentique des liens par lesquels les catholiques demeurent unis avec les frères séparés : "là, en effet, où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux" (Mat. 18,20).
(La "communicatio in sacris")
Cependant il n'est pas permis de considérer la communicatio in sacris comme un moyen à employer sans discernement pour rétablir l'unité des chrétiens. Deux principes règlent principalement cette communicatio : exprimer l'unité de l'Eglise ; faire participer aux moyens de grâce. Elle est, la plupart du temps, empêchée du point de vue de l'expression de l'unité; la grâce à procurer la recommande quelquefois. Sur la façon pratique d'agir, eu égard aux circonstances de temps, de lieux et de personnes, c'est l'autorité épiscopale locale qui doit prudemment donner des instructions, à moins qu'il n'y ait eu d'autres dispositions de la Conférence épiscopale, selon ses propres statuts ou du Saint-Siège.

Connaissance réciproque
9. Il faut connaître l'état d'esprit des frères séparés. Pour cela, une étude est nécessaire, et il faut la mener avec loyauté et bienveillance. Il est nécessaire que des catholiques bien préparés acquièrent une meilleure connaissance de la doctrine et de l'histoire, de la vie spirituelle et cultuelle, de la mentalité religieuse et de la culture propres à leurs frères séparés. Peuvent y contribuer beaucoup de réunions mixtes, où, d'égal à égal, on traite, en particulier de questions théologiques, pourvu que ceux qui y prennent part, sous la vigilance des évêques, soient vraiment compétents. De ce genre de dialogue ressort plus clairement aussi la vraie position de l'Eglise catholique. De cette manière, on connaîtra mieux la pensée des frères séparés, et notre foi leur sera présentée de façon plus convenable.

Formation œcuménique
10. La théologie et les autres disciplines, surtout l'histoire, doivent être enseignées aussi dans un sens œcuméniques, pour mieux répondre à la réalité. ...
De même les catholiques missionnaires, travaillant dans les mêmes pays que d'autres chrétiens, doivent connaître, surtout aujourd'hui, les questions que pose l'œcuménisme à leur apostolat et les résultats qu'il contient.

Manière d'exprimer et d'exposer la doctrine de la foi
11. La méthode et la manière d'exprimer la foi catholique ne doivent nullement faire obstacle au dialogue avec les frères. Il faut absolument exposer clairement la doctrine intégrale. Rien n'est plus étranger à l'œcuménisme que ce faux irénisme qui, altère la pureté de la doctrine catholique et obscurcit son sens authentique et incontestable.
En même temps, il faut expliquer la foi catholique de façon plus profonde et plus droite, utilisant une manière de parler et un langage qui soient facilement accessibles même aux frères séparés.
En outre, dans le dialogue œcuménique, les théologiens catholiques, fidèles à la doctrine de l'Eglise, en conduisant en union avec les frères séparés leurs rechreches sur les divins mystères, doivent procéder avec amour de la vérité, charité et humilité. En exposant la doctrine, ils se rappeleront qu'il y a un ordre ou une hiérarchie des vérités de la doctrine catholique, en raison de leur rapport différent avec les fondements de la foi chrétienne. Ainsi sera tracée la voie qui les incitera tous, par cette émulation fraternelle, à une connaissance plus profonde et une manifestation plus évidente des insondables richesses du Christ.

Collaboration de tous les chrétiens dans le domaine social
12. .... A
ujourd'hui qu'une très large collaboration s'est instaurée dans le domaine social, tous les hommes, sans exception sont appelés à cette œuvre commune, mais surtout ceux qui croient en Dieu, et, en tout premier lieu, tous les chrétiens, à cause même du nom du Christ dont ils sont marqués (insigniti). La collaboration de tous les chrétiens exprime vivement l'union déjà existante entre eux, et elle met en plus lumineuse évidence le visage du Christ serviteur. Cette collaboration, déjà établie en beaucoup de pays doit être sans cesse accentuée, là surtout où l'évolution sociale ou technique est en cours, soit en faisant estimer à sa valeur la personne humaine, soit en travaillant à promouvoir la paix, soit en poursuivant l'application sociale de l'Evangile, ou par le développement des sciences et des arts dans une atmosphère chrétienne, ou encore par l'apport de remèdes de toutes sortes contre les misères de notre temps, telles la faim et les calamités, l'ignorance et la pauvreté, la crise du logement et l'inégale distribution des richesses. Par cette collaboration, tous ceux qui croient au Christ peuvent facilement apprendre comment on peut mieux se connaître les uns les autres, s'estimer davantage et préparer la voie à l'unité des chrétiens.

Chapitre III
EGLISES ET COMMUNAUTES ECCLESIALES
SEPAREES DU SIEGE APOSTOLIQUE ROMAIN


13. Nous examinons maintenant deux sortes de scissions principales, qui ont affecté la tunique sans couture du Christ.
Les premières eurent lieu en Orient, soit par la contestation des formules dogmatiques des Conciles d'Ephèse et de Chalcédoine, soit, plus tard par la rupture de la communion ecclésiastique entre les patriarcats orientaux et le Siège romain.
D'autres ensuite, après plus de quatre siècles, se produisirent en Occident, en conséquence d'événements que l'on a coutume d'appeler la Réforme. Il en résulta que plusieurs Communions, soit nationales, soit confessionnelles, furent séparées du Siège romain. Parmi celles qui gardent en partie les traditions et les structures catholiques, la Communion anglicane occupe une place particulière.
Mais ces diverses séparations différent beaucoup entre elles, non seulement en raison de leur origine et des circonstances de lieu et de temps, mais surtout par la nature et la gravité des questions concernant la foi et la structure ecclésiale.

I. CONSIDERATIONS PARTICULIERES
RELATIVES AUX EGLISES ORIENTALES

Esprit et histoire propres des Orientaux
14.
Ce paragraphe rappelle la façon dont la communion entre Eglise d'Orient et d'Occident a fonctionné pendant plusieurs siècles et quel était le mode d'intervention du Saint-Siège. Il rappelle la place des différentes Eglises locales existant en Orient, au premier rang desquelles sont les Eglises patriarcales, dont certaines se glorifient d'avoir été fondées par les apôtres eux-mêmes.
"Il ne faut pas non plus oublier que les Eglises d'Orient possèdent depuis leur origine un trésor auquel l'Eglise d'Occident a puisé beaucoup d'éléments de la liturgie, de la tradition spirituelle et du droit. On doit estimer à sa juste valeur le fait que les dogmes fondamentaux de la foi chrétienne sur la Trinité, le Verbe de Dieu, qui a pris chair de la Vierge Marie, ont été définis dans les conciles œcuméniques tenus en Orient. Pour conserver la foi, ces Eglises ont beaucoup souffert.
Tous ceux qui travaillent à " la pleine communion souhaitée entre les Eglises orientales et l'Eglise catholique" doivent prendre en compte la condition particulière de ces Eglises d'Orient.

15. Après avoir souligné l'importance que les chrétiens Orientaux accordent à la liturgie, surtout l'Eucharistie, avec le culte liturgique de la Vierge Marie et des saints, le Concile prend position sur la question de la "communicatio in sacris" avec les orientaux :
"Puisque ces Eglises, bien que séparées, ont de vrais sacrements - principalement, en vertu de la succession apostolique : le sacerdoce et l'Eucharistie - qui les unissent intimement à nous, une certaine communicatio in sacris, dans des circonstances favorables et avec l'approbation de l'autorité ecclésiastique, est non seulement possible, mais recommandable".
Enfin, ce paragraphe souligne la place du monachisme dans la spiritualité des Orientaux, en recommandant aux catholiques "d'accéder plus fréquemment à ces richesses spirituelles des Pères orientaux", pour conclure :
"Tout le monde doit savoir qu'il est très important de connaître, vénérer, développer, le si riche patrimoine liturgique et spirituel de l'Orient pour conserver fidèlement la plénitude de la tradition chrétienne et pour réaliser la réconciliation des chrétiens orientaux et occidentaux."

16. En outre, depuis les origines, les Eglises d'Orient ont suivi une discipline propre sanctionnée par les saints Pères et des Conciles même œcuméniques. Il n'est pas du tout contraire à l'unité de l'Eglise qu'il y ait diversité de manières, de coutumes ... aussi le Concile déclare-t-il, pour enlever tout doute possible, que les Eglises d'Orient, conscientes de la nécessaire unité de toute l'Eglise, ont la faculté de se régir selon leurs propres disciplines, parce que plus conformes au caractère de leurs fidèles et plus aptes à promouvoir le bien des âmes. L'observance parfaite de ce principe traditionnel qui, à vrai dire, ne fut pas toujours respectée, est l'une des conditions préalables absolument nécessaires pour rétablir l'union.

17. Cette légitime diversité doit s'appliquer aussi à "la formulation théologique de la doctrine", certains aspects du mystère révélé ayant été "parfois mieux saisi et mieux exposé par l'un que par l'autre, si bien que ces diverses formules doivent être considérées comme plus complémentaires qu'opposées" ... (L'exemple des Eglises orientales rattachées à Rome)
Rendant grâce à Dieu de ce que beaucoup d'Orientaux, fils de l'Eglise catholique, qui gardent ce patrimoine et désirent en vivre plus purement et pleinement, vivent déjà en pleine communion avec leurs frères qui gardent la tradition occidentale, le Concile déclare que tout ce patrimone spirituel et liturgique, disciplinaire et théologique, dans ses diverses traditions, fait pleinement partie de la catholicité et de l'apostolicité de l'Eglise.

18. En conclusion, notant qu'il "ne faut rien imposer qui ne soit nécessaire" (Act. 15,28) le Concile émet des vœux pour l'unité et suggère aux pasteurs et aux fidèles de l'Eglise catholique de tisser des liens avec les Orientaux qui viventt loin de leur patrie, en vue de contribuer à abattre le mur qui sépare l'Eglise d'Orient de celle d'Occident.

II. LES EGLISES ET COMMUNAUTES ECCLESIALES
SEPAREES EN OCCIDENT

19. Les Eglises et Communautés ecclésiales qui à l'époque de la grande crise commencée en Occident à la fin du Moyen Age, ou dans la suite furent séparées du Siège apostolique romain, demeurent unies à l'Eglise catholique par une affinité particulière et par des relations dues à la longue durée de vie du peuple chrétien dans la communion ecclésiastique au cours des siècles passés.
Prenant acte de la diversité de ces "Eglises et Communautés ecclésiales", le Concile note qu'il est difficile de les définir et que tel n'est pas son intention. Espérant que le mouvement œcuménique et l'estime mutuelle ne cesseront de grandir, le Concile ajoute :
"Cependant, il faut reconnaître qu'entre ces Eglises et Communautés et l'Eglise catholique il y a des différences considérables, non seulement de caractère historique, sociologique, psychologique et culturel, mais surtout dans l'interprétation de la vérité révélée. Pour rendre plus facile, malgré ces différences, l'instauration du dialogue œcuménique, nous voulons souligner certains points qui peuvent et doivent servir de base et de point de départ à ce dialogue."

20. Sans ignorer les différences qui existent par rapport à la doctrine de l'Eglise catholique au sujet "du Christ, Verbe incarné, et de l'œuvre rédemptrice et par suite au sujet du mystère et du ministère de l'Eglise, ainsi que du rôle de la Vierge Marie dans l'œuvre du salut" les Pères du Concile ajoutent : "Ce nous est une joie de voir nos frères séparés regarder vers le Christ, comme la source et le centre de la communion ecclésiale". ...

21. L'amour et la vénération - presque le culte - de nos frères pour l'Ecriture Sainte les portent à l'étude constante et diligente du texte sacré : l'Evangile "est en effet la force de Dieu opérant le salut pour tout croyant , pour le Juif d'abord, pour le Grec ensuite" (Rom. 1,16).
... Mais si les chrétiens séparés de nous affirment l'autorité divine des Saints Livres, ils ont une opinion différente de la nôtre (et différente aussi entre eux) au sujet de la relation entre Ecritures et Eglise. Dans celle-ci, selon la foi catholique, le magistère authentique occupe une place particulière pour l'explication et la prédication de la parole de Dieu écrite.
C
ependant, les paroles divines sont, dans le dialogue lui-même, des instruments insignes entre les mains puissantes de Dieu pour obtenir cette unité que le Sauveur offre à tous les hommes.

22. ... Le baptême est donc le lien sacramentel d'unité existant entre ceux qui ont été régénérés par lui. Cependant, le baptême, de soi, n'est que le commencement et le point de départ, car il tend tout entier à l'acquisition de la plénitude de la vie du Christ. ...
Bien qu'elles n'aient pas avec nous la pleine unité dont le baptême est la source et bien que nous croyions que, en raison surtout de l'absence du sacrement de l'ordre, elles n'ont pas conservé la substance propre et intégrale du mystère eucharistique, cependant les communautés ecclésiales séparées de nous, lorsqu'elles célèbrent à la sainte Cène le mémorial de la mort et de la résurrection du Seigneur, professent que la vie consiste dans la communion au Christ et attendent son retour glorieux. Il faut donc que la doctrine sur la Cène du Seigneur, les autres sacrements, le culte et le ministère de l'Eglise, fasse l'objet du dialogue.

23. Après avoir mentionné les singulières qualités de vie chrétienne de ces frères, qui se manifestent notamment par "un sens très vif de la justice" et "une foi agissante" dont témoignent nombre d'institutions, le concile note :
"Même si, parmi les chrétiens, beaucoup n'entendent pas de la même manière que les catholiques, l'Evangile dans les questions morales et n'admettent pas les mêmes solutions des bien difficiles problèmes de la société d'aujourd'hui, néanmoins, ils veulent comme nous, s'attacher à la parole du Christ, comme à la source de la force chrétienne et obéir au précepte apostolique :"Quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit au nom du Seigneur Jésus, rendant par lui grâce au Père " (Col. 3,17). C'est ici que le dialogue œcuménique sur l'application morale de l'Evangile peut commencer.

CONCLUSION
24. Après avoir exposé les conditions de l'action œcuménique, le Concile se tourne vers l'avenir et exhorte les fidèles catholiques à mener l'action œcuménique conformément à la foi que l'Eglise catholique a toujours professée. Enfin le Concile conclue le décret :
"Le Concile souhaite instamment que les initiatives des enfants de l'Eglise catholique progressent unies à celles des frères séparés, sans mettre un obstacle quelconque aux voies de la Providence et sans préjuger des impulsions futures de l'Esprit-Saint. Au surplus, le Concile déclare avoir conscience que ce projet sacré, la réconciliation de tous les chrétiens dans l'unité d'une seule et unique Eglise, dépasse les forces et les capacités humaines. C'est pourquoi il met entièrement son espoir dans la prière du Christ pour l'Eglise, dans l'amour du Père à notre égard, et dans la puissance du Saint-Esprit : "L'espérance ne déçoit point; car l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné" (Rom. 5,5).