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LE CONCILE VATICAN II
JEUDI 30 JANVIER 2003

Document 16

19 novembre 1963, 70éme Congrégation générale
Présentation du chapitre sur la liberté religieuse
à la 2éme session du Concile
Discours de Mgr de Smedt - Extraits


Vénérables frères,
De nombreux Pères ont demandé très instamment que le Concile expose et proclame clairement le droit de l'homme à la liberté religieuse. Les quatre principales raisons avancées sont :
1. Raison de vérité : L'Eglise doit enseigner et défendre les droits à la liberté religieuse parce qu'il s'agit de la vérité dont la garde lui a été confiée par le Christ ;
2. Raison de défense : L'Eglise ne peut se taire alors qu'aujourd'hui près de la moitié du genre humain est privé de la liberté religieuse par un matérialisme athée multiforme;
3. Raison de cohabitation pacifique : Aujourd'hui, dans toutes les nations de l'univers, des hommes qui professent des religions différentes ou qui n'en ont aucunes, sont appelés à vivre en paix dans une seule et même société humaine ; l'Eglise doit, à la lumière de la vérité, indiquer une voie de cohabitation pacifique;
4. Raison œcuménique : De nombreux non-catholiques nourrissent une aversion contre l'Eglise ou du moins, la soupçonnent d'un certain machiavélisme, parce que nous semblons, à leurs yeux, exiger le libre exercice de la religion lorsque les catholiques sont en minorité dans une nation, et, par contre, faire peu de cas de cette même liberté religieuse ou la refuser lorsque les catholiques sont en majorité.

(Le sens de l'expression "liberté religieuse")
Dans notre texte l'expression "liberté religieuse" a un sens déterminé. Dans nos débats, une grande confusion s'instaurerait si des Pères allaient attribuer à cette expression un autre sens que celui qui lui est donné dans ce texte.

Mgr De Smedt commence par mettre en garde sur 4 sens de l'expression "liberté religieuse" qui, dit-il, "préterait à notre texte un sens qui n'est ni dans les mots ni dans notre intention". L'expression ne doit être prise ni au sens "d'indifférentisme religieux", ni à celui de "laïcisme", ni à celui de "relativisme doctrinal" ni enfin, à celui de "pessimisme dilettante".

Qu'entend-on alors dans notre texte par liberté religieuse ?
- Positivement parlant, la liberté religieuse est le droit de la personne humaine au libre exercice de la religion, conformément aux exigences de sa conscience.
- Négativement parlant, la liberté religieuse est l'absence de toute contrainte extérieure dans les relations personnelles avec Dieu revendiquées par la conscience humaine. (...)

Une approche concrète
Notre décret étant pastoral, il veut traiter de cette question surtout dans une perspective pratique ; et à l'exemple de Jean XXIII, il s'efforcera avec soin de dégager entièrement la question de ce monde d'abstractions qui fut si cher au XIX ème siècle. Le problème concerne donc l'homme réél dans ses rapports réels avec les autres hommes, dans la société humaine et dans la société civile d'aujourd'hui. (...).

(Fondements théologiques)

Liberté religieuse et "conscience erronée"
... Bien que Dieu veuille que tous les hommes soient sauvés et reconnaissent la vérité, il n'est cependant pas permis aux disciples du Christ de porter atteinte à la liberté religieuse d'un individu. Par contre, ils doivent reconnaître et respecter le droit et le devoir qu'ont les non-catholiques d'obéir à leur conscience, même si après examen sincère et suffisant, celle-ci persiste de bonne foi dans l'erreur.
Pourquoi ?
En vertu de quel argument de foi, les non-catholiques ne peuvent-ils être contraints par quiconque à admettre la doctrine catholique à l'encontre de leur conscience ?
Cet argument repose sur la nature même de l'acte de foi. Celui-ci, en effet, de la part de Dieu, est un don surnaturel que l'Esprit-Saint accorde librement à qui et quand il veut, mais de la part de l'homme, c'est et ce doit être un assentiment que l'homme donne librement à Dieu.
C'est pourquoi le non-catholique qui en suivant sincèrement sa conscience, n'embrasse pas la foi catholique et erre en matière de foi, doit être considéré et estimé par tous les membres de l'Eglise catholique.
Faisant un pas de plus, le schéma montre que tous les hommes ont un droit naturel à la liberté religieuse, que leur conscience, en matière de foi, soit "droite et vraie ou qu'elle soit droite mais erronée, du moment qu'elle obéit sincèrement au dictamen (injonction) de sa conscience. Aussi énonce-t-on le principe suivant : nulle personne ne peut être l'objet de contrainte ou d'intolérance."
Faisant encore un pas de plus, le schéma montre que la liberté religieuse serait vaine et sans valeur si les hommes ne pouvaient faire passer le dictamen de leur conscience dans les actes extérieurs de la vie et si les personnes étaient empéchées de constituer des groupement religieux.L'ensemmble de ces activités "ne sont pas sans limite , mais peuvent et parfois doivent se conformer et s'ordonner au bien commun.
Cette conformation au bien commun dans la société humaine doit se faire juridiquement et c'est là la tâche du pouvoir public."(Cf.Pacem in terris, § 62).

(Règles d'interprétation des documents du Siège apostolique)

Historique de la doctrine de l'Eglise. Continuité et progrès.
Pour bien comprendre la doctrine de l'Eglise sur l'extension et les limites des devoirs du pouvoir civil à l'égard de la liberté religieuse, il faut en retracer brièvement l'histoire. (...)
Le principal document sur la liberté religieuse est l'encyclique Pacem in terris ...(§ 14 et 53 à 58)
Or cette doctrine doit être considérée comme l'aboutissement actuel d'une évolution tant de la doctrine sur la dignité de la personne humaine que de la sollicitude de l'Eglise pour la liberté de l'homme.
Cette évolution s'est opérée selon une double règle :
Règle de continuité. La doctrine et la sollicitude de l'Eglise sont toujours fidèles à elles-mêmes et demeurent toujours les mêmes. Cet enseignement inaltérable peut se traduire dans cette formule de Jean XXIII : "La dignité de la personne humaine exige que l'homme agisse selon son propre conseil et d'une façon libre". Elle a de profondes racines dans la sainte Ecriture qui proclame que l'homme a été créé à l'image de Dieu. De cette doctrine découle la continuelle sollicitude pastorale de l'Eglise pour la vraie liberté de l'homme.
Règle de progrès[1] . Le magistère ecclésiastique adapte, expose et défend son authentique doctrine comme l'exigent les erreurs qui se répandent et les besoins nès de l'évolution de l'homme et de la société. Ce progrès conduit l'Eglise à approfondir sa doctrine et à prendre une vue plus claire.
De cette manière s'établit une distinction, sur un double plan, que personne n'a mieux exposée que Jean XXIII dans l'encyclique Pacem in terris (...)
On ne doit jamais perdre de vue ces deux règles de continuité et de progrès dans la lecture et l'interprétation des documents du Siège apostolique.

(La question de la liberté religieuse de Pie IX à Jean XXIII)

Retraçant historiquement, à la lumière de ces deux règles, l'évolution de la doctrine de l'Eglise telle qu'ont pu l'exprimer, face au circonstances auxquelles ils étaient confrontés, Pie IX, Léon XIII, Pie XI, Pie XII et enfin Jean XXIII, Mgr de Smedt montre que face à des circonstances changeantes, et donc avec des expressions différentes, l'Eglise combattait toujours en fait "pour la dignité de l'homme et sa vraie liberté".
Pacem in terris apparaît ainsi comme "le fruit mûr d'une lente maturation qui s'est accomplie depuis un siècle dans l'Eglise sous la lumière de l'Esprit-Saint."

(Conclusion)

"Dans l'exposé historique de cette doctrine, nous avons montré que dans les documents pontificaux, outre la continuité, il faut noter une explicitation progressive de la doctrine. Il est manifeste qu'on peut objecter à notre schéma certaines citations pontificales qui rendent matériellement un son différent. Mais je vous en prie, vénérables frères, ne faites pas parler les textes hors de leur contexte historique et doctrinal, ne faites pas nager le poisson hors de l'eau.

Que notre document soit examiné comme il se présente. Ce n'est pas un traité dogmatique, mais un décret pastoral adressé aux hommes de notre temps. Le monde entier attend ce décret (...) on attend la voix de l'Eglise et on l'attend instamment (...) Combien fructueux apparaîtraient nos travaux au monde entier si les Pères du Concile, par la voix du successeur de Pierre, pouvaienent annoncer cette doctrine libératrice de la liberté religieuse. (...).

(Ce rapport fut salué de très longs applaudissements).


[1] Le mot de "progrès" est à prendre ici, surtout au sens "d'explicitation progressive".