LE CONCILE VATICAN II
SAMEDI 26 AVRIL 2003

 
Père Silvano BELLOMO
  Monique HÉBRARD
 
Bruno CHENU
(décédé à Paris le 23 mai 2003)

GRANDS DÉBATS SUR L'ÉGLISE D'AUJOURD'HUI
4 - La diversité des formes d'appartenance à l'Eglise


       Environ 150 personnes assistaient à ce débat animé par le Père Silvano Bellomo, curé de Notre Dame de Versailles. Monique Hébrard, journaliste, qui se consacre plus particulièrement aujourd'hui à des enquêtes sur les nouveaux phénomènes religieux, a axé son propos sur les communautés nouvelles, dont le modèle emblématique est le Renouveau charismatique. Ces communautés apparaissent à partir des années soixante, dans un contexte de basculement de civilisation : diminution des mariages et des naissances, accroissement des divorces, baisse de la pratique religieuse ; mais aussi crise de la JEC et de la JAC/MRJC (les militants se lancent dans la politique), fin du Concile (décembre 1965), évènements de mai 1968 avec le déclin de l'autorité et de la " transmission " entre générations. Et les décennies suivantes connaissent d'autres soubresauts : déclin des idéologies (sortie de " L'archipel du goulag " de Soljenitsyne), choc pétrolier, loi Veil, quête spirituelle hors de l'Eglise (par exemple dans les spiritualités orientales)…

       C'est en février 1967 qu'apparaît aux Etats-Unis le Renouveau charismatique, avec des groupes qui prient l'Esprit Saint de renouveler leur foi ; des baptêmes sont reçus de l'Esprit par imposition des mains, des charismes sont donnés directement par Dieu... Puis le mouvement se répand en France (37 communautés et 1800 groupes de prière aujourd'hui) et ailleurs. Si ces nouveaux convertis restent dans l'Eglise, c'est avec une forme de religion qui n'est plus basée sur des " obligations " extérieures, mais sur un surgissement intérieur. Ce mouvement est paradoxal à plusieurs titres : alors que le monde se pique de rationalité, les charismatiques vivent dans l'irrationnel (irruption de charismes) ; alors que l'action catholique voulait modifier les structures et " s'enfouir " pour être levain dans la pâte, ce sont les cœurs qu'eux cherchent à changer, et ils sortent dans la rue pour annoncer Jésus-Christ… Au départ l'Eglise institutionnelle se méfie : elle reste marquée par l'action catholique, et elle craint ce mouvement marqué par le fondamentalisme protestant ; pourtant c'est largement l'esprit du Concile qui inspire les charismatiques, avec la place prise par des laïcs qui mettent en œuvre leur baptême et utilisent les charismes que leur donne l'Esprit, avec la place donnée à l'écoute de la Parole, le sens de la communauté, le désir d'annoncer (de nommer) le Christ, l'engagement sur le " terrain de l'homme " (plus que sur celui des structures). Aujourd'hui les craintes se sont largement dissipées : les charismatiques ont donné à l'Eglise de nombreux prêtres, plusieurs évêques ; ils occupent des couvents, ont des écoles de la foi… Ils sont l'illustration d'un mouvement qui imprègne d'ailleurs toute l'Eglise, avec le retour de la prière, l'insistance sur l'Esprit et sur l'annonce de l'Evangile. Ils sont une alternative aux sectes avec leurs gourous, et au new age avec ses expériences de vie spirituelle profonde, en offrant en quelque sorte ces deux aspects.

       Bruno Chenu, journaliste-théologien à Bayard-Presse, présente diverses formes possibles d'attitudes religieuses. Croire (en Dieu, en une vie après la mort…) sans appartenir à l'Eglise, ce qui peut cependant s'accompagner d'une pratique " hors piste " (se résumant par exemple aux communions et aux mariages) mettant en cause la dimension communautaire et institutionnelle de l'Eglise. Appartenance partielle, sélective (on n'en prend qu'un peu), intermittente (on n'est pas marqué comme par un timbre par la pratique religieuse, mais plutôt comme par un post-it que l'on met et que l'on ôte). Appartenances plurielles : la vie ecclésiale peut ainsi prendre diverses formes : pèlerinages, parcours dans un centre spirituel, participation à une association, action dans des écoles, des hôpitaux, des médias…, mais aussi vie en paroisse (qui territorialise l'appartenance ecclésiale) ; ce qu'il faut, c'est inventer des liens transverses entre ces appartenances pour les mettre en résonance et en communion.

       Quels sont les types de christianisme qui " marchent " aujourd'hui, dans un monde où l'individu est roi (un monde du " tout à l'ego ") ? Bruno Chenu évoque successivement : le christianisme électif, où l'on choisit ce qui convient (tout en estimant avoir des droits sur l'ensemble) ; le christianisme identifiant, qui permet à l'individu, par son insertion dans un groupe, de conforter sa propre identité ; le christianisme émotionnel, avec plus de festif et d'ambiance que de contenu dogmatique, plus de corporel que de cérébral, plus de nouveautés incitant à l'authenticité (JMJ) que d'attitudes suivies ; le christianisme gratifiant, contribuant à l'épanouissement personnel et à l'harmonie intérieure ; le christianisme modulable, où l'on trie dans les croyances en s'adonnant à une sorte de nomadisme spirituel. Ce qui est vrai du christianisme l'est d'ailleurs des autres spiritualités, note Bruno Chenu : il y a en effet dans le monde une uniformisation de l'attente religieuse, une sorte de " macdonaldisation " spirituelle.

 

Livres à consulter :
Monique Hébrard :
Les nouveaux convertis (Presses de la Renaissance)
Les nouveaux disciples dix ans après (Centurion).

Bruno Chenu :
Le grand livre des negro spirituals (Bayard)
Dieu au XXIe siècle (d°).