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Monique
HÉBRARD |
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Bruno CHENU
(décédé à Paris
le 23 mai 2003)
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GRANDS DÉBATS
SUR L'ÉGLISE D'AUJOURD'HUI
4 - La diversité des formes d'appartenance à l'Eglise
Environ
150 personnes assistaient à ce débat animé par le Père Silvano
Bellomo, curé de Notre Dame de Versailles. Monique Hébrard,
journaliste, qui se consacre plus particulièrement aujourd'hui
à des enquêtes sur les nouveaux phénomènes religieux, a axé son
propos sur les communautés nouvelles, dont le modèle emblématique
est le Renouveau charismatique. Ces communautés apparaissent à
partir des années soixante, dans un contexte de basculement de
civilisation : diminution des mariages et des naissances, accroissement
des divorces, baisse de la pratique religieuse ; mais aussi crise
de la JEC et de la JAC/MRJC (les militants se lancent dans la
politique), fin du Concile (décembre 1965), évènements de mai
1968 avec le déclin de l'autorité et de la " transmission " entre
générations. Et les décennies suivantes connaissent d'autres soubresauts
: déclin des idéologies (sortie de " L'archipel du goulag " de
Soljenitsyne), choc pétrolier, loi Veil, quête spirituelle hors
de l'Eglise (par exemple dans les spiritualités orientales)…
C'est
en février 1967 qu'apparaît aux Etats-Unis le Renouveau charismatique,
avec des groupes qui prient l'Esprit Saint de renouveler leur
foi ; des baptêmes sont reçus de l'Esprit par imposition des mains,
des charismes sont donnés directement par Dieu... Puis le mouvement
se répand en France (37 communautés et 1800 groupes de prière
aujourd'hui) et ailleurs. Si ces nouveaux convertis restent dans
l'Eglise, c'est avec une forme de religion qui n'est plus basée
sur des " obligations " extérieures, mais sur un surgissement
intérieur. Ce mouvement est paradoxal à plusieurs titres : alors
que le monde se pique de rationalité, les charismatiques vivent
dans l'irrationnel (irruption de charismes) ; alors que l'action
catholique voulait modifier les structures et " s'enfouir " pour
être levain dans la pâte, ce sont les cœurs qu'eux cherchent à
changer, et ils sortent dans la rue pour annoncer Jésus-Christ…
Au départ l'Eglise institutionnelle se méfie : elle reste marquée
par l'action catholique, et elle craint ce mouvement marqué par
le fondamentalisme protestant ; pourtant c'est largement l'esprit
du Concile qui inspire les charismatiques, avec la place prise
par des laïcs qui mettent en œuvre leur baptême et utilisent les
charismes que leur donne l'Esprit, avec la place donnée à l'écoute
de la Parole, le sens de la communauté, le désir d'annoncer (de
nommer) le Christ, l'engagement sur le " terrain de l'homme "
(plus que sur celui des structures). Aujourd'hui les craintes
se sont largement dissipées : les charismatiques ont donné à l'Eglise
de nombreux prêtres, plusieurs évêques ; ils occupent des couvents,
ont des écoles de la foi… Ils sont l'illustration d'un mouvement
qui imprègne d'ailleurs toute l'Eglise, avec le retour de la prière,
l'insistance sur l'Esprit et sur l'annonce de l'Evangile. Ils
sont une alternative aux sectes avec leurs gourous, et au new
age avec ses expériences de vie spirituelle profonde, en offrant
en quelque sorte ces deux aspects.
Bruno
Chenu, journaliste-théologien à Bayard-Presse, présente diverses
formes possibles d'attitudes religieuses. Croire
(en Dieu, en une vie après la mort…) sans appartenir à
l'Eglise, ce qui peut cependant s'accompagner d'une pratique "
hors piste " (se résumant par exemple aux communions et aux mariages)
mettant en cause la dimension communautaire et institutionnelle
de l'Eglise. Appartenance partielle, sélective (on
n'en prend qu'un peu), intermittente (on n'est pas marqué comme
par un timbre par la pratique religieuse, mais plutôt comme par
un post-it que l'on met et que l'on ôte). Appartenances
plurielles : la vie ecclésiale peut ainsi prendre diverses
formes : pèlerinages, parcours dans un centre spirituel, participation
à une association, action dans des écoles, des hôpitaux, des médias…,
mais aussi vie en paroisse (qui territorialise l'appartenance
ecclésiale) ; ce qu'il faut, c'est inventer des liens transverses
entre ces appartenances pour les mettre en résonance et en communion.
Quels
sont les types de christianisme qui " marchent " aujourd'hui,
dans un monde où l'individu est roi (un monde du " tout à l'ego
") ? Bruno Chenu évoque successivement : le christianisme électif,
où l'on choisit ce qui convient (tout en estimant avoir des droits
sur l'ensemble) ; le christianisme identifiant,
qui permet à l'individu, par son insertion dans un groupe, de
conforter sa propre identité ; le christianisme émotionnel,
avec plus de festif et d'ambiance que de contenu dogmatique, plus
de corporel que de cérébral, plus de nouveautés incitant à l'authenticité
(JMJ) que d'attitudes suivies ; le christianisme gratifiant,
contribuant à l'épanouissement personnel et à l'harmonie intérieure
; le christianisme modulable, où l'on trie dans
les croyances en s'adonnant à une sorte de nomadisme spirituel.
Ce qui est vrai du christianisme l'est d'ailleurs des autres spiritualités,
note Bruno Chenu : il y a en effet dans le monde une uniformisation
de l'attente religieuse, une sorte de " macdonaldisation " spirituelle.
Livres à consulter :
Monique Hébrard :
Les
nouveaux convertis (Presses de la Renaissance)
Les nouveaux disciples dix ans après (Centurion).
Bruno Chenu :
Le
grand livre des negro spirituals (Bayard)
Dieu au XXIe siècle (d°).
