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LE
CONCILE VATICAN II
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JEUDI 23 JANVIER 2003
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Document 14
LES CONFESSIONS CHRETIENNES
"Ceux qui, étant baptisés, portent le beau nom de chrétiens"
(Lumen Gentium §15)
N.B. A coté des Eglises, les chiffres donnent
en millions (M), une estimation du nombre de fidéles.
1) LES EGLISES ORIENTALES
Elles comportent deux grandes familles,
qui se distinguent par leur position vis à vis des formulations
dogmatiques des conciles [1]d'Ephèse
(431) et surtout de Chalcédoine (451), et par leurs rites
a) Les Eglises "orientales orthodoxes"
(selon leur propre désignation).
Elles n'ont pas accepté les formulations
de Chalcédoine et conservent des rites anciens (Alexandrin,
antiochien, chaldéen, arménien). Ce sont principalement:
- L'Eglise copte (Egypte, 6M)
- l'Eglise éthiopienne (9M)
- L'Eglise syrienne , syriaque (jacobites)
- l'Eglise malankare syrienne (Inde)
- l'Eglise arménienne, dite grégorienne (8M, Russie,
Proche orient et dispersion -USA, etc)
Les Eglises nestoriennes, encore si nombreuses
au Moyen Age (Proche Orient, Inde, Tibet, Chine) ont pratiquement
disparues. On leur rattache l'Eglise assyrienne de l'Orient
de rite chaldéen.
b) Les Eglise orthodoxes, de rite byzantin.
Elles se composent de 16 Eglises[2]
:
- Les 4 patriarcats antiques : Constantinople ("patriarche
œcuménique"), Alexandrie, Antioche et Jérusalem
- 5 patriarcats plus tardifs : Russie (100M, Moscou,
"3ème Rome"), Roumanie (14 M), Serbie (9M), Bulgarie (6M), Géorgie.
- 7 Eglises "autocéphales" nationales : Chypre (0,5M),
Grèce (8M), Pologne (0,5M), Albanie, Tchécoslovaquie (0,2 M),
Finlande, Ukraine. Les Eglises orthodoxes des états baltes (Lettonie
et Estonie) sont rattachées au patriarcat de Moscou.
À cela s'ajoutent des Eglises "autonomes"
: Sinaï, Japon et Chine.
Toutes ces Eglises ont des communautés dispersées
dans le monde qui en général se rattachent à leur Eglise d'origine,
ou forment parfois des Eglises "autocéphales" (Ex. aux U.S.A,
1M)
Ce sont toutes des Eglises chalcédoniennes
qui entretiennent entre elles certains liens de communion. Héritières
du siège de Constantinople, elles sont de rite Byzantin. La
langue liturgique utilisée est soit le grec, soit, dans les
pays slaves et baltes, le slavon, soit dans le patriarcat d'Antioche
(Syrie, Liban, Irak ....) l'arabe, soit une langue nationale.
Des conférences "pan-orthodoxes" (Rhodes
1961-1964 ; Belgrade, 1966 ; Chambéry (1968) ont notamment défini
les liens entre les diverses Eglises en vue d'un éventuel futur
Synode général de l'orthodoxie.
c) Les Eglises catholiques orientales (rattachées
à Rome)
De la fin du moyen Age au XVIIIème siècle,
dans la plupart des deux familles des Eglises orientales, des
communautés se sont détachées de leur Eglise pour se rattacher
à Rome, souvent pour des raisons politiques. C'est ainsi qu'il
existe des catholiques coptes (0,2M), armèniens, grecs (melkites,
1,3M), syriaques (0,15 M), chaldéens (1M), malabares (3M), roumains,
russes (de rite byzantin), ukrainiens (l'Eglise supprimée par
Staline, revit depuis 1991), Biélorusse grecque. Parfois soumises
à une certaine latinisation, ces diverses Eglises, qui ont souvent
beaucoup souffert, ont à peu près conservées à l'intérieur de
l'Eglise catholique, leurs rites, leur organisation, leur langue,
etc.
Il faut mettre à part, l'Eglise maronite
(4M, Liban et diaspora) - du nom de saint Maroun (Vème siècle)
-, constituée au VIIIème siècle et qui a toujours été unie à
Rome.
Le concile Vatican II a reconnu la grande
valeur de cette diversité de traditions et de rites et leur
a consacré un décret sur les Eglises orientales catholiques
(rattachées à Rome) - Orientalium ecclesiarum. Comme
prèvu par Vatican II, ces Eglises sont régies par un droit canon
spécifique, différent de celui des Eglises occidentales. Ainsi,
par exemple, une partie de leur clergé peut être marié.
Au plan œcuménique, l'existence de ces Eglises
montrent que dans la communion de l'Eglise une diversité est
possible et même souhaitable (cf. L.G §13.3) : l'unité n'est
pas l'uniformité ! mais ces Eglises posent une difficulté dans
le dialogue avec les orthodoxes (cf. accord de Balamand, 1993)
N.B. Rappelons enfin qu'il existe dans les
territoires orthodoxes, notamment au Moyen Orient et en Russie
des Eglises catholiques latines ... (multiplicité d'évêques
sur un même territoire !)
2 - LES "EGLISES ET COMMUNAUTES ECCLESIALES
ISSUES DE LA REFORME
2.1 La "communion anglicane" qui
a conservé, notamment dans la High Church, un certain
nombre de structures (épiscopat) de l'Eglise catholique, et
dont la "comprehensiveness" autorise des traditions diverses
(calvinistes), tout en se référant profondément aux Pères de
l'Eglise et aux premiers Conciles œcumèniques. Présente principalement
en Grande Bretagne, aux USA ("épiscopaliens") et dans le Commonwealth,
elle compte environ 70 Millions de fidèles répartis en Eglises
ou provinces autonomes (plus de 400 diocéses). La conférence
de Lambeth, présidée par l'archevêque de Canterbory (Primat
d'honneur) regroupe, tous les dix ans, l'ensemble des évêques
anglicans, qui ont en commun : la Bible, le symbole des apôtres
et celui de Nicée-Constantinople, les deux sacrements du baptême
et de l'Eucharistie, l'épiscopat (C'est le "Quadrilataire de
Lambeth"). Le Prayer Book résume l'expression de la foi
anglicane.
2.2 Les Eglises et communautés ecclésiales
protestantes
Quelle que soit la diversité de ces Eglises
et communautés ecclésiales, elles ont toutes en commun leur
référence première à la Bible, Parole de Dieu, par rapport à
laquelle tout le reste (Eglise , sacrements, ministère) est
toujours second.
Parmi ces "Eglises et communautés ecclésiales"
ont peut distinguer quelques grandes familles, dont les membres,
sont souvent regroupées dans des fédérations :
a) Les luthériens (Allemagne, pays scandinaves,
USA, certains pays d'Afrique), regroupés au sein de la Fédération
luthérienne mondiale (55M)
b) Les réformés (calvinistes), appelés presbytériens
en Ecosse et aux USA; pour la plupart, ils sont membres de l'Alliance
réformée mondiale (70M);
c) Les baptistes, début en Grande Bretagne
au XVIIème siècle, nombreux aux USA (30 Millions), ont constitué
une Alliance baptiste mondiale (40M)
d) Les méthodistes (origine : Grande Bretagne,
John Wesley, XVIIIème siècle), nombreux aux USA (22 Millions)
N.B. Un certain nombre de ces Eglises ou
Communautés se qualifient "d'évangéliques", sans que cette référence
à l'Evangile suffise à les spécifier. Par exemple en Allemagne
la qualification d'évangélique désigne les Eglises luthériennes.
Enfin, souvent transverses à ces Eglises
les divers mouvements "pentecôtistes", venus des USA et (également
à l'origine, dans le catholicisme, des mouvements "charismatiques").
Parmi ces différentes "Eglises et communautés
écclésiales" on peut distinguer trois grandes formes d'organisation,
liées à la conception de l'autorité :
- L'épiscopalisme (Ex. Les Anglicans) : L'assemblée
des évêques a le pouvoir.
- Le presbytérianisme (Ex. les réformés)
: l'autorité est exercée par des synodes de laïcs et de pasteurs,
élus au plan paroissial et national
- Le congrégationalisme : La communauté locale
des croyants est l'autorité écclésiale, sous Christ.
NB 1 - Les Mormons ou les Adventistes
sont des sectes issues du protestantisme américain, mais qui
ne sont pas reconnus par le protestantisme.
NB 2 - En France les protestants représentent
de l'ordre de 3% de la population. Ce sont en majorité des réformés.
On trouve des luthériens en Alsace lorraine et dans la région
de Montbéliard.
"Ce qui nous unit est beaucoup plus fort que
ce qui nous divise" (Jean XXIII)
Avant d'examiner globalement ce qui sépare
encore les Eglises, il faut souligner tout ce qui déjà les rassemble
:
1) L'Eglise catholique et toutes les Eglises et communautés
ecclésiales adhérentes au COE peuvent professer ensemble la
foi dans les termes du Credo de Nicée-Constantinople
(formule longue de la liturgie eucharistique catholique).
2) Nous nous référrons tous à la même sainte
Bible (Premier et Nouveau Testament ) à quelques variantes
près[3] , et
nous avons réussi, ce qui était impensable il y a un siècle,
à faire une traduction commune (la T.O.B), selon le vœu de Dei
verbum § 22.
3) Le baptême, que la plupart des Eglises
et communautés ecclésiales reconnaissent mutuellement, est un
lien sacramentel d'unité, qui de soi, appelle à une unité plus
pleine.
1. Aperçu sur le contentieux entre les Eglises
orthodoxes et catholiques
a) Il faut tenir compte des circonstances
historiques. La rupture avec l'Orient s'est effectuée sur une
longue durée, avec des périodes de séparation et de retrouvailles,
où les questions politiques (rivalité entre Rome et Byzance)
ont beaucoup joué. Certains faits, ont laissé des traces indélébiles
: c'est le cas du sac de Constantinople par les croisés en 1204
et suivi de l'établissement sur place d'une éphémère Eglise
latine. A cela s'ajoute, et persiste, les différences de mentalités
de culture et de langues entre Orient et Occident, (qui se traduisent,
par exemple dans l'iconographie).
Ces différences importantes sont surmontables
dans une unité qui s'enrichit de diversité et ne vise pas à
l'uniformité.
b) Doctrinalement peu de choses nous sépare.
Le contentieux porte sur :
La primauté romaine
L'Orient a toujours reconnu au siège de Rome
une primauté d'honneur en raison de sa fondation sur Pierre
et Paul. En référence au fonctionnement de l'Eglise des premiers
siècles, l'orthodoxie pourrait reconnaître au pape cette primauté
d'honneur, gage d'unité. Mais l'Orient n'admet pas que l'évêque
de Rome, patriarche d'Occident, puisse disposer d'un pouvoir
de juridiction "universelle, ordinaire et immédiat" tel que
le Concile Vatican I l'a défini. C'est le point majeur du contentieux
avec l'Orient, source de multiples difficultés.
Filioque
Pour l'Orient, le Père est seul source ;
par suite l'Esprit procède du Père par le Fils, mais
non du Père et du Fils (Filioque). Mais au-delà
d'une différence d'expression théologique, ce que l'Orient n'admet
pas c'est la façon dont ce Filioque[4]
a été ajouté de manière unilatérale par les théologiens de Charlemagne,
alors que le Concile d'Ephése avait décidé de ne rien ajouter
au credo de Nicée Constantinople. Aujourd'hui, du point
de vue catholique on admet que les deux formules "du père par
le Fils" ou "du Père et du Fils" sont légitimes et n'engagent
pas la foi : il s'agit de différence et non pas de divergence
; l'Orient est partagé : la plupart des théologiens admettent
le Filioque, tandis que pour d'autres cela demeure une
hérésie. Ce point n'est plus vraiment majeur aujourd'hui.
Autres points
Mentionnons pour mémoire des points qui,
eux non plus, ne sont pas considérés comme majeurs :
- L'Epiclèse (Invocation de l'Esprit) Les
orientaux nous reprochent de sous-estimer le rôle de l'Esprit
Saint dans la vie de l'Eglise, en particulier l'abandon de l'épiclèse,
dans la célébration eucharistique. Sur ce point, la réforme
liturgique de Vatican II, retrouvant la tradition ancienne,
a remis l'épiclèse en honneur.
- sur la conception du "purgatoire", vocabulaire
qui n'apparaît en Occident qu'au XIIème siècle et que donc ignore
l'Orient qui interprète à sa façon le verset de 2 Cor 5,10.
- La question des dogmes mariaux de 1854 et de 1950
: l'Orient ne se considère pas lié par ces définitions occidentales,
mais estime qu'en ce domaine, il n'y a pas lieu à définition
dogmatique, alors que la vénération de la Vierge Marie est inscrite
depuis toujours dans la piètè de ses fidèles et dans sa liturgie.
2. Aperçu sur le contentieux entre l'Eglise
catholique et les Eglises de la Réforme
a) Rappel du contexte historique. La Réforme
s'est inscrite dans un climat de retour aux sources, l'Ecriture
d'abord mais aussi les Pères de l'Eglise. Dans ce climat, la
Réforme a bénéficié du travail d'édition de la Bible et des
Pères de l'Eglise qu'avaient entrepris les humanistes chrétiens.
Mais très vite s'est instauré un climat de polémique violente,
en sorte que certaines des revendications légitimes des réformés
ne seront pas reçues par l'Eglise de l'époque. Les positions
se sont durcies, dans des débats dont la charité est le plus
souvent absente, or ce manque de charité obscurcit l'accès à
la vérité. Enfin les intérêts politiques en jeu achéveront tragiquement
la rupture. La nécessaire Réforme de l'Eglise (attendue depuis
deux siècles), "dans sa tête et dans ses membres" (Catherine
de Sienne, 1377) n'adviendra qu'à l'issue du Concile de Trente
(1545-1564) sous le mode d'une Contre réforme.
b) Contrairement à l'Orient, ce sont beaucoup
moins des questions de mentalité et de culture qui sont en jeu
que des que des différences, "considérables" (U.R ! 19) dans
"l'interprétation de la vérité révélée".
Le contentieux porte principalement sur les
points suivant :
- sur la conception de l'Eglise
- sur l'Eucharistie
- sur les autres sacrements (mariage, ....)
- Sur les ministères
- sur la place d'un magistère et son rôle, notamment
en matière éthique.
Deux points traditionnels de divergence ne
posent plus aujourd'hui les mêmes difficultés que jadis :
- la justification par la foi (voir l'accord avec
les luthériens)
- les questions sur Ecriture et Tradition
"Il n'y a pas de véritable œcumènisme sans
conversion intérieure" (Unitatis redintegratio § 7)
"L'appréciation d'un contentieux ne peut
...pas être le même lorsqu'on est dans une dynamique de séparation
ou dans une dynamique de retrouvailles. Dans une dynamique de
séparation, le contentieux doctrinal est au point de départ
assez faible . Mais le manque mutuel de charité et le
désir ou la volonté de la scission ont tendance à se justifier
doctrinalement. Aussi tout ce qui constituait originellement
un ensemble de perceptions différentes, un climat théologique,
spirituel, liturgique divers va chercher à se poser en divergences
et en opposition proprement doctrinales. C'est la caractéristique
propre de la phase de division: On l'a vue tant en Orient qu'en
Occident et l'on en trouve encore des exemples à l'époque contemporaine.
À la limite des frères que rien dans la foi ne sépare
encore ne peuvent plus communiquer. La perte de la charité
fraternelle n'est jamais neutre au regard de la vérité. Elle
engendre facilement le refus d'une vérité complète.Au contraire,
le retour à une attitude de charité mutuelle permet un retour
à une vérité plus plénière. Le contentieux doctrinal a beau
être réel, parfois important, le désir de la réconciliation
permet de s'écouter, de se comprendre et même de découvrir,
en certains cas, que ce qui était interprété dans un climat
polémique comme une divergence se ramène à une différence compatible
avec l'unanimité nécessaire dans la foi. La conversion du
cœur ouvre à une conversion de l'intelligence et contribue
à "désépaissir" le domaine du contentieux"[5]
[1]
Après les Conciles de Nicée(325) et de Constantinople I (381),
il s'agit des deux grands conciles oecuméniques qui mettent
fin aux discussions sur la nature du Christ et donnent des formulations
dogmatiques de la foi .
- Ephése (431) "pour que le Christ fut reconnu vraiment
Fils de Dieu et Fils de l'homme", contre ceux (Nestorius) qui
disaient que Marie n'était que mère du Christ, ce Concile proclame
Marie, Mère de Dieu (Theotokos).
- Chalcédoine (451) enseigne à confesser Jésus-Christ
"vraiment Dieu et vraiment homme ", une seule personne en deux
nature "sans confusion, sans changement, sans division, sans
séparation."
[2]Ce
sont ces 16 Eglises qui font partie du dialogue théologique
avec l'Eglise catholique.
[3]Quelques
livres du premier Testament sont considérés comme "deutero canoniques"
par les protestants et les orthodoxes.
[4]Introduit
d'abord en Espagne le Filioque passa ensuite dans l'usage
en Gaule et en Germanie. Un synode de l'empire carolingien demanda
au pape Léon III sa réception par l'église romaine - ce que
le pape refusa. C'est Benoit VIII au XIème siècle qui l'introduira
dans le Credo de la liturgie romaine. Aux conciles de
Lyon (1274) et de Florence (1439) les Grecs l'admirent, mais
ces conciles "d'union" sont restés lettre morte dans l'orthodoxie.
[5]B.
SESBOUE, Pour une théologie cuménique, coll. Cogitatio
fidei N) 160, ed. du cerf, Paris 1991. Page 49. B. Sesboué,
s.j., fait partie du groupe des Dombes.