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LE CONCILE VATICAN II
SAMEDI 15 MARS 2003

Pierre HOFFMANN
 
  Claude GEFFRÉ
 
Dennis GIRA

GRANDS DÉBATS SUR L'ÉGLISE D'AUJOURD'HUI
2 - Le dialogue inter-religieux


Ce deuxième " grand débat " sur l'Eglise d'aujourd'hui, animé à Notre Dame de Versailles par le Père Pierre Hoffmann devant environ 200 personnes, traitait du dialogue entre les religions. Pour Claude Geffré, dominicain, théologien à l'Institut Catholique, ce dialogue constitue un défi dans la mesure où il pourrait mettre en question la singularité du christianisme ; mais c'est plus encore une chance, que depuis Vatican II l'Eglise encourage à saisir (ce qui contraste avec son attitude négative d'autrefois). La pluralité des religions est un fait : les " autres religions " manifestent beaucoup de vitalité (il y a 14 millions de musulmans en Europe) ; alors comment croire, au plan théologique, que cela serait la manifestation d'une sorte d'aveuglement coupable de l'homme ? N'y a-t-il pas là, plutôt, la marque d'un dessein mystérieux de Dieu ? Vatican II affirme qu'il y a dans les religions non chrétiennes " un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes " (Nostra Aetate, n°2). La formule " hors de l'Eglise, point de salut " ne suffit plus ; il faut apprendre à discerner les semences de vérité qui se trouvent dans les autres religions et qui peuvent être une aide pour aller vers Dieu, le moyen de faire son salut. Mais, alors : le Christ reste-t-il le médiateur de tous, ou y a-t-il, comme le pensent certains théologiens, d'autres médiateurs que lui ? Pour Claude Geffré, ces médiations sont des médiations dérivées qui n'ont de sens qu'en référence au mystère du Christ (notion " d'inclusivisme christologique "). Les autres religions sont porteuses de germes de vérité et de bonté ; plutôt que de parler de valeurs implicitement chrétiennes, il vaut mieux discerner des valeurs " christiques " qui trouveront leur accomplissement dans le Christ à la fin des temps. Si l'Eglise n'a pas le monopole du salut, cela - nuance-t-il - n'ôte rien à l'importance de sa mission ; le Royaume peut se trouver au delà des limites de l'Eglise, mais celle-ci n'en détient pas moins la plénitude des moyens du salut, et elle doit annoncer le Christ comme sauveur universel - tout en sachant que les membres des autres religions sont à respecter dans la mesure où ils peuvent appartenir déjà au Royaume de Dieu.

Claude Geffré rappelle que la question du dialogue avec l'Islam est aujourd'hui à l'ordre du jour ; il faut éviter toute fracture entre l'Occident et le monde arabo-musulman. Ce dialogue peut se nouer autour de questions telles que la défense de l'humain et des droits de l'homme : pour le Coran comme pour la Bible, l'homme est créé à l'image de Dieu. Chrétiens et musulmans peuvent donc mener un même combat contre les injustices structurelles du monde, contre le " pillage " de la planète, contre le terrorisme… Ce qui leur permettait de se retrouver ensuite dans une célébration, voire dans une théologie de la Création.

Spécialiste du bouddhisme, rédacteur en chef de " Questions Actuelles " (Bayard), Dennis Gira appelle à distinguer, s'agissant des relations inter-religieuses, entre tolérance et dialogue. Il relate que, lors d'une rencontre inter-religieuse à Rome, le terme de tolérance fut rejeté par ceux qui étaient en position de " tolérés ", c'est-à-dire de faiblesse par rapport à un dominateur. Pour vivre ensemble, il ne suffit pas de tolérer les autres, il faut dialoguer avec eux, - un dialogue qui implique d'ailleurs de prendre le risque d'être soi-même changé… Le dialogue inter-religieux s'appuie, d'abord, sur " la science des religions ", ensuite sur " la théologie des religions ", qu'il faut également distinguer. Dans la première c'est l'homme qui intervient, en appliquant les outils des sciences humaines à toutes les religions, qui sont alors mises sur un pied d'égalité. Dans la seconde, c'est le chrétien qui se place devant les autres religions et qui essaye de les expliquer (de " se " les expliquer), en puisant dans ses propres sources (Bible, Tradition), et sans chercher à demander aux autres si elles sont d'accord. Et la rencontre avec l'autre dans le dialogue suppose :
- de dire ce qu'on est soi même (grâce à une théologie " intelligente ", sachant expliciter la foi chrétienne) ;
- et de connaître ce qu'est l'autre (grâce à la science).

" Pourquoi moi, profondément attaché à Jésus-Christ, vais-je à la rencontre des bouddhistes ? " se demande enfin Dennis Gira. Les bouddhistes rejettent, légitimement, une certaine image de Dieu. Ce qui implique de pouvoir dire qui est Dieu pour moi. " Pour moi Dieu est mystère, au sens d'une réalité tellement profonde qu'on n'a jamais fini de la découvrir " ; c'est une aventure spirituelle qui n'a jamais de fin, qu'on ne fait jamais qu'effleurer, comme " je ne fais qu'effleurer le mystère de mon épouse ", ajoute-t-il. Découvrir le mystère de l'autre suppose le dialogue. Dans la création, Dieu est présent à l'homme ; et chaque religion représente l'effort d'une civilisation pour exprimer la présence de Dieu qui est en elle, elle est une fenêtre ouverte sur l'expérience de Dieu : le dialogue permet ainsi de découvrir des aspects de Dieu que nous ne connaissons pas forcément.

Livres à consulter :
Claude Geffré :
Profession-théologien. Quelle pensée chrétienne pour le XXIème siècle (Albin Michel, 1999).
Croire et interpréter. Le tournant herméneutique de la théologie (Editions du Cerf, 2001).
Dennis Gira :
Le lotus ou la croix : les raisons d'un choix (Bayard 2003).
Le bouddhisme à l'usage de mes filles (Seuil, 2000).