LE CONCILE VATICAN II
SAMEDI 22 MARS 2003

Yves de GENTIL-BAICHIS
 
  Christine PONSARD
 
Denis VILLEPELET

GRANDS DÉBATS SUR L'ÉGLISE D'AUJOURD'HUI
3 - Comment transmettre la foi aujourd'hui ?


       Près de 400 personnes assistaient à ce débat sur le sujet crucial de la transmission de la foi. L'animateur, Yves de Gentil-Baichis, rappelle d'emblée que les jeunes sont écartelés entre le monde de facilité que leur offre la télévision, où l'on vante la consommation, le plaisir, où tout est présenté comme disponible tout de suite…, et celui, exigeant, de l'école, qui appelle au contraire à un effort sur la durée, en vue de plus tard. Denis Villepelet, directeur de l'Institut de pastorale catéchétique, explique que l'on a en effet changé de monde mental : les rapports au temps, à l'espace, au travail, à autrui…, ne sont plus les mêmes qu'autrefois ; on dit que les jeunes n'ont pas de culture, qu'ils sont narcissiques, mais on le dit par rapport à un contexte qu'ils ne connaissent pas ; à un âge où ils doivent se constituer et devenir " un sujet " à part entière, ils ressentent comme dangereuses les références à ce qui existait autrefois. Et cela éclaire la crise de transmission qui, en Occident, touche toutes les institutions à finalité éducative, l'école et les autres.

       Dans ce contexte, comment chez les jeunes faire " résonner la Parole " (nom que Denis Villepelet donne à la catéchèse) ? Question difficile, abordée en particulier dans la lettre des évêques de France de 1996 " Proposer la foi dans la société actuelle ". Pour ceux-ci, la situation est critique : baisse de la pratique religieuse, catéchèse centrée sur les 8-12 ans (mais pour 30% seulement de chaque classe d'âge, pourcentage qui baisse d'ailleurs de 1% par an), absente chez les étudiants ou les " jeunes professionnels " (sauf ceux qui ont participé aux JMJ). La catéchèse ne fait plus partie du " temps institutionnel " de l'enfant mais de son " temps associatif ", alors qu'autrefois, quand la plupart des enfants étaient scolarisés jusqu'à 12 ans, la catéchèse pouvait être naturellement menée en parallèle jusqu'à la " grande communion ", qui était le pendant du " certificat d'études ". De plus, les familles jouaient un rôle dans la transmission de la foi, ce qui est moins le cas aujourd'hui où les adultes " questionnent " eux-mêmes leur foi : il faut donc, dit Denis Villepelet, se réapproprier la catéchèse des adultes, et avec un langage qui ne soit pas un langage d'enfants. Sans doute y a-t-il 180 000 catéchistes en France, tous bénévoles (et cela est remarquable) ; mais le corps des catéchistes est en train de vieillir ; par ailleurs il est essentiellement féminin, et il faut que des pères s'y impliquent, car les jeunes ont besoin d'une parole masculine à côté de la féminine : pourquoi pas la catéchèse le dimanche ?

       Ce constat, pessimiste, permet néanmoins de distinguer des pistes pour l'avenir : faire appel à des catéchistes masculins, ne pas s'adresser qu'aux 8-12 ans, prendre en compte les adultes…, mais également se centrer sur l'essentiel : la Résurrection, l'appel à la conversion constante… Par ailleurs, ne pas oublier " ce qui marche bien " : les grands rassemblements (JMJ), les grands groupes avec des liturgies qui ne soient pas seulement la liturgie eucharistique, et qui permettent de " goûter ", de ressentir la présence de Dieu. D'aucuns se demandent si cela n'est pas " de l'éphémère " ; mais beaucoup de jeunes disent : " ça nous a marqué pour la vie ! "

       Traitant plus spécifiquement du rôle des parents, Christine Ponsard, rédactrice en chef de " Une semaine avec Dieu " à " Famille chrétienne ", rappelle que ceux-ci sont les premiers éducateurs de la foi (Gaudium et Spes). Mais nombre d'entre eux sont découragés et doutent de leurs capacités dans ce domaine : ils ne savent pas où ils en sont eux-mêmes de leur propre foi, ils se sentent mal à l'aise dans l'Eglise (baisse de leur pratique religieuse, situations conjugales compliquées…), ils se sentent isolés… L'urgence est de redonner confiance à ces parents, surtout aux jeunes parents (et les grands parents ont à cet égard un rôle essentiel). L'important n'est pas, pour eux, d'être un pilier de sacristie, mais de se mettre en route vers le Seigneur, en se sachant pauvres et en reconnaissant le besoin d'être sauvés : Jésus n'est pas venu pour les premiers prix de vertu mais pour les parents incompétents et qui ne savent pas comment s'y prendre. Ce ne sont pas nos compétences, en effet, qui permettent de transmettre la foi : tout au plus pouvons-nous préparer le terrain, mais c'est le Seigneur qui sème.

       Rappelant une parole de Saint Bernard : " Faites vous réservoir et non canal ", Christine Ponsard souligne qu'on ne donne que son " trop plein " : la transmission de la foi commence par la prière, par la fréquentation amoureuse de la Parole de Dieu. Au sein de la famille, elle suppose de plus un climat ; elle est davantage une question " d'être " que de " dire", d'attitudes (amour, pardon, partage, accueil, bienveillance envers autrui, paix, confiance, simplicité de la vie quotidienne…) que d'enseignement. Elle insiste aussi sur le sens de la fête, sur la capacité à s'émerveiller : il faut que les jeunes puissent montrer aux autres " qu'être chrétien, ce n'est pas triste ".

Livres à consulter :
Christine PONSARD :
L'Evangile pour les enfants (Fleurus).
La foi en famille (Béatitudes).
Miracles de Jésus en BD (Fleurus).
Paraboles de Jésus (Fleurus)