LE CONCILE VATICAN II
SAMEDI 14 JUIN 2003

Paul-Ivan de SAINT GERMAIN
 
  Père Jacques TURCK
Jean BOISSONNAT

GRANDS DÉBATS SUR L'ÉGLISE D'AUJOURD'HUI
7 - Engagement des chrétiens laïcs dans le monde


Animé par Paul-Ivan de Saint Germain, ce septième et dernier grand débat a vu les interventions de Jacques Turck, prêtre au diocèse de Nanterre, professeur de théologie, responsable du secteur pastoral du quartier d'affaires de La Défense, et de Jean Boissonnat, journaliste, économiste et chrétien, ancien président des Semaines Sociales de France, et co-auteur de " Notre foi dans ce siècle ".

Que les laïcs aient une mission dans le monde n'est pas nouveau, rappelle Jacques Turck : dès les premières communautés (cf. Actes des Apôtres), il apparaît que les chrétiens sont poussés par les évènements à aller " dehors " et à répondre à trois services fondamentaux :
- annoncer la Parole ;
- baptiser et célébrer le mémorial de la dernière Cène ;
- se préoccuper des pauvres.
V
atican II, en particulier dans Lumen Gentium et le décret sur l'apostolat des laïcs, explicitera ce triple caractère de la mission des laïcs : prophétique (lire l'Ecriture et annoncer la parole de Dieu), sacerdotal (être de ceux qui font le lien entre Dieu et les hommes), et pastoral ou royal (organiser le monde de telle sorte qu'il ne manque rien aux hommes qui vivent sur terre, ni sur le plan matériel ni sur le plan spirituel). De nombreux autres textes expliciteront ce dernier caractère, en mettant en évidence la dignité de tout homme, et en soulignant qu'il ne faut pas négliger les tâches humaines et ignorer les non-chrétiens en se " réfugiant dans l'Eglise " : les chrétiens laïcs ont comme mission de travailler au progrès de l'humanité , et de faire pénétrer les réalités terrestres par l'esprit évangélique.

Comment concrètement, au cours de l'histoire, les chrétiens se sont-ils comportés vis-à-vis de la société ? se demande ensuite Jean Boissonnat. Au début, ils croyaient au proche retour du Christ, et ont donc adopté une attitude prudente, en ne visant pas à changer la société, en ne cherchant pas à apparaître comme des révolutionnaires ou des réformistes, en payant l'impôt… ; attitude " d'abstention ", mais où le christianisme a pu profiter de l'extension de l'empire romain. Puis la crise de cet empire et la nécessité de résister aux invasions barbares poussèrent Constantin à proclamer le christianisme religion d'Etat ; l'Eglise est appelée à faire exister la société, les chrétiens agissent au sein de structures qui sont chrétiennes, et la " confusion du trône et de l'autel " s'instaure pour mille ans ; attitude de " compromission " (l'Eglise subissant l'influence du pouvoir politique), mais qui laisse intact le message évangélique. Avec la Révolution, il y a " séparation " des pouvoirs : la société n'est plus chrétienne, on reconnaît qu'elle n'a pas à l'être, et ce n'est plus le cadre sociétal où nous nous trouvons, mais bien notre foi, qui nous conduit à vivre en chrétiens, d'ailleurs à nos risques et périls. Dorénavant, nous avons à interpréter le message du Christ (qui n'a pas laissé de texte écrit) en prêtant attention à la sagesse de l'Eglise, et à prendre nos responsabilités dans le monde.

Quelles sont, plus précisément, ces responsabilités ? D'abord avoir l'intelligence de nos références (ce qui implique de les connaître), et par exemple rappeler le sens précis de l'amour chrétien, qui n'a rien à voir avec sa signification courante. Ensuite avoir un regard " critique " sur le monde (ce qu'a par exemple fait le pape à propos de la crise irakienne). Enfin, participer aux grands " chantiers " du monde et faire des expérimentations : dans le domaine économique, après le XIXème siècle qui a été le siècle de la croissance et le XXème celui de la justice sociale, le chantier qui s'ouvre aujourd'hui est celui du développement durable ; dans le domaine politique, il s'agit de savoir, au delà du modèle de nation que l'on connaît depuis le XIXème siècle, comment organiser le pouvoir au sein d'un globe dont la surface est limitée mais dont la population s'accroît constamment (6 milliards aujourd'hui) ; dans le domaine de la santé, le grand chantier est évidemment celui de la gestion du " vivant ". Comment organiser ces divers chantiers, telle est la question auxquels doivent s'atteler les laïcs, en faisant preuve de l'esprit d'espérance qui est la marque de l'Eglise.

C'est un peu ce que vit Jacques Turck au sein du secteur de La Défense. La petite communauté de chrétiens qu'il anime ne veut être ni repoussoir, ni refuge où l'on se replierait dans le confort d'une foi individuelle. Elle cherche au contraire à s'ouvrir, à trouver les repères où situer l'action professionnelle, à mesurer les pouvoirs que nous avons pour changer les choses, tout en sachant résister et manifester un regard critique.

Comme le disait Paul-Ivan de Saint Germain, il n'est désormais plus possible de se réfugier en chrétienté ; nous avons à agir sur le monde ( cf. la grande prière de Jésus : " de même que tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde ") et notre engagement est une condition à un témoignage crédible.

 

À lire :
Michel Albert, Jean Boissonnat, Michel Camdessus :
Notre foi dans ce siècle (Arléa)