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LE
CONCILE VATICAN II
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JEUDI 23 JANVIER 2003
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Texte 14
QU'ILS SOIENT UN (UT
UNUM SINT)
Quelques extraits de l'Encyclique de Jean-Paul II sur l'œcuménisme
(25 mai 1995)
L'encyclique de Jean Paul II
sur l'œcuménisme, donnée le 25 mai 1995, est pour une part un
commentaire du décret Unitatis Redintegratio de Vatican II que
l'encyclique cite abondamment ainsi que d'autres textes de Vatican
II, en particulier la déclaration sur la liberté religieuse
(Dignitatis humanae) ainsi que Lumen Gentium.
Elle marque, une trentaine d'années après la promulgation du
décret sur l'œcuménisme (Unitatis redintegratio), l'engagement
irréversible de l'Eglise catholique et mesure les progrès accomplis
sur le chemin de la restauration de l'unité entre les chrétiens.
18. En reprenant une idée que le pape
Jean XXIII avait exprimée à l'ouverture du Concile, le décret
sur l'œcuménisme fait figurer la manière de formuler la docrine
parmi les éléments de la réforme permanente. Dans ce contexte,
il ne s'agit pas de modifier le dépôt de la foi, de changer
la signification des dogmes, d'en éliminer les paroles essentielles,
d'adapter la vérité au goût d'une époque ou d'abolir certains
articles du Credo sous le faux prétexte qu'ils ne sont
plus compris aujourd'hui. l'unité voulue par Dieu ne peut se
réaliser que dans l'adhésion commune à la totalité du contenu
révélé de la foi. En matière de foi le compromis est en contradiction
avec Dieu qui est Vérité. Dans le Corps du Christ, lui qui est
"le Chemin, la vérité , la Vie" (Jn 14,16), qui pourrait considérer
comme légitime une réconciliation obtenue au prix de la vérité
? La déclaration conciliaire sur la liberté religieuse Dignitatis
humanae reconnaît que la recherche de la vérité appartient
à la dignité humaine, "surtout en ce qui concerne Dieu et son
Eglise" et l'adhésion à ses exigences . Un "être ensemble" qui
trahirait la vérité s'opposerait donc à la nature de Dieu, qui
offre la communion avec lui, et à l'exigence de la vérité ,
qui habite en profondeur tout cœur humain.
19. Toutefois la doctrine doit être présentée
d'une manière qui la rende compréhensible à ceux auxquels Dieu
lui-même l'a destinée. Dans l'encyclique Slavorum apostoli,
j'ai rappelé que, pour ce motif même, Cyrille et Méthode se
sont employés à traduire les notions de la Bible et les concepts
de la théologie grecque dans le contexte d'une pensée et d'expériences
historiques très différentes. ils voulaient que l'unique parole
de Dieu fût "rendue ainsi accessible selon les moyens d'expression
propres à chaque civilisation". ...
Parce que par nature , les données de la foi sont destinées
à toute l'humanité, elles doivent être traduites dans toutes
les cultures. En effet, l'élément qui détermine la communion
dans la vérité est le sens de la vérité. Son expression
peut avoir des formes multiples. Et la rénovation des formes
d'expression devient nécessaire pour transmettre à l'homme d'aujourd'hui
le message évangélique dans son sens immuable.
"Cette rénovation revêt donc une insigne importance œcumènique
". Et il ne s'agit pas seulement de rénover la manière d'exprimer
la foi, mais aussi la manière de vivre la foi. On pourrait alors
se demander : qui doit faire cela .Le Concile répond clairement
à cette question : cela "concerne toute l'Eglise tant les fidèles
que les pasteurs (...) chacun selon ses capacités propres soit
dans la vie chrétienne quotidienne, soit dans les recherches
théologiques et historiques" (U.R. § 5).
20. Tout cela est extrêmement important
et a une portée fondamentale pour l'action œcuménique. Il en
résulte indubitableemnt que l'œcuménisme, le mouvement pour
l'unité des chrétiens, n'est pas un appendice quelconque
qui s'ajoute à l'activité traditionnelle de l'Eglise. Au contraire
, il est partie intégrante de sa vie et de son action,
et il doit par conséquent pénétrer tout cet ensemble et être
comme le fruit d'un arbre qui, sain et luxuriant, grandit jusqu'à
ce qu'il atteigne son plein développement. (...)
23. ...La communion de prière amène à porter
un nouveau regard sur l'Eglise et sur le christianisme ...
41. Ce qui a été dit précédemment sur
le dialogue œcuménique mené depuis la conclusion du Concile
conduit à rendre grâce à l'Esprit de vérité promis par le Christ
Seigneur aux Apôtres et à l'Eglise (cf. Jn 14,26). Pour la
première fois dans l'histoire, l'action en faveur de l'unité
des chrétiens a atteint de telles proportions et s'est étendue
de manière aussi large. C'est déjà un don immense que Dieu a
accordé et qui mérite toute notre gratitude. De la plénitude
du Christ, nous recevons "grâce pour grâce" (Jn 1,16). Reconnaître
ce que Dieu nous a déjà accordé est la condition qui nous prédispose
à recevoir des dons encore nécessaires, pour porter jusqu'à
son achévement l'action œcuménique en faveur de l'unité.
Un regard d'ensemble sur les trente dernières années
fait mieux comprendre de nombreux fruits de la conversion commune
à l'Evangile , dont le mouvement œcuménique a été l'instrument
grace à l'Esprit-Saint.
42. Par exemple - dans l'esprit même du
Discours sur la Montagne -, les chrétiens ne considérent plus
les autres chrétiens comme des ennemis ou des étrangers , mais
ils voient en eux des frères et des sœurs. D'un autre côté,
même à l'expression "frères séparés", l'usage tend à substituer
aujourd'hui des termes plus aptes à évoquer la profondeur de
la communion -liée au caractère baptismal -, que l'Esprit nourrit
malgré les ruptures historiques et canoniques. On parle des
"autres chrétiens", des "autres baptisés", des "chrétiens des
autres Communautés". Le Directoire pour l'application des
principes et des normes de l'œcuménisme appelle les communautés
auxquelles appartiennent ces chrétiens des "Eglises et (des)
Communautés ecclésiales qui ne sont pas en pleine communion
avec l'Eglise catholique" Ce développement du vocabulaire traduit
une évolution notable des mentalités. La conscience de l'appartenance
commune au Christ s'approfondit. Personnellement, j'ai pu le
constater à de multiples reprises durant les célébrations
œcuméniques qui sont parmi les événements les plus importants
de mes voyages apostoliques dans les différentes parties du
monde, ou dans les rencontres et dans les célébrations œcuméniques
qui ont eu lieu à Rome. La "fraternité universelle " des chrétiens
est devenue une ferme conviction œcuménique. (...)
À ce propos, il convient de réaffirmer que
la reconnaissance de la fraternité n'est pas la conséquence
d'une philanthropie libérale ou d'un vague esprit de famille.
Elle s'enracine dans la reconnaissance de l'unique baptême
et dans l'exigence qui en découle que Dieu soit glorifié dans
son œuvre. Le Directoire pour l'application des principes
et des normes sur l'œcuménisme souhaite une reconnaissance
réciproque et officielle des baptêmes. Cela va bien au-delà
d'un geste de courtoisie œcuménique et constitue une affirmation
ecclésiologique fondamentale.
Le ministère d'unité de l'évêque de Rome
La fin de l'encyclique (§ 88 à 99) donne une
présentation du ministère du pape à partir notamment d'une lecture
(§90 à 92) de la tradition apostolique telle qu'elle s'exprime
dans le Nouveau Testament.
95. Ce qui concerne l'unité de toutes les
Communautés chrétiennes entre évidemment dans le cadre des charges
qui relèvent de la primauté. (Le Pape) sait bien, en tant qu'évêque
de Rome, et il l'a réaffirmé dans la présente Encyclique, que
le désir ardent du Christ est la communion pleine et visible
de toutes les Communautés, dans lesquelles habite son Esprit
en vertu de la fidélité de Dieu. Je suis convaincu d'avoir à
cet égard une responsabilité particulière, surtout lorsque je
vois l'aspiration œcuménique de la majeure pârtie des communautés
chrétiennes et que j'écoute la requête qui m'est adressée
de trouver une forme d'exercice de la primauté ouverte à une
situation nouvelle, mais sans renoncement aucun à l'essentiel
de sa mission. Pendant un millénaire, les chrétiens "étaient
unis par la communion fraternelle dans la foi et la vie sacramentelle,
le Siège romain intervenant d'un commun accord, si des différents
au sujet de la foi ou de la discipline s'élevaient contre elle"(U.R.
14). La primauté s'exerçait ainsi pour l'unité. En m'adressant
au patriarche œcuménique, Sa Saintetté Dimitrios Ier, j'étais
conscient, comme je l'ai dit, que "pour des raisons très diverses
et contre la volonté des uns et des autres, ce qui était un
service a pu se manifester sous un éclairage assez différent.
mais (...) c'est par désir d'obéir vraiment à la volonté du
Christ que je me reconnais appelé, comme Evêque de Rome, à exercer
ce ministère (...) Je prie l'Esprit Saint de nous donner sa
lumière et d'éclairer tous les pasteurs et théologiens de nos
Eglises, afin que nous puissions chercher, évidemment ensemble,
les formes dans lesquelles ce ministère pourra réaliser un
service d'amour reconnu par les uns et les autres.
96. C'est une tâche immense que nous ne
pouvons refuser et que je ne puis mener à bien tout seul. la
communion réelle même imparfaite, qui existe entre nous
tous ne pourrait-elle pas inciter les responsables ecclésiaux
et leurs théologiens à instaurer avec moi un dialogue fraternel
et patient, dans lequel nous pourrions nous écouter au delà
des polémiques stériles, n'ayant à l'esprit que la volonté du
Christ pour son Eglise, nous laissant saisir par son cri "que
tous soient un ...afin que le monde croie que tu m'as envoyé"
(Jn 17,21).
