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Yves
de GENTIL-BAICHIS
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René
RÉMOND |
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Bernard SESBOÜÉ
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GRANDS DÉBATS
SUR L'ÉGLISE D'AUJOURD'HUI
1 - D'une société de chrétienté
à une Église minoritaire
Environ 350 personnes assistaient, à
Notre Dame de Versailles, à ce premier débat sur l'Eglise
d'aujourd'hui, entre René Rémond, historien et membre de l'Académie
française, et Bernard Sesboüé, jésuite et professeur au Centre
Sèvres ; débat animé par Yves de Gentil-Baichis.
(cliquer
sur la photo pour l'agrandir)
René Rémond rappelle qu'il y a 200 ans,
il y avait réellement symbiose entre Eglise et société : l'Eglise
inspirait les valeurs, mais aussi les lois ; il y avait une
quasi unanimité de la société, que traduisait la devise "
une foi, une loi, un roi " ; et les quelques dissidents étaient
rejetés. C'était ce que nous désignons aujourd'hui sous le
terme de chrétienté. Puis est intervenue une progressive dissociation
entre l'appartenance à une société et la croyance religieuse
; la liberté de conscience devenait en effet une réalité même
si, en France et en Europe, la société restait d'inspiration
chrétienne. Au XIXème siècle, l'Eglise apparaît davantage
sur la défensive ; elle cherche alors à protéger " son troupeau
" et elle crée dans ce but, à l'intérieur de la société civile,
toutes sortes de réseaux propres : écoles, patronages, etc.
; elle accentue son contrôle sur les comportements privés
: commandements de l'Eglise, nécessité de se conformer aux
prescriptions de la pratique religieuse (messe dominicale,
communion pascale…). Aujourd'hui, on entre dans une période
où ce qui est revendiqué, c'est l'autonomie individuelle :
on veut s'en tenir à son propre jugement, les conduites individuelles
s'émancipent, et cela conduit à une distanciation croissante
entre croyance et pratique ; du coup, l'Eglise doit modifier
son comportement, agir moins de façon autoritaire et davantage
en cherchant l'adhésion libre des personnes, dans un contexte
où Vatican II lui même affirme le droit à la liberté religieuse.
A ce sujet, la revendication d'une référence à Dieu dans la
future constitution européenne ne paraît pas légitime à René
Rémond ; cette constitution est un texte juridique, et les
pouvoirs publics n'ont pas de compétence sur Dieu (comme le
souligne la déclaration sur la liberté religieuse de Vatican
II) : et c'est en cela que nous ne sommes plus en chrétienté.
Pour autant, l'Eglise est-elle " minoritaire
" ? Cet adjectif renvoie à une approche quantitative (par
exemple le nombre de ceux qui vont à la messe), mais une telle
approche est-elle pertinente ? Pour René Rémond, le " fait
catholique " reste massif dans la société française : n'est-ce
pas, demande-t-il, le seul avec le " fait sportif " à pouvoir
rassembler de grandes foules ?
Bernard Sesboüé affirme d'emblée que
l'Eglise en France est en devenir " d'implosion institutionnelle
" : baisse de la pratique religieuse, diminution des baptêmes,
crise de la catéchèse, incertitudes sur le contenu de la foi,
implosion du corps des prêtres, regroupements de paroisses...
Le maillage religieux se fait de plus en plus lâche, non seulement
territorialement, mais aussi culturellement (disparition des
écoles, hôpitaux, journaux, patronages…, catholiques). La
mémoire chrétienne s'affadit ; on sort tranquillement de la
religion. A l'inverse, il y a de nombreuses " germinations
" : catéchumènes, nombreux " recommençants ", mouvements charismatiques,
engagement des laïcs… Cette évolution impose à l'Eglise, que
Bernard Sesboüé définit comme un petit nombre au service d'une
multitude, de se présenter en témoin. Elle doit offrir
une nouvelle figure de la foi : dans une société d'hyper
choix où chacun revendique sa liberté, dans une société où
le " je " l'emporte sur le " nous ", la foi devient volontaire
(on ne naît pas chrétien, on le devient par décision libre),
elle se veut informée et responsable, et l'Eglise doit avoir
un discours d'invitation et non d'imposition. La simple exécution
du rite religieux ne satisfait pas s'il ne rejoint la vie.
Il faut offrir une nouvelle figure de la vie en Eglise
: c'est ce que l'on observe avec les mouvements de laïcs,
les initiatives caritatives, le partenariat croissant entre
clercs et laïcs, le rôle que joue le peuple chrétien dans
la vie de l'Eglise (cf. les synodes diocésains, de plus en
plus fréquents), la collégialité (entre évêques, entre prêtres…).
L'Eglise doit devenir plus attirante, être moins une institution,
et davantage un " événement ". Elle doit enfin avoir une
nouvelle manière de parler et de dialoguer : non plus
comme elle le faisait lorsqu'elle exerçait une autorité reconnue
par tous, mais en attirant, en faisant témoignage de l'Evangile.
Elle doit être perçue comme apportant le bien aux personnes.
Elle doit se montrer prophétique, à l'image de personnes comme
Helder Camara, Martin Luther King, Sœur Emmanuelle…
Livres à consulter :
Bernard SESBOÜÉ :
Le Magistère à l'épreuve (Desclée de Brouwer).
Rome et les laïcs (Desclée de Brouwer).
N'ayez pas peur ! (Desclée de Brouwer)
René REMOND :
Le catholicisme français et la société politique
(l'Atelier).
Le christianisme en accusation (Desclée
de Brouwer).
Chrétiens tournez la page (Bayard).
Une Eglise pour le XXIème siècle (Bayard-Desclée de Brouwer)