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LE CONCILE
VATICAN II
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JEUDI 23 JANVIER 2003
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Document 15
EXEMPLES D'ACCORD ŒCUMENIQUES
1) L'accord du 10 mai 1973 entre l'Eglise copte
d'Egypte et l'Eglise catholique
Cet accord pourrait illustrer ce que déclarait
Jean XXIII dans son discours d'ouverture au Concile:
"...autre est le dépôt lui-même de la foi,c'est-à-dire les
vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et autre est la
forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant
toutefois le même sens et la même portée."
Autrement dit, c'est bien la même foi concernant le Christ
qui est visé, mais cette vérité de foi peut s'exprimer, selon les
circonstances, de différentes façons. Pour s'assurer qu'il s'agit
bien de la même foi sous des formulations différentes il est souvent
utile de faire appel à l'histoire.
Le 10mai 1973, le pape Paul VI et Sa sainteté
Shenouda III, pape d'Alexandrie et patriarche du siège de saint
Marc, ont signé une déclaration commune qui comporte une profession
de foi christologique, qui, s'inspirant de la définition de Chalcédoine,
évite l'expression litigieuse que les coptes ne pouvaient recevoir,
et exprime le même sens d'une autre manière. C'est sortir d'une
présentation sous forme d'alternative, qui voudrait enfermer l'interlocuteur
dans un dilemne, pour lui inacceptable, en tout ou rien : reconnaissez
la définition de Chalcédoine telle quelle.
Dans cet accord, on ne reste pas rivé à des mots chargés
d'une opposition millénaire. Cet accord est important car il montre
que nous sommes tenus aujourd'hui par le sens visé et affirmé par
les conciles et non par les mots.
Pour bien comprendre l'affaire, il faut passer
par l'histoire.
L'Eglise copte n'a pas accepté la formulation christologique
du concile de Chalcédoine (451) qui reconnaît dans l'unique personne
du Christ, "deux natures" -humaines et divines- "sans confusion,
sans changement, sans division, sans séparation". Ce refus des coptes
ne signifie pas qu'il ne partageaient pas au fond la même foi.
À l'époque, en effet, le refus des coptes est largement
liè au contentieux entre Constantinople et Alexandrie. Au concile
de Constantinople (381), le 3ème canon, revenant sur les décisions
du Concile de Nicée met Constantinople au 2ème rang des patriarcats
(aussitôt après celui de Rome) rétrogradant au 3ème rang, et humiliant
ainsi l'Eglise d'Alexandrie, qui justifiait sa place en soutenant
qu'elle avait été fondé par saint Marc. Dés lors ce qui vient de
Constantinople[1]
parait non recevable à une Eglise qui s'en tient aux formulations
de Cyrille d'Alexandrie, lequel, en 430, présidait en cette ville
une assemblée prélude du concile œcuménique d'Ephése (451).
Cyrille fondait sa christologie sur la médiation du Christ,
laquelle nécessitait l'union en la personne du Christ de l'humain
et du divin :
"Il est donc tenu pour médiateur de ce point de vue là aussi:
des choses fortement éloignées de par leur nature, ayant entre elles
un intervalle incommensurable, comme la divinité et l'humanité,
il les montre en lui assemblées et unies et il nous rattache par
son intermédiaire à Dieu le Père".(Dialogue sur la Trinité I, SC
231, p. 187)
Dans l'encyclique Ut unum sint § 62, Jean Paul II
évoque cette déclaration ainsi que d'autres de même type qui permettent
d'affirmer que "nous avons la même foi au Christ alors que, pendant
longtemps, elle a été entre nous une cause de division" Tenant compte
des différences de formulation théologique nous avons pu ainsi professer
ensemble la vraie foi au Christ. (Cf; U.R ! 6 et 17).
2) L'ACCORD DE BALAMAND SUR L'UNIATISME AU SEIN
DE LA COMMISSION CATHOLIQUE-ORTHODOXE (1993)
"L'uniatisme, méthode d'union du passé et la recherche de la pleine
communion"
Il s'agit d'une déclaration de la
Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre
l'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe. Les changements profonds
survenus en Europe centrale et de l'Est entrainant la renaissance
de la libertté religieuse et la reprise d'une activité pastorale
ouverte par les Eglises orientales catholiques, remettent en cause
la qualité des relations entre les Eglises orthodoxes et catholique.
Le texte de 1991, intitulé "L'uniatisme, méthode d'union
du passé et la recherche de la pleine communion" a été retravaillé
en vue de la restauration de l'unité entre les deux Eglises.
La déclaration rejette formellement "l'uniatisme" et indique
la méthode désormais en vigueur dans la recherche de la pleine communion.
La place des Eglises orientales catholiques pose ici difficulté.
On constate que les efforts du passé n'ont
pas réussi à rétablir la pleine communion, tandis que ces efforts
ont conduit à l'union de certaines communautés avec le siège de
Rome et ont entrainé , comme conséquence, la rupture de la communion
avec leurs Eglises-mères d'Orient. Ainsi est née une situation source
de conflits. Le rétablissement entre les deux Eglises n'a pas été
atteint et la division persiste, envenimée par ces tentatives. qui
ont créé tensions et oppositions.
Jean-Paul II et le patriarche Dimitrios ont convenu de rejeter
"toute forme de prosélytisme, toute attitude qui pourrait être perçue
comme un manque de respect.
19. Le respect mutuel entre les Eglises ...
grandira sensiblement dans la mesure où elle suivront les règles
pratiques ci-dessous.
20. Ces règles ne résoudront pas les problèmes
qui nous préoccupent s'il n'y a pas d'abord dans chacune des parties
une volonté de pardon, fondée sur l'Evangile, et au sein
d'un effort constant de renouveau, le désir de retrouver la pleine
communion qui a existé durant plus d'un millénaire entre nos Eglises.
C'est ici que doit intervenir avec une intensité et une persévérance
toujours renouvelées le dialogue de l'amour, qui seul peut surmonter
l'incompréhension réciproque et qui est le climat nécessaire
à l'approfondissement du dialogue théologique qui permettra de parvenir
à la pleine communion.
À cet effet, on convient de
mettre un terme à tout ce qui entretient la discorde. L'action pastorale
de l'Eglise catholique, tant latine qu'orientale cessera tout prosélytisme
chez les orthodoxes, en vue de faire passer les fidèles d'une Eglise
à une autre. On évitera de revenir sur les persécutions du passé.
La liberté religieuse doit permettre aux fidèles de décider, sans
pression de l'extérieur, s'ils veulent être en communion, soit avec
l'Eglise orthodoxe, soit avec l'Eglise catholique, de cesser un
prosélytisme
Des commissions paritaires locales seront chargées de trouver
des solutions aux problèmes concrets. Les deux parties se doivent
de condamner la violence entre Eglise sœur.respect des célébrations
liturgiques des autres Eglises : "L'usage de la violence pour
s'emparer d'un lieu de culte contredit cette conviction;
29. Dans ce contexte, pour éviter tout malentendu
et pour développer la confiance entre les deux Eglises, il est nécessaire
que les évêques catholiques et orthodoxes d'un même territoire
se consultent avant la réalisation de projets pastoraux catholiques
impliquant la création de nouvelles structures dans les régions
relevant traditionnellement de la juridiction de l'Eglise orthodoxe,
et cela afin d'éviter les activités pastorales parallèles qui risqueraient
de devenir rapidement concurrentes ou même conflictuelles.
33. Il est nécessaire que les Eglises s'associent
pour manifester reconnaissance et respect, à tous ceux connus et
inconnus , évêques, prêtres ou fidèles , orthodoxes, catholiques
orientaux ou latins qui ont souffert, confessé leur foi et témoigné
leur fidélité à l'Eglise, et, en général, à tous les chrétiens sans
discrimination qui ont subi la persécution.
Leurs soufrances nous appellent à l'unité et à donner, à
notre tour, un témoignage commun pour répondre à la prière du Christ
"que tous soient un afin que le monde croie" (Jn 17,21).
35. En excluant pour l'avenir tout prosélytisme
et toute volonté d'expansion des catholiques aux dépens de l'Eglise
orthodoxe, la Commission espère qu'elle a supprimé l'obstacle qui
a poussé certaines Eglises autocéphales à suspendre leur participation
au dialogue théologique et que l'Eglise orthodoxe pourra se retrouver
au complet pour continuer le travail théologique si heureusement
commencé.
3) La déclaration commune sur la doctrine de la
justification (31 octobre 1999)
Précédée par des études, d'autres
documents élaborés dans le cadre d'un dialogue de trente ans entre
des théologiens de l'Eglise catholique et de la Fédération luthérienne
mondiale, la Déclaration commune sur la doctrine de la justification
a été signée le 31 octobre 1999 à Augsbourg par le cardinal
Edward Cassidy, Président du Conseil pontifical pour la promotion
et l'unité des chrétiens, et l'Evêque Christian Krause, président
de la fédération luthérienne mondiale. Cette déclaration qui avait
été envoyée en 1995, aux 122 Eglises luthériennes membres de la
fédération luthérienne mondiale et à l'Eglise catholique a fait
l'objet de remaniements et de modifications qui ont abouti à la
signature de cette déclaration par les autorités de l'Eglise catholique
et des Eglises luthériennes. Son importance réside à la fois :
- sur le fait qu'elle porte sur un point fondamental, la doctrine
de la justification, qui fut à l'origine des divisions entre catholiques
et protestants au XVIème siècle,
- et sur la méthode employée, dite du "consensus différencié" où
des affirmations communes sur l'essentiel sont accompagnées d'approches
différentes, conformément aux traditions des uns et des autres.
Cette déclaration, qui mentionne en final les questions qui
doivent encore faire l'objet d'avancées similaires, représente un
pas décisif sur le chemin de la pleine communion.
(...)
Les bonnes œuvres du justifié
37. Nous confessons ensemble que les bonnes œuvres -
une vie chrétienne dans la foi, l'espérance et l'amour - sont les
conséquences et les fruits de la justification. Lorsque le justifié
vit en Christ et agit dans la grâce reçue, il porte, conformément
au langage biblique, de bons fruits. Cette conséquence de la justification
est pour le chrétien, dans la mesure où il lutte perpétuellement
contre le péché, un engagement qu'il doit réaliser; c'est la raison
pour laquelle Jésus et les écrits apostoliques exhortent les chrétiens
à accomplir des œuvres d'amour.
38. Selon la conception catholique, les bonnes
œuvres qui sont réalisées par la grâce et l'action du Saint-Esprit
contribuent à une croissance dans la grâce afin que la justice reçue
de Dieu soit préservée et la communion avec le Christ approfondie.
Lorsque les catholiques maintiennent le "caractère méritoire" des
bonnes œuvres, ils veulent dire que, selon le message biblique,un
salaire céleste est promis à ces œuvres. Ils veulent souligner la
responsabilité de la personne pour son œuvre. Ils ne contestent
pas pour autant que les bonnes œuvres sont un don et encore moins
que la justification reste une grâce imméritée.
39. Les luthériens partagent eux aussi l'idée
d'une préservation de la grâce et d'une croissance dans la grâce
et la foi. Mais ils soulignent que la justice du croyant en tant
qu'acceptation par Dieu et participation à la justice du Christ
est toujours parfaite tout en affirmant que ses conséquences peuvent
croître tout au long de la vie chrétienne. Lorsqu'ils comprennent
les bonnes œuvres comme étant les "fruits" et les "signes"de la
justification et non des "mérites" propres, ils comprennent, conformément
au Nouveau Testament, la vie éternelle comme "salaire" non mérité
dans le sens de l'accomplissement de la promesse de Dieu faite aux
croyants.
La signification et la portée du consensus obtenu
40. la compréhension de la doctrine de la justificaton proposée
dans cette déclaration montre qu'il existe entre les luthériens
et les catholiques un consensus dans les vérités fondamentales de
la doctrine de la justification. Les différences qui subsistent
dans le langage, les formes théologiques et les accentuations particulières
dans la compréhension de la justification et qui sont décrites dans
les paragraphes 18 à 39 de cette déclaration sont portées par ce
consensus. les développements luthériens et catholiques de la foi
en la justification sont, dans leur différences, ouverts les uns
aux autres et ne remettent pas en cause le consensus dans les vérités
fondamentales.
41. De ce fait, les condamnations réciproques
du XVIème siècle liées à la doctrine de la justification apparaissent
dans une lumière nouvelle : l'enseignement des Eglises luthériennes
présenté dans cette déclaration n'est plus concerné par les condamnations
du Concile de Trente. Les condamnations des confessions de foi luthériennes
(écrits symboliques) ne concernent plus l'enseignement de l'Eglise
catholique romaine présenté dans cette déclaration.
42. Cela n'enlève rien au sérieux des condamnations
doctrinales liées à la doctrine de la justification. certaines n'étaient
pas simplement sans objet ; elles conservent pour nous "leur valeur
d'avertissement salutaire" dont nous avons à tenir compte dans l'enseignement
et la pratique.
43. Notre consensus dans les vérités fondamentales
de la doctrine de la justification doit avoir des conséquences et
faire ses preuves dans la vie et l'enseignement des Eglises. À
ce niveau-là, certaines questions d'importance demeurent et exigent
une clarification complémentaire : elles concernent entre autres
le rapport entre Parole de Dieu et enseignement de l'Eglise ainsi
que la doctrine de l'Eglise, de l'autorité en son sein, de son unité,
du ministère et des sacrements et enfin le rapport entre justification
et éthique sociale. Nous sommes convaincus que la compréhension
commune à laquelle nous sommes parvenus constitue un fondement solide
qui permettra cette clarification ultérieure. Les Eglises luthériennes
et catholique romaine continueront à approfondir leur compréhension
commune afin qu'elle porte ses fruits dans l'enseignement et la
vie ecclésiale.
44. Nous rendons grâce à Dieu pour ce pas
décisif dans le dépassement de la séparation des Eglises.Nous prions
l'Esprit Saint de continuer à nous conduire vers cette unité visible
qui est la volonté du Christ.
[1]
Bien que le concile de Nicée (325) ait été réuni contre l'arianisme,
vue d'Alexandrie, Constantinople reste suspect d'arianisme et d'ailleurs,
le concile de Constantinople remplace Démophile, le patriarche arien
de Constantinople, par Grégoire de Naziance. Outre des raisons politiques,
Alexandrie se méfie de tout ce qui vient de Constantinople.
