(Cliquer ici pour obtenir une version imprimable en mode portrait)

LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 23 JANVIER 2003

  JM.VEZIN

Où en est l'œcuménisme aujourd'hui ?

(Point de vue catholique)


(Rappel : l'œcuménisme ne concerne que les chrétiens,à la différence du " dialogue inter-religieux ".)

À côté des Catholiques, qui sont donc " ceux qui étant baptisés, portent le beau nom de chrétiens " (Lumen gentium § 15) ? D'abord les Eglises orientales (cf. document 14), les unes (Eglises " orientales orthodoxes ") n'ayant pas accepté les formulations du Concile de Chalcédoine (451) qui exprime le mystère de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, dans le langage des " deux natures " ; les autres l'ayant accepté (Eglises héritières du siège de Constantinople, de rite byzantin, relevant de patriarcats ou " autocéphales ") ; la plupart de ces Eglises ont des rameaux qui, pour des raisons historiques se sont rattachés à Rome, tout en conservant leurs rites. Ensuite les Eglises issues de la Réforme : les Protestants (luthériens, réformés -calvinistes-, baptistes, méthodistes...), qui mettent en avant la référence à la Bible ; et les Anglicans, dont les structures et les traditions ressemblent à celles des Catholiques et qui, familiers des Pères de l'Eglise, se sentent proches de l'Eglise primitive.

Avec ces Eglises, ce qui nous rapproche est plus important que ce qui nous sépare : l'expression de la foi telle que la formule le Credo commun de Nicée-Constantinople ; la référence, à quelques variantes près, au même texte saint, celui de la Bible où se révèle la Parole de Dieu ; le baptême, valide d'une Eglise à l'autre. Ce qui nous sépare des Eglises orientales résulte plus de l'Histoire et de la politique que de la théologie : la principale difficulté porte sur la primauté de Rome : les Orthodoxes accepteraient une primauté " d'honneur " (car à Rome se trouvent les tombeaux de Pierre et de Paul), mais non le pouvoir juridictionnel (ce qui pose problème dans le filioque du Credo romain, que les Orthodoxes n'ont pas accepté, ne réside plus tant dans le fond - on parle dorénavant de différences, et non de divergences - que dans le fait que Rome ait voulu l'imposer). Avec les Eglises issues de la Réforme, les différences sont plus profondes et portent sur la conception de l'Eglise, les ministères, la place du Magistère, les sacrements dont l'Eucharistie ; en revanche, la question de " la justification par la foi " ne pose plus vraiment problème, de même que l'articulation entre Ecriture et Tradition.

Comment l'œcuménisme a-t-il évolué depuis Vatican II ? Unitatis redintegratio rappelle qu'il " n'y a pas de véritable œcuménisme sans conversion intérieure " (la notre et non seulement celle des autres) ; ce n'est donc plus une polémique à coups d'arguments. Il y a eu beaucoup d'avancées depuis le Concile. Au décret sur l'œcuménisme ont suivi : en 1993, un " directoire " donnant un certain nombre de règles et de " normes " ; en 1995, une encyclique (Ut unum sint, cf. texte 14), qui indique qu'il peut y avoir des manières différentes de formuler la même foi (mais sans que cela puisse conduire, par souci philanthropique, à édulcorer la vérité) ; et toute l'Eglise est concernée (et non seulement des spécialistes). Sans doute des difficultés se sont-elles manifestées : récente déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi, " indulgence " au moment du Jubilé 2000, difficultés avec les Eglises orientales ; mais par ailleurs, il y a Taizé, il y a le groupe des Dombes (rencontre régulière entre théologiens), il y a surtout le travail de l'Esprit dans de multiples communautés...

On peut citer divers exemples (cf. document 15) de dialogues entre l'Eglise catholique et d'autres Eglises (sans oublier tout ce qui se passe entre ces autres Eglises, en particulier au sein du Conseil Œcuménique des Eglises) : Accord de 1973 avec l'Eglise copte d'Egypte, séparée depuis le Vème siècle. Des gestes avaient préparé le terrain : transfert de reliques de Saint Marc de Venise à Alexandrie, visite de Paul VI à Alexandrie. L'accord comporte une profession de foi sur le Christ avec des mots un peu différents (sur la double nature du Christ) de ceux de Chalcédoine, ce qui manifeste que l'on peut avoir la même foi avec des formulations différentes. Dialogue entre Anglicans et Catholiques au sein de " l'ARCIC " initié en 1966 par Paul VI et le primat de Canturbery, aboutissant à des formulations communes sur l'Eucharistie, les ministères, l'autorité dans l'Eglise (mais se heurtant à des difficultés sur l'infaillibilité et les dogmes mariaux). Ce dialogue a été perturbé par l'ordination de femmes chez les Anglicans, mais se poursuit. Accord de " Balamand " avec les Orthodoxes, à propos des Eglises uniates (Orthodoxes rattachés à Rome et qui, depuis la chute du communisme, souhaitent récupérer leurs lieux du culte et font du prosélytisme). Le texte insiste sur la volonté de pardon, et le dialogue dans l'amour pour surmonter les incompréhensions réciproques. Accord d'Augsbourg (1999) avec les Luthériens sur la " justification par la foi " : relisant l'épître aux Romains, le moine Luther rappelait, en 1515, que c'est par grâce (et non du fait de nos mérites) que Dieu nous rend justes, d'où des polémiques (en particulier, quelle est alors la part de notre liberté ?) ; le Concile de Trente (1545-1564 reprendra cette question dans un grand décret sur la justification, mais il arrivra trop tard. L'accord d'Augsbourg de 1999 souligne que les œuvres sont la conséquence (et non l'origine) de la justification ; et il indique ce sur quoi chacun, au sein d'une même foi, met davantage l'accent : il y a des différences légitimes (de même qu'il y en a entre bénédictins et jésuites...), mais ce ne sont pas des divergences. Cette méthode d'approche peut être un modèle pour tout dialogue œcuménique.

Annexes :
Document 14 : Les autres confessions chrétiennes.
Document 15 : exemples d'accords œcuméniques.
Texte 14 : extraits de l'encyclique Ut unum sint.