 |
Pierre HOFFMANN
|
|
| |
Claude GEFFRÉ |
 |
| |
 |
Dennis GIRA
|
GRANDS DÉBATS
SUR L'ÉGLISE D'AUJOURD'HUI
2 - Le dialogue inter-religieux
Ce deuxième " grand débat " sur l'Eglise
d'aujourd'hui, animé à Notre Dame de Versailles par le Père Pierre
Hoffmann devant environ 200 personnes, traitait du dialogue entre
les religions. Pour Claude Geffré, dominicain, théologien
à l'Institut Catholique, ce dialogue constitue un défi dans la
mesure où il pourrait mettre en question la singularité du christianisme
; mais c'est plus encore une chance, que depuis Vatican II l'Eglise
encourage à saisir (ce qui contraste avec son attitude négative
d'autrefois). La pluralité des religions est un fait : les " autres
religions " manifestent beaucoup de vitalité (il y a 14 millions
de musulmans en Europe) ; alors comment croire, au plan théologique,
que cela serait la manifestation d'une sorte d'aveuglement coupable
de l'homme ? N'y a-t-il pas là, plutôt, la marque d'un dessein
mystérieux de Dieu ? Vatican II affirme qu'il y a dans les religions
non chrétiennes " un rayon de la vérité qui illumine tous les
hommes " (Nostra Aetate, n°2). La formule " hors de l'Eglise,
point de salut " ne suffit plus ; il faut apprendre à discerner
les semences de vérité qui se trouvent dans les autres religions
et qui peuvent être une aide pour aller vers Dieu, le moyen de
faire son salut. Mais, alors : le Christ reste-t-il le médiateur
de tous, ou y a-t-il, comme le pensent certains théologiens,
d'autres médiateurs que lui ? Pour Claude Geffré, ces médiations
sont des médiations dérivées qui n'ont de sens qu'en référence
au mystère du Christ (notion " d'inclusivisme christologique
"). Les autres religions sont porteuses de germes de vérité et
de bonté ; plutôt que de parler de valeurs implicitement chrétiennes,
il vaut mieux discerner des valeurs " christiques " qui trouveront
leur accomplissement dans le Christ à la fin des temps. Si l'Eglise
n'a pas le monopole du salut, cela - nuance-t-il - n'ôte rien
à l'importance de sa mission ; le Royaume peut se trouver au delà
des limites de l'Eglise, mais celle-ci n'en détient pas moins
la plénitude des moyens du salut, et elle doit annoncer le Christ
comme sauveur universel - tout en sachant que les membres des
autres religions sont à respecter dans la mesure où ils peuvent
appartenir déjà au Royaume de Dieu.
Claude Geffré rappelle que la question du
dialogue avec l'Islam est aujourd'hui à l'ordre du jour ;
il faut éviter toute fracture entre l'Occident et le monde arabo-musulman.
Ce dialogue peut se nouer autour de questions telles que la défense
de l'humain et des droits de l'homme : pour le Coran comme pour
la Bible, l'homme est créé à l'image de Dieu. Chrétiens et musulmans
peuvent donc mener un même combat contre les injustices structurelles
du monde, contre le " pillage " de la planète, contre le terrorisme…
Ce qui leur permettait de se retrouver ensuite dans une célébration,
voire dans une théologie de la Création.
Spécialiste du bouddhisme, rédacteur en
chef de " Questions Actuelles " (Bayard), Dennis Gira
appelle à distinguer, s'agissant des relations inter-religieuses,
entre tolérance et dialogue. Il relate que, lors d'une
rencontre inter-religieuse à Rome, le terme de tolérance fut rejeté
par ceux qui étaient en position de " tolérés ", c'est-à-dire
de faiblesse par rapport à un dominateur. Pour vivre ensemble,
il ne suffit pas de tolérer les autres, il faut dialoguer avec
eux, - un dialogue qui implique d'ailleurs de prendre le risque
d'être soi-même changé… Le dialogue inter-religieux s'appuie,
d'abord, sur " la science des religions ", ensuite sur
" la théologie des religions ", qu'il faut également distinguer.
Dans la première c'est l'homme qui intervient, en appliquant
les outils des sciences humaines à toutes les religions, qui sont
alors mises sur un pied d'égalité. Dans la seconde, c'est le
chrétien qui se place devant les autres religions et qui essaye
de les expliquer (de " se " les expliquer), en puisant dans ses
propres sources (Bible, Tradition), et sans chercher à demander
aux autres si elles sont d'accord. Et la rencontre avec l'autre
dans le dialogue suppose :
- de dire ce qu'on est soi même (grâce à une théologie
" intelligente ", sachant expliciter la foi chrétienne) ;
- et de connaître ce qu'est l'autre (grâce à la science).
" Pourquoi moi, profondément attaché à Jésus-Christ,
vais-je à la rencontre des bouddhistes ? " se demande enfin
Dennis Gira. Les bouddhistes rejettent, légitimement, une certaine
image de Dieu. Ce qui implique de pouvoir dire qui est Dieu pour
moi. " Pour moi Dieu est mystère, au sens d'une réalité tellement
profonde qu'on n'a jamais fini de la découvrir " ; c'est une aventure
spirituelle qui n'a jamais de fin, qu'on ne fait jamais qu'effleurer,
comme " je ne fais qu'effleurer le mystère de mon épouse ", ajoute-t-il.
Découvrir le mystère de l'autre suppose le dialogue. Dans la création,
Dieu est présent à l'homme ; et chaque religion représente l'effort
d'une civilisation pour exprimer la présence de Dieu qui est en
elle, elle est une fenêtre ouverte sur l'expérience de Dieu :
le dialogue permet ainsi de découvrir des aspects de Dieu que
nous ne connaissons pas forcément.
Livres à consulter :
Claude Geffré :
Profession-théologien. Quelle pensée chrétienne pour
le XXIème siècle (Albin Michel, 1999).
Croire et interpréter. Le tournant herméneutique de
la théologie (Editions du Cerf, 2001).
Dennis Gira :
Le lotus ou la croix : les raisons d'un choix (Bayard
2003).
Le bouddhisme à l'usage de mes filles (Seuil, 2000).
