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JM.VEZIN |
Où en est
l'œcuménisme aujourd'hui ?
(Point de vue
catholique)
(Rappel : l'œcuménisme ne concerne que les
chrétiens,à la différence du " dialogue inter-religieux ".)
À côté des Catholiques, qui sont
donc " ceux qui étant baptisés, portent le beau nom de
chrétiens " (Lumen gentium § 15) ? D'abord les
Eglises orientales (cf. document
14), les unes (Eglises " orientales orthodoxes ")
n'ayant pas accepté les formulations du Concile de Chalcédoine
(451) qui exprime le mystère de Jésus-Christ, vrai Dieu et
vrai homme, dans le langage des " deux natures " ; les autres
l'ayant accepté (Eglises héritières du siège de Constantinople,
de rite byzantin, relevant de patriarcats ou " autocéphales
") ; la plupart de ces Eglises ont des rameaux qui, pour des
raisons historiques se sont rattachés à Rome, tout en conservant
leurs rites. Ensuite les Eglises issues de la Réforme
: les Protestants (luthériens, réformés -calvinistes-, baptistes,
méthodistes...), qui mettent en avant la référence à la Bible
; et les Anglicans, dont les structures et les traditions
ressemblent à celles des Catholiques et qui, familiers des
Pères de l'Eglise, se sentent proches de l'Eglise primitive.
Avec ces Eglises, ce qui nous rapproche
est plus important que ce qui nous sépare : l'expression de
la foi telle que la formule le Credo commun de Nicée-Constantinople
; la référence, à quelques variantes près, au même texte saint,
celui de la Bible où se révèle la Parole de Dieu ; le baptême,
valide d'une Eglise à l'autre. Ce qui nous sépare des Eglises
orientales résulte plus de l'Histoire et de la politique que
de la théologie : la principale difficulté porte sur la primauté
de Rome : les Orthodoxes accepteraient une primauté " d'honneur
" (car à Rome se trouvent les tombeaux de Pierre et de Paul),
mais non le pouvoir juridictionnel (ce qui pose problème dans
le filioque du Credo romain, que les Orthodoxes n'ont
pas accepté, ne réside plus tant dans le fond - on parle dorénavant
de différences, et non de divergences - que dans le fait que
Rome ait voulu l'imposer). Avec les Eglises issues de la Réforme,
les différences sont plus profondes et portent sur la conception
de l'Eglise, les ministères, la place du Magistère, les sacrements
dont l'Eucharistie ; en revanche, la question de " la justification
par la foi " ne pose plus vraiment problème, de même que l'articulation
entre Ecriture et Tradition.
Comment l'œcuménisme a-t-il évolué depuis
Vatican II ? Unitatis redintegratio rappelle qu'il
" n'y a pas de véritable œcuménisme sans conversion intérieure
" (la notre et non seulement celle des autres) ; ce n'est
donc plus une polémique à coups d'arguments. Il y a eu beaucoup
d'avancées depuis le Concile. Au décret sur l'œcuménisme ont
suivi : en 1993, un " directoire " donnant un certain nombre
de règles et de " normes " ; en 1995, une encyclique (Ut
unum sint, cf. texte
14), qui indique qu'il peut y avoir des manières différentes
de formuler la même foi (mais sans que cela puisse conduire,
par souci philanthropique, à édulcorer la vérité) ; et toute
l'Eglise est concernée (et non seulement des spécialistes).
Sans doute des difficultés se sont-elles manifestées : récente
déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi,
" indulgence " au moment du Jubilé 2000, difficultés
avec les Eglises orientales ; mais par ailleurs, il y a Taizé,
il y a le groupe des Dombes (rencontre régulière entre théologiens),
il y a surtout le travail de l'Esprit dans de multiples communautés...
On peut citer divers exemples (cf. document
15) de dialogues entre l'Eglise catholique et d'autres
Eglises (sans oublier tout ce qui se passe entre ces autres
Eglises, en particulier au sein du Conseil Œcuménique des
Eglises) : Accord de 1973 avec l'Eglise copte d'Egypte,
séparée depuis le Vème siècle. Des gestes avaient préparé
le terrain : transfert de reliques de Saint Marc de Venise
à Alexandrie, visite de Paul VI à Alexandrie. L'accord comporte
une profession de foi sur le Christ avec des mots un peu différents
(sur la double nature du Christ) de ceux de Chalcédoine, ce
qui manifeste que l'on peut avoir la même foi avec des formulations
différentes. Dialogue entre Anglicans et Catholiques
au sein de " l'ARCIC " initié en 1966 par Paul VI et le primat
de Canturbery, aboutissant à des formulations communes sur
l'Eucharistie, les ministères, l'autorité dans l'Eglise (mais
se heurtant à des difficultés sur l'infaillibilité et les
dogmes mariaux). Ce dialogue a été perturbé par l'ordination
de femmes chez les Anglicans, mais se poursuit. Accord
de " Balamand " avec les Orthodoxes, à propos des
Eglises uniates (Orthodoxes rattachés à Rome et qui, depuis
la chute du communisme, souhaitent récupérer leurs lieux du
culte et font du prosélytisme). Le texte insiste sur la volonté
de pardon, et le dialogue dans l'amour pour surmonter les
incompréhensions réciproques. Accord d'Augsbourg (1999)
avec les Luthériens sur la " justification par la
foi " : relisant l'épître aux Romains, le moine Luther rappelait,
en 1515, que c'est par grâce (et non du fait de nos mérites)
que Dieu nous rend justes, d'où des polémiques (en particulier,
quelle est alors la part de notre liberté ?) ; le Concile
de Trente (1545-1564 reprendra cette question dans un grand
décret sur la justification, mais il arrivra trop tard. L'accord
d'Augsbourg de 1999 souligne que les œuvres sont la conséquence
(et non l'origine) de la justification ; et il indique ce
sur quoi chacun, au sein d'une même foi, met davantage l'accent
: il y a des différences légitimes (de même qu'il y en a entre
bénédictins et jésuites...), mais ce ne sont pas des divergences.
Cette méthode d'approche peut être un modèle pour tout dialogue
œcuménique.