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Marc BAUDRILLER
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Gilles
de COURTIVRON |
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Guillaume GOUBERT
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Paul de SINÉTY |
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GRANDS DÉBATS
SUR L'ÉGLISE D'AUJOURD'HUI
6 - L'Église et les médias
Ce sixième « grand débat » était animé par
Marc Baudriller, journaliste médias à « Stratégies ». Autour de
lui : Paul de Sinéty, rédacteur en chef de Paris Notre
Dame, publication officielle du diocèse de Paris, créée il
y a 20 ans ; Guillaume Goubert, rédacteur en chef adjoint
de La Croix, publication du groupe Bayard, fondée il y
a 120 ans par les Assomptionnistes ; Gilles de Courtivron,
président des publications de La Vie Catholique, groupe
créé par les Dominicains en 1932 et qui est, depuis le milieu
du siècle dernier, dirigé par des laïcs.
La première partie du débat concernait
les médias « chrétiens ». Comment se situent-ils par rapport
à l’institution ecclésiale ? Si Paris Notre
Dame est le « journal officiel » du diocèse, il devient aussi
peu à peu un outil pastoral qui cherche à donner aux lecteurs
des repères pour comprendre le monde. La Croix, qui vise
à porter chaque jour un regard chrétien sur l’actualité, revendique
son appartenance à l’Eglise mais sans en être un organe officiel
: « avec Rome, parfois sans Rome, jamais contre Rome », dit Guillaume
Goubert, qui ajoute : « nous donnons l’information exacte, en
particulier sur les questions religieuses, mais cela ne préjuge
pas notre position éditoriale, ce qui peut entraîner quelques
tensions avec le magistère ». La Vie n’a aucun lien institutionnel
avec l’Eglise et, tout en restant « fidèle », prend parfois des
positions « distanciées » ; une différence avec La Croix vient
de ce qu’un hebdomadaire manque de place, ce qui l’empêche de
publier les textes de l’Eglise. Quels sont les lecteurs
de ces publications ? Le problème de la presse catholique
en France demeure d’avoir un lectorat âgé ; elle n’attire pas
les jeunes, qui en général ne se construisent pas par rapport
à des institutions (il y a de moins en moins de chrétiens jeunes),
et qui ont plutôt tendance à « grappiller » ; il faut tenter des
expériences pour les atteindre et donc, comme le dit Gilles de
Courtivron, « tordre les formules journalistiques ». Les
publications catholiques sont-elles rentables ? Comment
« concilier le porte monnaie et le sermon » ? Si certains titres
y arrivent (Prier, Prions en Eglise…), cela ne peut masquer de
fréquentes difficultés, dont l’une des raisons réside dans la
faiblesse des ressources publicitaires. Dans le groupe de La
Vie, d’autres publications, non spécifiquement confessionnelles
(tout en ayant évidemment une exigence éthique), mais rentables,
assurent l’équilibre. La Croix, elle, a été pour la première
fois de son histoire bénéficiaire en 2002 (mais il est vrai qu’elle
reçoit la subvention gouvernementale qui est donnée aux journaux
ayant peu de ressources publicitaires). Dans tous les cas, il
faut se battre pour avoir des équipes de valeur, et le fait d’être
sain financièrement, de ne pas donner aux journalistes le sentiment
d’être « les danseuses des autres », est à cet égard un élément
de motivation. Les média catholiques servent-ils l’Eglise
? Evidemment, répond Paul de Sinéty pour Paris Notre
Dame (ainsi que pour Radio Notre Dame et la chaîne
KTO). Oui pour Guillaume Goubert : La Croix est au service
de l’Evangile et de l’espérance. Oui aussi pour Gilles de Courtivron
: sans être toujours d’accord avec le magistère, La Vie
rend un vrai service à l’Evangile lorsqu’elle dit non à l’amnistie
des chauffards, qu’elle cherche à faire comprendre l’affaire du
foulard islamique, qu’elle donne des repères sur l’Evangile et
l’art…
La deuxième partie du débat a porté sur les
relations entre l’Eglise et les autres médias. Ces derniers
n’ont-ils pas tendance à « maltraiter » l’Eglise ?
En réalité, on constate que leur anticléricalisme instinctif tend
à s’atténuer au fur et à mesure que l’Eglise devient minoritaire
en France ; on y parle dorénavant de l’ouverture du Carême (et
non plus seulement de celle du Ramadan) ; des personnalités connues
(Max Gallo, Depardieu…) disent être chrétiens, et l’on respecte
ceux qui affirment leurs convictions ; mais, d’un autre côté,
les médias font preuve d’une grande méconnaissance des questions
religieuses, et tendent à se cantonner dans les questions de culture
(religieuse) alors qu’il faudrait, affirme Gilles de Courtivron,
des témoignages montrant comment la foi « apporte du bien à l’homme
». Pour Guillaume Goubert, si les prises de position de l’Eglise
attirent souvent des réactions, cela vaut quand même mieux que
« la paix des cimetières » ; par ailleurs, ajoute-t-il, il n’y
a aucune « maltraitance » vis-à-vis de Jean-Paul II, alors qu’autrefois
la presse ne savait pas vraiment ce qu’était un pape. Cependant,
demande Marc Baudriller, le message de l’Eglise est-il adapté
aux médias de masse ? Le mode d’expression du magistère
pose problème, reconnaît Guillaume Goubert : autrefois, des intermédiaires,
évêques, curés, faisaient un travail de décantation, permettant
de passer de la fermeté doctrinale à la compréhension pastorale
; aujourd’hui, ce que dit le magistère (un discours d’ailleurs
souvent plus intellectuel qu’allant droit au cœur) parvient directement
à des gens qui, par ailleurs, ont naturellement plus tendance
à marquer leur différence qu’à affirmer leur appartenance à une
institution. Paul de Sinéty indique que c’est pour répondre à
cette difficulté qu’ont été créés des supports tels que Radio
Notre Dame ou KTO.
Livres à consulter :
Je vous appelle amis, entretiens de Timothy Radcliffe
avec Guillaume Goubert (Cerf).
Tout ce qui n'est pas donné est perdu, Pierre
Ceyrac et Paul de Sinéry (DDB).
L'amour des voyageurs, nouvel itinéraire de Paris à Jérusalem,
Paul de Sinéty (Balland).
Pélerin des frontières, Pierre Ceyrac et Paul
de Sinéty (Cerf).
