LE CONCILE VATICAN II
SAMEDI 17 MAI 2003

Loïc BELAN
 
  Paul DE CLERCK
 
Bernadette MÉLOIS

GRANDS DÉBATS SUR L'ÉGLISE D'AUJOURD'HUI
5 - Le Renouveau liturgique


Le débat était animé par le Père Loïck Bélan, délégué diocésain à la pastorale sacramentelle et liturgique, qui a rappelé en introduction que le renouveau de la liturgie se situe, selon Jean-Paul II, dans la grande Tradition, en étant : actualisation du mystère pascal, lecture de la Parole de Dieu, manifestation de l'Eglise. Paul De Clerck, professeur de théologie des sacrements et de liturgie à l'Institut Catholique, a ensuite montré comment les décisions du Concile Vatican II s'inséraient dans une histoire dont on peut voir l'origine dans la refondation (1833) de Solesmes et de l'ordre bénédictin par dom Guéranger, qui donna une place centrale à la liturgie ; il en fut de même dans les monastères allemands, les abbayes belges, et on redécouvrit que la liturgie peut faire vivre des gens. Puis, à Louvain, dom Lambert Baudouin voulut que ce soit tous les chrétiens qui en vivent, ce qui posa le problème de la langue ; d'où la diffusion à grands tirages du missel des fidèles mettant en regard les textes en latin et en français, ce qui permit à beaucoup de se familiariser avec la prière de l'Eglise. En mai 1943 est créé à Paris le centre de pastorale liturgique. Parallèlement, les pratiques se modifiaient : au début du XXème siècle les chrétiens ne communiaient pratiquement jamais, et Pie X mit fin à cette lacune : décret de 1905 sur la communion fréquente, instauration de la première communion des enfants vers 7 ans en 1910. Plus tard, Pie XII restaure la vigile pascale (1951), puis la semaine sainte (1955).

L'existence de ce " mouvement liturgique " explique que, dès l'ouverture du Concile, les dossiers aient été prêts et que la constitution sur la liturgie ait été la première à être votée (décembre 1963). Deux idées centrales y apparaissent : - que la liturgie n'est pas une remémoration du passé mais que c'est le mystère du Christ qui nous est donné à vivre aujourd'hui, c'est le Ressuscité que nous fêtons (" aujourd'hui, nous célébrons Jésus-Christ ") ; - et que la liturgie nous est destinée : elle est sans doute " pour la gloire de Dieu ", mais aussi " pour le salut du monde " ; elle est la prière des chrétiens et il faut donc que le peuple chrétien puisse se l'approprier, qu'il puisse " prier la messe " et non plus comme autrefois y assister en faisant autre chose (réciter son chapelet…) ; d'où le passage aux langues vivantes (le missel romain est traduit en plus de 300 langues). Sur la mise en œuvre de la constitution conciliaire, Paul De Clerck insiste sur trois points : la restauration du rituel de l'initiation chrétienne des adultes, conduisant au baptême en trois ans ; le renouveau de la liturgie des Heures ; le renouveau du sacrifice eucharistique, avec l'ouverture plus large du trésor des Ecritures, l'apparition de diverses prières eucharistiques (dix au lieu de une) insistant sur l'œuvre de l'Esprit, la communion sous les deux Espèces, la mise de l'autel " au centre " (ce qui se traduit par : le prêtre face au peuple). Aujourd'hui, l'essentiel de ce renouveau est " bien passé ", mais certaines difficultés demeurent, en particulier sur le sacrement de réconciliation et sur le rapport des fidèles à la prière eucharistique.

Bernadette Mélois, rédactrice en chef de " Magnificat ", a ensuite montré comment la liturgie est une éducation à la prière : le fait de participer à la messe, et non plus seulement d'y assister, est en effet un apprentissage de la prière. Elle en donne de nombreux exemples. Ainsi : la liturgie a un caractère ecclésial, la grande majorité des prières de la messe disent " nous " et non " je ", et ce " nous " ne doit pas être compris au sens d'un rassemblement d'individus, mais comme manifestant le Corps du Christ ; de la même manière, la prière personnelle doit se faire en s'insérant dans le " nous " de l'Eglise. La messe nous apprend également, par l'écoute et la méditation de la Parole de Dieu, que la prière n'est pas tant ce que nous disons à Dieu, mais ce qu'Il nous apporte. La messe nous enseigne aussi l'action de grâce (par les prières eucharistiques, les psaumes…), la supplication (" Seigneur, prends pitié "), l'invocation (à l'Esprit Saint), la manière de porter le monde dans notre prière (prière universelle)…

Pour Bernadette Mélois, la messe n'est pas la seule forme de liturgie. C'est ainsi que la liturgie des Heures, qui remplace l'ancien bréviaire, est offerte à toute la communauté chrétienne, et elle prépare à la prière eucharistique (en permettant en particulier l'apprentissage de l'écoute de la Parole de Dieu). Bernadette Mélois évoque aussi les dévotions (pèlerinages, chemins de Croix, chapelet…), qui n'ont pas été l'une des grandes préoccupations du Concile, mais qui ont réapparu à partir des années quatre vingt : la vie spirituelle n'est en effet pas enfermée dans la seule liturgie. Il reste qu'il faut distinguer entre dévotions privées et liturgie : entre elles, il y a une hiérarchie.

Livres de Paul De Clerck :
- L'Intelligence de la liturgie, Cerf, collection "Liturgie", 1995.
- La liturgie, lieu théologique, Ed. Beauchesne, collection "Sciences théologiques et religieuses", 2000.

Magnificat : 15 rue Moussorgski, 75018 Paris