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Loïc BELAN
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Paul
DE CLERCK |
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Bernadette MÉLOIS
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GRANDS DÉBATS
SUR L'ÉGLISE D'AUJOURD'HUI
5 - Le Renouveau liturgique
Le débat était animé par le Père Loïck Bélan,
délégué diocésain à la pastorale sacramentelle et liturgique,
qui a rappelé en introduction que le renouveau de la liturgie
se situe, selon Jean-Paul II, dans la grande Tradition, en étant
: actualisation du mystère pascal, lecture de la Parole de Dieu,
manifestation de l'Eglise. Paul De Clerck, professeur de
théologie des sacrements et de liturgie à l'Institut Catholique,
a ensuite montré comment les décisions du Concile Vatican II s'inséraient
dans une histoire dont on peut voir l'origine dans
la refondation (1833) de Solesmes et de l'ordre bénédictin par
dom Guéranger, qui donna une place centrale à la liturgie ; il
en fut de même dans les monastères allemands, les abbayes belges,
et on redécouvrit que la liturgie peut faire vivre des gens. Puis,
à Louvain, dom Lambert Baudouin voulut que ce soit tous les chrétiens
qui en vivent, ce qui posa le problème de la langue ; d'où la
diffusion à grands tirages du missel des fidèles mettant en regard
les textes en latin et en français, ce qui permit à beaucoup de
se familiariser avec la prière de l'Eglise. En mai 1943 est créé
à Paris le centre de pastorale liturgique. Parallèlement, les
pratiques se modifiaient : au début du XXème siècle les
chrétiens ne communiaient pratiquement jamais, et Pie X mit fin
à cette lacune : décret de 1905 sur la communion fréquente, instauration
de la première communion des enfants vers 7 ans en 1910. Plus
tard, Pie XII restaure la vigile pascale (1951), puis la semaine
sainte (1955).
L'existence de ce " mouvement liturgique
" explique que, dès l'ouverture du Concile, les
dossiers aient été prêts et que la constitution sur la liturgie
ait été la première à être votée (décembre 1963). Deux idées centrales
y apparaissent : - que la liturgie n'est pas une remémoration
du passé mais que c'est le mystère du Christ qui nous est donné
à vivre aujourd'hui, c'est le Ressuscité que nous fêtons (" aujourd'hui,
nous célébrons Jésus-Christ ") ; - et que la liturgie nous est
destinée : elle est sans doute " pour la gloire de Dieu ", mais
aussi " pour le salut du monde " ; elle est la prière des chrétiens
et il faut donc que le peuple chrétien puisse se l'approprier,
qu'il puisse " prier la messe " et non plus comme autrefois y
assister en faisant autre chose (réciter son chapelet…) ; d'où
le passage aux langues vivantes (le missel romain est traduit
en plus de 300 langues). Sur la mise en œuvre de la constitution
conciliaire, Paul De Clerck insiste sur trois points :
la restauration du rituel de l'initiation chrétienne des adultes,
conduisant au baptême en trois ans ; le renouveau de la liturgie
des Heures ; le renouveau du sacrifice eucharistique, avec l'ouverture
plus large du trésor des Ecritures, l'apparition de diverses prières
eucharistiques (dix au lieu de une) insistant sur l'œuvre de l'Esprit,
la communion sous les deux Espèces, la mise de l'autel " au centre
" (ce qui se traduit par : le prêtre face au peuple). Aujourd'hui,
l'essentiel de ce renouveau est " bien passé ", mais certaines
difficultés demeurent, en particulier sur le sacrement de réconciliation
et sur le rapport des fidèles à la prière eucharistique.
Bernadette Mélois, rédactrice en chef de
" Magnificat ", a ensuite montré comment la liturgie est une
éducation à la prière : le fait de participer à la messe,
et non plus seulement d'y assister, est en effet un apprentissage
de la prière. Elle en donne de nombreux exemples. Ainsi : la liturgie
a un caractère ecclésial, la grande majorité des prières de la
messe disent " nous " et non " je ", et ce " nous " ne doit pas
être compris au sens d'un rassemblement d'individus, mais comme
manifestant le Corps du Christ ; de la même manière, la prière
personnelle doit se faire en s'insérant dans le " nous " de l'Eglise.
La messe nous apprend également, par l'écoute et la méditation
de la Parole de Dieu, que la prière n'est pas tant ce que nous
disons à Dieu, mais ce qu'Il nous apporte. La messe nous enseigne
aussi l'action de grâce (par les prières eucharistiques, les psaumes…),
la supplication (" Seigneur, prends pitié "), l'invocation (à
l'Esprit Saint), la manière de porter le monde dans notre prière
(prière universelle)…
Pour Bernadette Mélois, la messe n'est pas
la seule forme de liturgie. C'est ainsi que la liturgie
des Heures, qui remplace l'ancien bréviaire, est offerte
à toute la communauté chrétienne, et elle prépare à la prière
eucharistique (en permettant en particulier l'apprentissage de
l'écoute de la Parole de Dieu). Bernadette Mélois évoque aussi
les dévotions (pèlerinages, chemins de Croix, chapelet…),
qui n'ont pas été l'une des grandes préoccupations du Concile,
mais qui ont réapparu à partir des années quatre vingt : la vie
spirituelle n'est en effet pas enfermée dans la seule liturgie.
Il reste qu'il faut distinguer entre dévotions privées et liturgie
: entre elles, il y a une hiérarchie.
Livres de Paul De Clerck :
- L'Intelligence de la liturgie, Cerf, collection
"Liturgie", 1995.
- La liturgie, lieu théologique, Ed. Beauchesne, collection
"Sciences théologiques et religieuses", 2000.
Magnificat : 15 rue Moussorgski, 75018 Paris
