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LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 30 JANVIER 2003

  JM.VEZIN

DÉCLARATION SUR LA LIBERTÉ RELIGIEUSE
Du droit de la personne et des communautés
à la liberté sociale et civile en matière religieuse
(DIGNITATIS HUMANAE)


À l'époque du Concile, il y a encore les deux " blocs " : à l'est, on ne connaît pas la liberté religieuse, tandis qu'à l'ouest a émergé une culture des droits de l'homme, fortement marquée par un monde anglo-saxon où, par ailleurs, la liberté religieuse est une tradition ancienne ; tel n'est cependant pas le cas en Europe, où l'on se souvient encore du cujus regio, ejus religio (à chaque pays sa religion) et où, dans des pays de tradition latine des Etats confessionnels rejetaient toute liberté religieuse. L'Eglise, de son côté, avait longtemps pensé qu'elle seule avait la vérité, que les Etats se devaient de favoriser l'accès à cette vérité, et qu'on ne pouvait reconnaître des droits aux religions qui " sont dans l'erreur ". Face à un laïcisme doctrinaire, la papauté s'était donc souvent opposée à l'idée de liberté religieuse. Mais le projet d'aggiornamento de Jean XXIII visait à redonner à l'Eglise la capacité d'ouvrir un dialogue avec le monde, un monde qui avait inscrit le concept de dignité de l'homme dans des textes juridiques (cf. la déclaration des droits de l'homme à l'ONU en 1948) et qui attendait ce que dirait, ou non, le Concile sur cette question du droit à la liberté religieuse.

La déclaration sur la liberté religieuse fut difficile à mettre au point ; il y eut environ 120 interventions en séance plénière (cf. document 18) et de l'ordre de 600 par écrit : c'est ainsi que, à côté des évêques anglo-saxons marqués par leur pratique de la liberté religieuse, des évêques comme Mgr Lefebvre restaient intransigeants sur l'idée qu'ils avaient de la vérité, tandis que d'autres appelaient à rejeter la " coercition " en matière religieuse, ou, tel Mgr Wojtyla, insistaient sur l'aspect positif de la liberté… Finalement, le texte ne fut voté et promulgué que la veille de la clôture du Concile. La présentation de Mgr de Smedt, en nov.1963, fut déterminante (cf. document 16), son discours : - proposait une approche non plus abstraite, mais concrète (quels sont les droits de l'homme réel dans le monde d'aujourd'hui ?) ; - invoquait l'obéissance à sa conscience comme fondement de la liberté religieuse ; - soulignait que l'acte de foi ne peut être que libre ; - affirmait que l'acte religieux doit pouvoir s'exprimer en public, sous réserve du respect du bien commun. Face aux condamnations antérieures de Rome, Mgr de Smedt rappelait les deux règles d'interprétation des textes dans leur contexte historique : la règle de continuité (même si à chaque instant on ne l'appréhende que partiellement, la vérité exprimée reste la même : celle de la dignité de la personne humaine) ; la règle de progrès (il y a élucidation progressive de ce que l'on possédait déjà) ; il faut donc, soulignait-il, se garder de faire parler les textes hors de leur contexte historique.

Ainsi, l'encyclique Pacem in Terris de Jean XXIII (cf. document 17) est-elle au terme d'une évolution de la doctrine de l'Eglise, avec des affirmations telles que : tout être humain est une personne avec des droits et des devoirs qui découlent de la nature même de l'homme (auparavant, on parlait des droits de la vérité, et non de ceux de la personne) ; chacun a le droit d'honorer Dieu selon sa conscience, en privé et en public ; la dignité de la personne humaine implique qu'elle puisse se déterminer librement, et sans contraintes ; le devoir des pouvoirs publics est d'ordonner les rapports juridiques entre citoyens (et non de prendre parti sur le contenu de leurs croyances) … Le débat conciliaire quitte une conception abstraite de la vérité pour fonder la liberté religieuse sur la dignité humaine : la première des vérités est de reconnaître la dignité et la liberté de la personne humaine.

C'est d'ailleurs ce que souligne d'emblée le texte de la déclaration (cf. texte 15), en affirmant que le souci de la dignité de la personne humaine est un signe des temps. La déclaration traite, non du fond (ou de la véracité) de chaque croyance, mais seulement " du droit [de chacun] à la liberté sociale et civile en matière religieuse ". La première partie est valable pour tout homme : nul ne doit être obligé d'agir contre sa conscience, ni empêché d'agir selon sa conscience ; il s'agit là d'un droit lié à la nature de la personne humaine (et non d'une simple tolérance), un droit fondé sur la parole de Dieu, mais aussi sur la raison ; le pouvoir civil n'a pas à dicter ce que l'on doit penser, mais à organiser et à faire respecter le bien commun ; toute coercition dans la propagation de la foi doit être proscrite ; les familles doivent pouvoir choisir le type de formation religieuse à donner à leurs enfants… La deuxième partie s'adresse plus particulièrement aux Catholiques ; elle souligne que cette liberté religieuse a ses racines dans la Révélation, du fait du caractère libre qu'a nécessairement tout acte de foi, mais aussi de la manière dont le Christ, puis les apôtres ont usé de la liberté.

Cette déclaration sur la liberté religieuse fut assez bien reçue par la communauté internationale (milieux diplomatiques), ainsi que par le monde protestant. Elle le fut moins bien par l'orthodoxie (qui estime que la vraie religion est chez elle), et cela reste encore vrai aujourd'hui, comme en témoigne par exemple l'attitude de l'Eglise orthodoxe russe. Par ailleurs, le contexte actuel, avec le problème des relations avec l'Islam, ainsi que celui de la montée des sectes, rend parfois délicat l'affirmation centrale de la déclaration selon laquelle, au nom de la foi, le dialogue est possible et la liberté, " sociale et civile en matière religieuse ", un droit.

 

Annexes :
Texte 15 : DÉCLARATION SUR LA LIBERTÉ RELIGIEUSE, Du droit de la personne et des communautés, à la liberté sociale et civile en matière religieuse
(DIGNITATIS HUMANAE) (extraits).
Document 16 : 19/11/1963, 70ème Congrégation générale. Présentation du chapitre sur le liberté religieuse à la 2ème session du Concile. Discours de Mgr de Smedt - (Extraits).
Document 17 : PACEM IN TERRIS (11/04/1963), (extraits).
Document 18 : Débats sur la liberté religieuse - Exemples d'intervention des pères. (Résumés ou extraits).