|
LE CONCILE
VATICAN II
|
JEUDI 06 FÉVRIER 2003
|
Document 20
EXHORTATION APOSTOLIQUE
de sa sainteté le pape PaulVI
à l'Episcopat, au clergé, et aux fidèles de toutes les Eglises
SUR L'EVANGELISATION DANS LE MONDE MODERNE
(EVANGELII NUNTIANDI)
C'est à l'issue du synode des évêques
[1], réunis en 1974
sur le thème de l'évangélisation, et à leur demande, que Paul VI
a rédigé ce texte. Il a été publié au terme de l'année sainte de
1975, c'est-à-dire dix ans après la clôture du concile Vatican II,
dont tout l'objectif, comme le rappelle le pape, était de "rendre
l'Eglise du XXème siècle encore plus apte à annoncer l'Evangile
à l'humanité du XXème siècle"(§ 2). Dix ans après, en effet,
il était important d'examiner si le concile apportait à l'évangélisation
l'élan escompté.
Paul VI commence par rappeler que Jésus a été le
premier évangélisateur et il souligne sa manière d'évangéliser.
Mais une fois Jésus retourné à son Père, qui évangélise ? C'est
l'Eglise tout entière. Cette Eglise dont le texte nous rappelle
qu'elle n'existe que pour cela, que c'est là "son identité la
plus profonde" (§14).
Après avoir montré ce qu'est l'évangélisation, le
texte examine successivement le contenu de cette évangélisation,
puis les moyens d'évangéliser. Il précise ensuite à qui s'adresse
cette annonce de l'Evangile et qui en a aujourd'hui la charge. Enfin
l'exhortation se termine par un vibrant appel aux évangélisateurs
qui, poussés par l'Esprit Saint, se consacrent joyeusement à l'annonce
de l'Evangile.
Si l'on peut relever ici ou là quelques éléments
qui datent, cette "exhortation" n'a pourtant guère vieilli et elle
demeure, plus de 25 ans après sa parution, un texte majeur sur une
question toujours actuelle dans l'Eglise et pour laquelle elle constitue
une véritable charte de l'évangélisation.
Compte tenu de l'importance de ce texte, on en
trouvera donc ci-après, non pas un résumé, mais une présentation
un peu détaillée de certaines parties, les passages les plus caractéristiques
étant abondamment cités[2]
.
On peut distinguer sept parties :
I - Du Christ évangélisateur à une Eglise évangélisatrice.
II - Qu'est-ce qu'évangéliser ?
III - Le contenu de l'évangélisation.
IV - Comment évangéliser ?
V - A qui s'adresse l'évangélisation ?
VI - Les ouvriers de l'évangélisation.
VII - L'Esprit et les qualités de l'évangélisateur.
I - DU CHRIST ÉVANGELISATEUR
À UNE EGLISE ÉVANGELISATRICE
Le texte souligne qu'il existe "un lien profond
entre le Christ, l'Eglise et l'évangélisation"(§16) et il indique
quelques aspects essentiels de l'évangélisation telle que Jésus
la concevait. Puis il montre comment l'Eglise prend le relais de
la prédication de Jésus.
Comment Jésus évangélisait
Cette proclamation, le Christ l'accomplit de deux manières
:
- "par la prédication infatigable d'une parole
dont on dira qu'elle ne trouve d'égale nulle part ailleurs"
- et "par d'innombrables signes qui
font la stupeur des foules et en même temps les entraînent vers
lui...Et, entre tous, le signe auquel il donne une grande importance:
les petits, les pauvres sont évangélisés, deviennent ses disciples,
se réunissent "en son Nom" dans la grande communauté de ceux qui
croient en lui" (§ 11 et 12).
À la suite de Jésus, retenons dès maintenant
que toute évangélisation comporte ce double aspect (que précisera
le texte) : paroles et signes.
Du Christ à l'Eglise "Ceux qui accueillent
avec sincérité la Bonne Nouvelle ... se réunissent au nom de Jésus...Ils
constituent une communauté, qui est à son tour évangélisatrice...
La Bonne Nouvelle ... est pour tous les hommes de tous les temps.
Ceux qui l'ont reçue, ceux qu'elle rassemble dans la communauté
de salut peuvent et doivent la communiquer et la diffuser" (§ 13).
"Evangéliser est, en effet, la grâce et la vocation
propre de l'Eglise, son identité la plus profonde", et elle
n'existe au fond que pour cela (§ 14).
"L'Eglise est liée à l'évangélisation par ce
qu'elle a de plus intime" (§15):
- "L'Eglise naît de l'action évangélisatrice de
Jésus et des Douze...
- Après le départ de Jésus, "elle reste comme
un signe à la fois opaque et lumineux d'une nouvelle présence
de Jésus" dont elle est appelée à continuer la mission évangélisatrice.
- Avant de prétendre évangéliser les autres,
"l'Eglise commence par s'évangéliser elle-même." Communauté
de croyants... elle a besoin d'écouter sans cesse ce qu'elle doit
croire, ses raisons d'espérer, le commandement nouveau de l'amour.
Peuple de Dieu immergé dans le monde, et souvent tenté par les idoles,
elle a toujours besoin d'entendre proclamer les grandes œuvres de
Dieu....elle a toujours besoin d'être évangélisée si elle veut garder
fraîcheur, élan et force pour annoncer l'Evangile... avec crédibilité.
- Enfin, "...dépositaire de la Bonne Nouvelle,
elle-même envoie des évangélisateurs... prêcher non leurs
propres personnes ou leurs idées personnelles, mais un Evangile
dont ni eux ni elle ne sont maîtres et propriétaires absolus pour
en disposer à leur gré, mais dont ils sont ministres pour le transmettre
avec une extrême fidélité."
On ne peut séparer le Christ et l'Eglise
Face à cette erreur si fréquente qui voudrait
séparer le Christ et l'Eglise, le texte insiste sur ce qu'il y a
d'absurde à prétendre" aimer le Christ mais sans l'Eglise, écouter
le Christ mais non l'Eglise, être au Christ mais en dehors de l'Eglise"
(§16).
II - QU'EST-CE QU'EVANGELISER
?
C'est, nous dit le texte, une affaire complexe
!
Le but en effet, est de porter la Bonne Nouvelle dans
tous les milieux, "rendre neuve l'humanité elle-même", convertir
à la fois les consciences personnelles et collectives, en un mot
:
"...bouleverser par la force de l'Evangile,
les critères de jugement, les valeurs déterminantes, les points
d'intérêt, les lignes de pensée, les sources inspiratrices et les
modèles de vie de l'humanité, qui sont en contraste avec la Parole
de Dieu et le dessein de salut" (§ 19).
Evangile et cultures humaines
"Il importe d'évangéliser - non pas de façon
décorative, comme par un vernis superficiel, mais de façon vitale,
en profondeur et jusque dans leur racine - la culture et les cultures
de l'homme, dans le sens riche et large que ces termes ont dans
Gaudium et spes[3]
, partant toujours de la personne et revenant toujours aux rapports
des personnes entre elles et avec Dieu.
L'Evangile, et donc l'évangélisation, ne
s'identifient certes pas avec la culture et sont indépendants à
l'égard de toutes les cultures. Et pourtant le Règne que l'Evangile
annonce est vécu par des hommes profondément liés à une culture
...Evangile et évangélisation ne sont pas nécessairement incompatibles
avec elles, mais sont capables de les imprégner toutes sans s'asservir
à aucune" (§ 20).
Il ne suffit pas d'annoncer, encore faut-il
être entendu
Mais comment évangéliser ? Ce point
fera l'objet d'un développement particulier (voir ci-dessous § IV),
mais le texte souligne, d'entrée de jeu, qu'évangéliser se fait
d'abord par le "témoignage de vie". Cela pourtant ne suffit
pas, car à ce premier "témoignage sans parole" doit s'ajouter
- ("hantise de l'Eglise") - la parole de vie, l'annonce de
Jésus. Est-ce à dire que l'évangélisation se terminerait à l'annonce
? Certainement pas ! On ne saurait se contenter d'annoncer, encore
faut-il être entendu !
"L'annonce, en effet, n'acquiert toute sa
dimension que lorsqu'elle est entendue, accueillie, assimilée et
lorsqu'elle fait surgir dans celui qui l'a reçue une adhésion du
cœur. Adhésion aux vérités révélées, mais plus encore adhésion au
programme de vie ...c'est-à-dire à la nouvelle manière d'être,
de vivre, de vivre ensemble, que l'Evangile inaugure....une
telle adhésion se révèle concrètement par une entrée palpable, visible
dans une communauté de fidèles, elle-même signe de la transformation
... c'est l'Eglise, sacrement du salut."
Notons enfin une véritable pierre de touche de
l'évangélisation : "Qui a été évangélisé évangélise à son tour"
(§ 24).
III - LE CONTENU DE L'EVANGELISATION
Cinq points essentiels
Distinguant entre l'accessoire et l'essentiel,
le texte évoque cinq points clés de toute évangélisation :
a) "Evangéliser est tout d'abord témoigner de
façon simple et directe, du Dieu révélé par Jésus-Christ, dans l'Esprit
Saint (...)
b) L'évangélisation contiendra aussi toujours...
une claire proclamation que, en Jésus-Christ, le Fils de Dieu
fait homme, mort et ressuscité, le salut[4]
est offert à tout homme, comme don de grâce et miséricorde de
Dieu.
c) D'où : pas d'évangélisation sans l'annonce
d'un au-delà "vocation profonde et définitive de l'homme...dont
le véritable destin ne s'épuise pas dans son visage temporel mais
sera révélé dans la vie future" (1 Jn 3,2; Rm 8,29; Ph 3,20-21).
d) Le texte rappelle ensuite que l'amour
fraternel est le "noyau de l'évangile" et que la recherche de
Dieu s'effectue à travers la communion" avec ce signe visible
de la rencontre de Dieu qu'est l'Eglise de Jésus-Christ."
e) Enfin, "cette communion s'exprime
à son tour par la mise en œuvre de ces autres signes du Christ
vivant que sont les sacrements (...)
Evangélisation et libération
"Mais l'évangélisation ne serait pas complète
si elle ne tenait pas compte des rapports concrets et permanents
qui existent entre l'Evangile et la vie personnelle et sociale de
l'homme. C'est pourquoi l'évangélisation comporte un message explicite
et constamment actualisé sur les droits et les devoirs de toute
personne humaine, sur la vie familiale ... sur la vie en commun
dans la société, sur la vie internationale, la paix, la justice,
le développement; un message particulièrement vigoureux de nos jours
sur la libération"(§ 29).
Suit une dizaine de paragraphes (30 à 39) sur
cet aspect, particulièrement à l'ordre du jour à cette époque[5]
.
Paul VI précise sa pensée sur ce qu'il considère
comme la façon vraiment évangélique de collaborer à la libération
des hommes. Il souligne le lien profond entre évangélisation
et promotion des hommes, mais rappelle aussi qu'en voulant (trop)
engager l'Eglise dans l'effort de libération, on risque de réduire
sa mission à un projet temporel, qui diffère de sa signification
profonde de "sacrement du salut"[6]
. Il faut donc parler de libération évangélique car "les
meilleures structures" ne vont pas sans une "conversion du
cœur et du regard de ceux qui vivent dans ces structures ou les
commandent" (§ 36). Notons aussi que cette "libération évangélique"
est incompatible avec la violence : "L'Eglise ne peut pas accepter
la violence , surtout la force des armes - incontrôlable lorsqu'elle
se déchaîne - et la mort de qui que ce soit, comme chemin de libération,
car elle sait que la violence appelle toujours la violence et engendre
de nouvelles formes d'oppression et d'esclavage souvent plus lourdes
que celles dont elle prétendait libérer"(§ 37).
IV - LES MOYENS DE L'EVANGELISATION
OU COMMENT EVANGELISER ?
Une vie authentiquement chrétienne, accompagnée
d'une parole
Le premier de ces moyens d'évangélisation
est celui d'une "vie authentiquement chrétienne" En effet
"l'homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que
les maîtres ou s'il écoute les maîtres, c'est parce qu'ils sont
des témoins."
En un mot c'est par la sainteté
que l'Eglise évangélisera le monde (§ 41).
Mais s'il est vrai que l'homme
moderne est saturé de discours, rien ne remplace pourtant la proclamation
verbale du message (Rm 10, 14-17), car "la foi vient de ce que
l'on entend" (Rm 10,17) et c'est la parole entendue qui conduit
à croire" (§ 42).
Des moyens destinés à la communauté chrétienne
Pour évangéliser, l'Eglise commence par s'évangéliser
elle-même (voir ci-dessus § 15), le texte donne donc un certain
nombre d'exemples de ces moyens d'évangélisation destinés aux communautés
chrétiennes et cite notamment : l'homèlie, la catéchèse, l'utilisation
des "mass media ou moyens de communication sociale". Mais
surtout il est rappelé que rien ne remplace "la transmission
de personne à personne" comme le Seigneur l'a souvent pratiquée..."
tout comme les apôtres car "Y aurait-il au fond une autre
manière de livrer l'Evangile, que de transmettre à un autre sa propre
expérience de la foi ?" et le texte donne quelques exemples (§46).
Evangélisation et sacramentalisation
L'évangélisation enfin "ne
s'épuise pas dans la prédication et l'enseignement d'une doctrine.
Car elle doit atteindre la vie : la vie naturelle à laquelle elle
donne un sens nouveau, grâce aux perspectives nouvelles qu'elle
lui ouvre; et la vie surnaturelle[7]
, qui n'est pas la négation, mais la purification et l'élévation
de la vie naturelle. Cette vie surnaturelle trouve son expression
vivante dans les sept sacrements..."
Le texte souléve à ce propos le problème
du lien entre évangélisation et sacramentalisation. Si dit-il "c'est
une équivoque de les opposer, comme on le fait parfois, ... il est
bien vrai qu'une certaine façon de conférer les sacrements, sans
un solide appui de la catéchèse de ces mêmes sacrements et d'une
catéchèse globale, finirait par les priver en grande partie de leur
efficacité. Le rôle de l'évangélisation est précisement d'éduquer
tellement dans la foi qu'elle conduise chaque chrétien à vivre -
et non à recevoir passivement, ou à subir - les sacrements comme
de véritables sacrements de la foi"(§ 47).
La piété populaire
Cette quatrième partie se termine
par un paragraphe sur "la religiosité populaire" qui fait
alors (dans les années 1970) l'objet d'une redécouverte. Si cette
religiosité "a certainement ses limites" et présente le risque
de "déformation de la religion, voire de superstitions",
elle n'est pas pour autant à dédaigner, "...bien orientée, surtout
par une pédagogie d'évangélisation, elle est riche de valeurs ...
elle engendre des attitudes rarement observées ailleurs au même
degré : patience, sens de la croix dans la vie quotidienne, détachement,
ouverture aux autres, dévotion".
C'est pourquoi le texte parle de
"cette réalité, à la fois si riche et si menacée" qui,
à condition d'être aidé "à dépasser ses risques de déviation,...
peut être de plus en plus, pour nos masses populaires, une vraie
rencontre avec Dieu en Jésus-Christ." Aussi bien le texte préfére-t-il
l'appeler "piété populaire", c'est-à-dire religion du peuple,
plutôt que religiosité" (§48).
V - A QUI S'ADRESSE L'EVANGELISATION
?
La réponse est simple : à tous !
Et cela malgré les obstacles à cette mission universelle.
Le texte en distingue au moins trois, liés:
- aux évangélisateurs eux-mêmes,
- aux "résistances souvent humainement insurmontables
de ceux à qui s'adresse l'évangélisation".
- et enfin à des empêchements dus aux pouvoirs
politiques[8]
.
Cela dit, attardons-nous un
peu sur cette partie de l'exhortation qui concerne les différents
destinataires de l'évangélisation.
Tout d'abord le texte rappelle que, depuis toujours
(comme en témoignent le Nouveau Testament et les Actes des Apôtres),
l'évangélisation s'adresse :
- à ceux qui "n'ont jamais entendu la Bonne Nouvelle
de Jésus ou aux enfants". (on parle alors de "pré-évangélisation"),
- à des des multitudes de personnes qui ont
reçu le baptême mais qui vivent en dehors de toute vie chrétienne",
compte tenu aujourd'hui des situations de déchristianisation,
- à des "gens simples ayant une certaine
foi mais connaissant mal les fondements de cette foi,
- à des "intellectuels qui sentent le
besoin de connaître Jésus Christ, sous une lumière autre que l'enseignement
reçu dans leur enfance,
- et enfin à "beaucoup d'autres" (§ 52).
Les autres religions[9]
Parmi ces "autres", le texte
souligne que l'évangélisation "s'adresse aussi à d'immenses
portions d'humanité qui pratiquent des religions non chrétiennes
que l'Eglise respecte et estime, car elles sont l'expression vivante
de l'âme de vastes groupes humains.... et peuvent constituer une
authentique "préparation évangélique" pour reprendre un mot heureux
du Concile Vatican II emprunté à Eusébe de Césarée".
Pour Paul VI, les religions
"non-chrétiennes" cherchent à tâtons ce que seule la "religion
de Jésus" peut leur apporter; "en d'autres termes, notre
religion instaure effectivement avec Dieu un rapport authentique
et vivant que les autres religions ne réussissent pas à établir,
bien qu'elles tiennent pour ainsi dire leurs bras tendus vers le
ciel".
Aussi bien, poursuit le texte
"ni le respect et l'estime envers ces religions, ni la complexité
des questions soulevées ne sont pour l'Eglise une invitation à taire
devant les non-chrétiens l'annonce de Jésus-Christ". L'Eglise
"se sent responsable vis-à-vis des peuples entiers . Elle
n'a pas de repos tant qu'elle n'a pas fait de son mieux pour proclamer
la Bonne Nouvelle de Jésus Sauveur".
L'évangélisation confrontée aux conditions du
monde moderne
Les paragraphes suivants (§
54 à 57) analysent les conditions nouvelles auxquelles l'évangélisation
se trouve confrontée dans le monde moderne.
Il s'agit en premier lieu de soutenir
la foi des fidèles "afin qu'ils le soient encore davantage".
D'autant que cette foi "est presque toujours aujourd'hui
confrontée au sécularisme, voire à l'athéisme militant..."et
"elle risque de périr par asphyxie ou par inanition si elle n'est
pas tous les jours alimentée et soutenue. Evangéliser, doit donc
... communiquer à la foi des fidèles - particulièrement par une
catéchèse pleine de sève évangélique et munie d'un langage adapté
aux temps et aux personnes - cet aliment et ce soutien nécessaires"
(§54).
Le texte évoque ensuite :
- le souci œcuménique, vis-à-vis "des
chrétiens qui ne sont pas en pleine communion avec elle" (fin du
§ 54). À noter que l'œcuménisme sera de nouveau évoqué
à la fin de l'exhortation (§ 77) à propos de la division
des chrétiens qui fait obstacle à l'évangélisation;
- les conditions contrastées du monde moderne
que, dit-il, le Synode s'est attaché à décrire dans sa complexité
où cœxistent d'une part "la montée de l'incroyance, ...un athéisme
pratique,...un hédonisme[10]
érigé en valeur suprême, une volonté de puissance et de domination,
des discriminations de toute sorte"et d'autre part "paradoxalement...l'existence
de véritables pierres d'attente chrétiennes, de valeurs évangéliques
au moins sous la forme d'un vide ou d'une nostalgie"(§ 55);
- enfin la sphère des "non-pratiquants",
composés aujourd'hui d'un "grand nombre de baptisés qui,
dans une large mesure, n'ont pas renié formellement leur baptême
mais sont entièrement en marge de lui, n'en vivent pas".
En rappelant que ce "phénomène
des non-pratiquants est très ancien dans l'histoire du christianisme",
le Synode s'est efforcé de le décrire et de l'expliquer, ainsi que
de souligner, tant pour les non-pratiquants que pour les incroyants,
les types de "résistances" que ces catégories offrent à l'évangélisation
: de l'inertie des uns jusqu'à un refus, voire une hostilité des
autres (§ 56).
S'il est clair que ces attitudes
existent partout, le texte souligne que : "L'action évangélisatrice
de l'Eglise qui ne peut pas ignorer ces deux mondes ni s'arrêter
en face d'eux, doit chercher constamment les moyens et le langage
adéquats pour leur proposer ou leur reproposer la foi[11]"
(§56).
En conclusion, citons intégralement
le § 57 :
"Comme le Christ durant le temps de sa
prédication, comme les Douze le matin de la Pentecôte, l'Eglise
aussi voit devant elle une immense foule humaine qui a besoin de
l'Evangile et y a droit, puisque Dieu "veut que tous les hommes
soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité"[12]
. Sensible à son devoir de prêcher l'Evangile à tous, sachant que
le message évangélique n'est pas réservé à un petit groupe d'initiés,
de privilégiés ou d'élus mais destiné à tous, l'Eglise fait sienne
l'angoisse du Christ devant les foules errantes et prostrées "comme
des brebis qui n'ont pas de berger" (Mt 9,36) et répète souvent
sa parole : "j'ai pitié de cette foule"(Mt 15,32).
Mais elle est aussi consciente que pour
l'efficacité de la prédication évangélique, elle doit adresser son
message, au cœur des masses, à des communautés de fidèles dont l'action
peut et doit arriver aux autres."
Sur cette nécessité de faire passer son message
par des relais, "le Synode s'est beaucoup occupé de ces petites
communautés ou "communautés de base", d'où un long paragraphe
(§ 58), où Paul VI distingue entre deux types de communauté de
base dont, écrit-il, l'une seulement peut prétendre s'intituler
"communauté écclésiale de base". Quelles sont les
critères distinctifs d'une telle communauté ?
Critères d'une communauté écclésiale de base
(fin du § 58)
"- elles cherchent leur aliment dans la Parole
de Dieu, et ne se laissent pas emprisonner par la polarisation
politique ou par les idéologies à la mode, prêtes à exploiter leur
immense potentiel humain;
- elles évitent la tentation toujours menaçante
de la contestation systématique et de l'esprit hypercritique, sous
prétexte d'authenticité et d'esprit de collaboration;
- elles restent fermement attachées à l'Eglise
locale dans laquelle elles s'insèrent, et à l'Eglise universelle,
évitant ainsi le danger - trop réel! - de s'isoler en elles-mêmes,
puis de se croire l'unique authentique Eglise du Christ, et donc
d'anathémiser les autres communautés écclésiales;
- elles gardent une sincère communion avec les
pasteurs que le Seigneur donne à son Eglise et avec le Magistère
que l'Esprit du Christ leur a confié;
- elles ne se prennent jamais pour l'unique destinataire
ou l'unique agent d'évangélisation - voire l'unique dépositaire
de l'Evangile ! - mais, conscientes que l'Eglise est beaucoup
plus vaste et diversifiée, elles acceptent que cette Eglise
s'incarne autrement qu'à travers elles;
- elles croissent chaque jour en conscience,
zèle, engagement et rayonnement missionnaire;
- elles se montrent en tout universalistes
et jamais sectaires.
À ces conditions-là....auditrices de l'Evangile
qui leur est annoncé et destinataires privilégiées de l'évangélisation,
(ces communautés écclésiales de base) deviendront sans tarder
annonciatrices de l'Evangile."
VI - LES OUVRIERS DE L'EVANGILE
Notant à la suite de saint Paul (Rm 10,15) que
"personne ne peut (évangéliser) à moins d'avoir été envoyé",
le texte demande (§ 59) : "Mais qui donc a la mission d'évangéliser
?"
À cette question, "le Concile Vatican
II a répondu avec clarté", c'est "L'Eglise tout entière qui
est missionnaire; l'œuvre d'évangélisation est un devoir fondamental
du peuple de Dieu"[13]
.
Paul VI rappelle à nouveau[14]
ici le lien entre Eglise et évangélisation. C'est par mandat du
Seigneur que l'Eglise est envoyée pour évangéliser le monde, par
conséquent :
- "évangéliser n'est pour personne un acte individuel
et isolé, mais c'est un acte profondément écclésial"
- et aucun "évangélisateur n'est le maître
absolu de son action évangélisatrice" mais agit en "communion
avec l'Eglise et ses Pasteurs".
Le rapport entre Eglise particulière (locale)
et Eglise universelle
Suivent alors deux paragraphes
sur l'Eglise qui montrent comment l'Eglise universelle s'incarne
dans des Eglises particulières, ce qui ne signifie pas qu'il conviendrait
de se représenter l'Eglise comme une fédération d'Eglises particulières
(locales, diocésaines), mais bien que l'unique Eglise prend un
visage particulier dans chacune des Eglises locales.
L'Eglise universelle ne serait qu'une abstraction
si elle ne s'incarnait dans des Eglises particulières. De leur côté
chacune de ces Eglises particulières n'existe dans toute sa dimension
qu'en communion avec l'Eglise universelle, sinon elles risqueraient
de se replier sur elles-mêmes.
En particulier, le rôle
de ces Eglises particulières, "profondément amalgamées"
dans tel ou tel ensemble humain, est "d'assimiler l'essentiel
du message évangélique, de le transposer, sans la moindre trahison
de sa vérité essentielle, dans le langage que ces hommes comprennent,
puis de l'annoncer dans ce langage."
Le texte souligne la difficulté
d'une telle entreprise : l'évangélisation se doit de "rejoindre"
la vie concrète des hommes auxquels elle prétend s'adresser et en
même temps ne pas édulcorer le message universel que l'on traduit
et adapte à une réalité particulière (§ 63).
À cet effet, la fin du § 64 affirme :
"Plus une Eglise particulière est attachée
par des liens solides de communion à l'Eglise universelle ... plus
elle sera capable de traduire le trésor de la foi dans la légitime
variété" des expressions "du peuple dans lequel elle s'insère.
Plus elle sera vraiment évangélisatrice, c'est-à-dire capable de
puiser dans le patrimoine universel pour en faire profiter son peuple,
comme de communiquer à l'Eglise universelle l'expérience et la vie
de ce peuple, au bénéfice de tous."
Diversité des tâches au service de l'unique
mission d'évangélisation
S'il est entendu que c'est
l'Eglise tout entière qui est évangélisatrice, il ne s'ensuit pas
que tous font tout dans l'Eglise : les tâches y sont diversifiées
Aussi bien, la fin de cette VI ème partie
(§ 66 à 73) décrit le rôle de chacun (pape, évêques, prêtres, diacres,
religieux, laïcs, familles, jeunes) dans l'unique peuple de Dieu.
Les ministères non ordonnés
Un dernier paragraphe enfin
(§ 73) concerne ces ministères auxquels " les laïcs peuvent
aussi se sentir appelés ou être appelés à collaborer avec leurs
Pasteurs au service de la communauté écclésiale,... exerçant des
ministères très diversifiés, selon la grâce et les charismes que
le Seigneur voudra bien déposer en eux". Il s'agit à côté des
ministères "ordonnés" (diacres, prêtres, évêques) de reconnaître
des ministères "non ordonnés", compte tenu des besoins actuels
de l'Eglise et conformément à une tradition ancienne.
Le texte insiste auprès des
évêques sur la nécesité d'une "préparation sérieuse... pour
annoncer Jésus-Christ aujourd'hui", en particulier pour les ministères
liés à la parole.
VII - L'ESPRIT ET LES QUALITES
DE L'EVANGELISATEUR
Avec cette partie, le texte se termine
par "un dernier appel concernant les attitudes intérieures qui
doivent animer les ouvriers de l'Evangile"(§74).
"L'Esprit Saint est l'agent principal de l'évangélisation"
Tout d'abord il est rappelé
qu'il "n'y aura jamais d'évangélisation sans l'action de l'Esprit
Saint", cet Esprit "est celui qui, aujourd'hui comme aux
débuts de l'Eglise, agit en chaque évangélisateur qui se laisse
posséder et conduire par lui, et met dans sa bouche les mots
que seul il ne pourrait trouver, tout en prédisposant aussi
l'âme de celui qui écoute".
En conclusion : "les techniques
d'évangélisation sont bonnes mais les plus perfectionnées ne sauraient
remplacer l'action discrète de l'Esprit."
"Considérons maintenant la personne même des évangélisateurs"
Le texte insiste sur le fait
que notre siècle "a soif d'authenticité". S'adressant aux
évangélisateurs, il demande :
"Croyez-vous vraiment à ce que vous annoncez
? Vivez-vous ce que vous croyez ? Prêchez-vous vraiment ce que vous
vivez ?" À tous (évêques, prêtres, diacres, religieux,
laïcs conscients de leur rôle d'évangélisateur) Paul VI dit : "Il
faut que notre zèle évangélisateur jaillisse d'une véritable
sainteté de vie alimentée par la prière et surtout par l'amour
de l'Eucharistie et que, comme nous le suggère le Concile, la prédication
à son tour fasse grandir en sainteté le prédicateur" (§ 76).
Des évangélisateurs que le monde attend
"Le monde qui paradoxalement, malgré d'innombrables
signes de refus de Dieu, le cherche cependant par des chemins inattendus
et en ressent douloureusement le besoin, le monde réclame des évangélisateurs
qui lui parlent d'un Dieu qu'ils connaissent et fréquentent comme
s'ils voyaient l'invisible (He 11,27). Le monde réclame et attend
de nous simplicité de vie, esprit de prière, charité envers tous,
spécialement envers les petits et les pauvres, obéissance et humilité,
détachement de nous mêmes et renoncement. Sans cette marque de sainteté,
notre parole fera difficilement son chemin dans le cœur de l'homme
de ce temps. Elle risque d'être vaine et inféconde" (fin du § 76).
Les divisions entre chrétiens : obstacles à
l'évangélisation
On peut distinguer deux types
de divisions qui font obstacle à l'évangélisation :
- d'une part, à l'intérieur même des communautés
chrétiennes : "si l'Evangile que nous proclamons apparaît déchiré
par des querelles doctrinales, des polarisations idéologiques, ou
des condamnations réciproques entre chrétiens, au gré de leurs vues
différentes sur le Christ et sur l'Eglise et même à cause de leur
conception diverse de la société et des institutions humaines, comment
ceux à qui s'adresse notre prédication ne s'en trouveraient pas
perturbés, désorientés sinon scandalisés ? ... Evangélisateurs,
nous devons offrir aux fidèles du Christ, non pas l'image d'hommes
divisés et séparés par des litiges qui n'édifient point, mais celle
de personnes mûries dans la foi, capables de se rencontrer au-delà
des tensions réelles grâce à la recherche commune, sincère et désintéressée
de la vérité";
- et d'autre part "la division des chrétiens
est un grave état de fait qui parvient à entacher l'œuvre même du
Christ... et pour beaucoup, elle ferme l'accès à la foi". D'où
l'importance du travail œcuménique reconnu par le Concile Vatican
II[15] (§
77).
Avant de conclure, l'exhortation
rappelle que l'on attend de tout évangélisateur, qu'il "ait
le culte de la vérité" (§ 78) et "un amour fraternel toujours
grandissant envers ceux qu'il évangélise. "Parmi les signes de
cet amour,Paul VI mentionne :
- "le respect de la situation religieuse et
spirituelle des personnes qu'on évangélise. Respect de leur rythme
qu'on n'a pas le droit de forcer outre mesure. Respect de leur conscience
et de leurs convictions, à ne pas brusquer;
- "le souci de ne pas blesser l'autre, surtout
s'il est faible dans la foi (1 Co 8, 9-13 et Rm 14,15);
- enfin "un signe d'amour sera aussi
l'effort de transmettre aux chrétiens, non pas des doutes et des
incertitudes nés d'une érudition mal assimilée, mais des certitudes
solides, parce qu'ancrées dans la parole de Dieu. Les fidèles ont
besoin de ces certitudes pour leur vie chrétienne" (§ 79).
Proposer et non imposer
Répondant à des objections
sur le risque d'attenter à la liberté de conscience, Paul VI rappelle
qu'il ne s'agit pas "d'imposer quoi que ce soit à la conscience
de nos frères" mais bien de leur "proposer la vérité évangélique
et le salut en Jésus-Christ" et que cette proposition est "un
devoir de l'évangélisateur", même si des "hommes pourront
se sauver aussi par d'autres chemins, grâce à la miséricorde de
Dieu", ce qu'il ne nous appartient pas de savoir et ne saurait,
en aucun cas, nous dispenser de l'évangélisation.
Exhortation finale
L'exhortation de PaulVI se
termine par un vibrant appel à tous les évangélisateurs pour qu'ils
alimentent en eux "la ferveur de l'esprit" (Rm 12,11).
Citons , en conclusion, la fin du § 80 :
"Gardons donc la ferveur de l'esprit.
Gardons la douce et réconfortante joie d'évangéliser, même
lorsque c'est dans les larmes qu'il faut semer. Que ce soit pour
nous ... un élan intérieur que personne ni rien ne saurait
éteindre. Que ce soit la grande joie de nos vies données.
Et que le monde de notre temps qui cherche, tantôt dans l'angoisse,
tantôt dans l'espérance, puisse recevoir la Bonne Nouvelle, non
d'évangélisateurs tristes et découragés, impatients ou anxieux,
mais de ministres de l'Evangile dont la vie rayonne de ferveur,
qui ont les premiers reçu en eux la joie du Christ et qui
acceptent de jouer leur vie pour que le Royaume soit annoncé et
l'Eglise implantée au cœur du monde."
[1]Rappelons
que le "synode des évêques" est une institution créée par le concile
Vatican II en vue de mettre en œuvre la "collégialité". À
cet effet, des évêques se réunissent périodiquement autour du pape
pour traiter d'une question concernant la vie de l'Eglise. Selon
la question, il peut s'agir d'évêques provenant du monde entier
ou d'une zone géographique particulière.
[2]Les
citations du texte sont en caractères droits (normaux) avec indication
du paragraphe concerné. Les parties résumées du texte figurent en
italique.
[3]Rappelons
que les textes officiels de Vatican II sont rédigés en latin et
désignés par leur premiers mots. Gaudium et spes désigne
ainsi la "Constitution pastorale sur l'Eglise dans le monde de ce
temps", l'un des textes importants du concile Vatican II, dont le
chapitre II, consacré à l'Essor de la culture, commence par préciser
ce qu'il entend par le mot de "culture".
[4]Comment
comprendre ce mot de salut ? Au paragraphe 10 de l'exhortation,
Paul VI parle du salut comme de "ce grand don de Dieu qui est libération
de tout ce qui opprime l'homme mais qui est surtout libération du
péché et du Malin, dans la joie de connaître Dieu et d'être connu
de lui,.de le voir d'être livré à lui."
[5]Voir,
par exemple, le texte des évêques français de 1974 intitulé : "Libération
des hommes et salut en Jésus Christ."
[6]Rappelons
que cette désignation de l'Eglise comme "sacrement" (du salut) figure
dès la deuxième phrase de la constitution dogmatique sur l'Eglise
(Lumen gentium) de Vatican II. Citons ce texte important : "L'Eglise
étant dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire
à la fois le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de
l'unité de tout le genre humain."
[7]Notons
que Paul VI reprend ici un vocabulaire (naturel/surnaturel) que
le Concile avait soigneusement évité.
[8]Le
texte vise sans doute en priorité les pays de l'Est. L'exhortation
date de 1975, donc d'une époque où sévit encore la guerre froide.
[9]Rappelons
que le Concile Vatican II a consacré plusieurs textes à cette question
des "autres religions" qualifiées de "non chrétiennes":
- d'abord dans la constitution dogmatique sur l'Eglise
(Lumen Gentium), précisement au chapitre II sur "le peuple
de Dieu". Dans ce chapitre célèbre, le Concile évoque (§ 16) "ceux
qui n'ont pas encore reçu l'Evangile et qui, à divers égards, sont
ordonnés au peuple de Dieu". Sont alors cités successivement les
juifs, les musulmans et "ceux qui, sans qu'il y ait faute de leur
part, ignorent l'Evangile du Christ et son Eglise".
- puis dans la déclaration sur les relations de l'Eglise
avec les religions non chrétiennes (Nostra Aetate) qui,
pourait-on dire, détaille ce qui n'avait été qu'esquissé dans la
constitution sur l'Eglise.
Soulignons par ailleurs, deux traits significatifs de
la position des pères de Vatican II:
a) Le Concile désigne les autres religions de façon
négative, comme "non chrétiennes". C'est partir du christianisme
comme norme et définir négativement ces religions par ce qu'elles
ne sont pas. De ce point de vue les textes du Concile et l'exhortation
de Paul VI "datent". Mais, en 1965, c'était la première fois que
l'Eglise à travers le concile, s'exprimait ainsi sur cette question
"avec estime et respect". Vingt ans plus tard, à Assise (27/10/86)
on parle des "religions du monde". Nous sommes aujourd'hui plus
attentifs à la spécificité de chaque religion et à ce dont chacune
est porteuse, en sorte que l'on évite l'expression de "religions
non-chrétiennes".
b) Dans la perspective qui est la sienne, le Concile
considère les religions comme autant de"pierres d'attente" ou de
"préparation évangélique". Comme le rappelle Paul VI, cette expression
est le titre de l'un des ouvrages d'Eusèbe de Césarée, ce Père de
l'Eglise, contemporain et laudateur de l'empereur Constantin, (début
du IVème siècle), et, de façon plus générale, de la civilisation
romaine, en qui il voyait l'instrument de la Providence, comme une
"préparation évangélique". Un siècle plus tard les invasions barbares
obligeront l'Eglise à modifier son point de vue ... et à évangéliser
les "barbares".
[10]Du
grec hédoné= plaisir. Doctrine qui prend pour principe de
la morale la recherche du plaisir avant tout, de la satisfaction
et qui vise à éviter toute souffrance.
[11]Notons
cette formulation toujours actuelle : "proposer ou reproposer la
révélation de Dieu et la foi en Jésus-Christ". Proposer la foi
dans la société actuelle, c'est, en effet, le titre de "l'instrument
de travail" proposé aux catholiques de France par la conférence
des évêques en novembre 1996, suite au rapport de Monseigneur Dagens
(novembre 1994). Sur ce point l'exhortation de Paul VI n'a pas vieilli.
[12]1
Tim 2,4. Rappelons que ce verset de la première épître de Paul à
Timothée est le texte biblique le plus souvent cité dans les documents
(constitutions, déclarations,...) du concile Vatican II.
[13]Paul
VI cite ici deux textes de Vatican II, le § 5 de la Constitution
dogmatique sur l'Eglise (Lumen gentium) et le § 13 de la
Déclaration sur la liberté religieuse (Dignitatis humanae) :
"Par mandat divin, incombe à l'Eglise la fonction d'aller dans le
monde entier et d'annoncer l'Evangile à toute créature."
[14]Voir
ci-dessus § 14 et 15.
[15]Rappelons
que peu de temps après l'annonce de la réunion d'un concile, Jean
XXIII a créé un "secrétariat pour l'unité des chrétiens", confié
au cardinal Béa, et qui lui était directement rattaché. Vatican
II a élaboré un important Décret sur l'œcuménisme (Unitatis reintegratio)
- c'était une "première" dans l'Eglise catholique. Depuis, aussi
bien par la voix de Paul VI que de Jean Paul II, l'Eglise n'a cessé
de rappeler son attachement au travail œcuménique de rapprochement
entre les chrétiens. Voir, par exemple, l'encyclique de Jean Paul
II du 25 mai 1995 "Qu'ils soient un" (Ut unum sint).
