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LE CONCILE VATICAN II
SAMEDI 1er MARS 2003

Yves
de GENTIL-BAICHIS
 
  René RÉMOND
 
Bernard SESBOÜÉ

GRANDS DÉBATS SUR L'ÉGLISE D'AUJOURD'HUI
1 - D'une société de chrétienté à une Église minoritaire


Environ 350 personnes assistaient, à Notre Dame de Versailles, à ce premier débat sur l'Eglise d'aujourd'hui, entre René Rémond, historien et membre de l'Académie française, et Bernard Sesboüé, jésuite et professeur au Centre Sèvres ; débat animé par Yves de Gentil-Baichis.

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René Rémond rappelle qu'il y a 200 ans, il y avait réellement symbiose entre Eglise et société : l'Eglise inspirait les valeurs, mais aussi les lois ; il y avait une quasi unanimité de la société, que traduisait la devise " une foi, une loi, un roi " ; et les quelques dissidents étaient rejetés. C'était ce que nous désignons aujourd'hui sous le terme de chrétienté. Puis est intervenue une progressive dissociation entre l'appartenance à une société et la croyance religieuse ; la liberté de conscience devenait en effet une réalité même si, en France et en Europe, la société restait d'inspiration chrétienne. Au XIXème siècle, l'Eglise apparaît davantage sur la défensive ; elle cherche alors à protéger " son troupeau " et elle crée dans ce but, à l'intérieur de la société civile, toutes sortes de réseaux propres : écoles, patronages, etc. ; elle accentue son contrôle sur les comportements privés : commandements de l'Eglise, nécessité de se conformer aux prescriptions de la pratique religieuse (messe dominicale, communion pascale…). Aujourd'hui, on entre dans une période où ce qui est revendiqué, c'est l'autonomie individuelle : on veut s'en tenir à son propre jugement, les conduites individuelles s'émancipent, et cela conduit à une distanciation croissante entre croyance et pratique ; du coup, l'Eglise doit modifier son comportement, agir moins de façon autoritaire et davantage en cherchant l'adhésion libre des personnes, dans un contexte où Vatican II lui même affirme le droit à la liberté religieuse. A ce sujet, la revendication d'une référence à Dieu dans la future constitution européenne ne paraît pas légitime à René Rémond ; cette constitution est un texte juridique, et les pouvoirs publics n'ont pas de compétence sur Dieu (comme le souligne la déclaration sur la liberté religieuse de Vatican II) : et c'est en cela que nous ne sommes plus en chrétienté.

Pour autant, l'Eglise est-elle " minoritaire " ? Cet adjectif renvoie à une approche quantitative (par exemple le nombre de ceux qui vont à la messe), mais une telle approche est-elle pertinente ? Pour René Rémond, le " fait catholique " reste massif dans la société française : n'est-ce pas, demande-t-il, le seul avec le " fait sportif " à pouvoir rassembler de grandes foules ?

Bernard Sesboüé affirme d'emblée que l'Eglise en France est en devenir " d'implosion institutionnelle " : baisse de la pratique religieuse, diminution des baptêmes, crise de la catéchèse, incertitudes sur le contenu de la foi, implosion du corps des prêtres, regroupements de paroisses... Le maillage religieux se fait de plus en plus lâche, non seulement territorialement, mais aussi culturellement (disparition des écoles, hôpitaux, journaux, patronages…, catholiques). La mémoire chrétienne s'affadit ; on sort tranquillement de la religion. A l'inverse, il y a de nombreuses " germinations " : catéchumènes, nombreux " recommençants ", mouvements charismatiques, engagement des laïcs… Cette évolution impose à l'Eglise, que Bernard Sesboüé définit comme un petit nombre au service d'une multitude, de se présenter en témoin. Elle doit offrir une nouvelle figure de la foi : dans une société d'hyper choix où chacun revendique sa liberté, dans une société où le " je " l'emporte sur le " nous ", la foi devient volontaire (on ne naît pas chrétien, on le devient par décision libre), elle se veut informée et responsable, et l'Eglise doit avoir un discours d'invitation et non d'imposition. La simple exécution du rite religieux ne satisfait pas s'il ne rejoint la vie. Il faut offrir une nouvelle figure de la vie en Eglise : c'est ce que l'on observe avec les mouvements de laïcs, les initiatives caritatives, le partenariat croissant entre clercs et laïcs, le rôle que joue le peuple chrétien dans la vie de l'Eglise (cf. les synodes diocésains, de plus en plus fréquents), la collégialité (entre évêques, entre prêtres…). L'Eglise doit devenir plus attirante, être moins une institution, et davantage un " événement ". Elle doit enfin avoir une nouvelle manière de parler et de dialoguer : non plus comme elle le faisait lorsqu'elle exerçait une autorité reconnue par tous, mais en attirant, en faisant témoignage de l'Evangile. Elle doit être perçue comme apportant le bien aux personnes. Elle doit se montrer prophétique, à l'image de personnes comme Helder Camara, Martin Luther King, Sœur Emmanuelle…

Livres à consulter :

Bernard SESBOÜÉ :
Le Magistère à l'épreuve (Desclée de Brouwer).
Rome et les laïcs (Desclée de Brouwer).
N'ayez pas peur ! (Desclée de Brouwer)

René REMOND :
Le catholicisme français et la société politique (l'Atelier).
Le christianisme en accusation (Desclée de Brouwer).
Chrétiens tournez la page (Bayard).
Une Eglise pour le XXIème siècle (Bayard-Desclée de Brouwer)