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Paul-Ivan de SAINT GERMAIN
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Père
Jacques TURCK |
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Jean BOISSONNAT |
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GRANDS DÉBATS
SUR L'ÉGLISE D'AUJOURD'HUI
7 - Engagement des chrétiens laïcs dans le monde
Animé par Paul-Ivan de Saint Germain, ce
septième et dernier grand débat a vu les interventions de Jacques
Turck, prêtre au diocèse de Nanterre, professeur de théologie,
responsable du secteur pastoral du quartier d'affaires de La Défense,
et de Jean Boissonnat, journaliste, économiste et chrétien, ancien
président des Semaines Sociales de France, et co-auteur de " Notre
foi dans ce siècle ".
Que les laïcs aient une mission dans le
monde n'est pas nouveau, rappelle Jacques Turck : dès les
premières communautés (cf. Actes des Apôtres), il apparaît que
les chrétiens sont poussés par les évènements à aller " dehors
" et à répondre à trois services fondamentaux :
- annoncer la Parole ;
- baptiser et célébrer le mémorial de la dernière
Cène ;
- se préoccuper des pauvres.
Vatican II, en particulier dans Lumen Gentium
et le décret sur l'apostolat des laïcs, explicitera ce triple
caractère de la mission des laïcs : prophétique (lire l'Ecriture
et annoncer la parole de Dieu), sacerdotal (être de ceux qui font
le lien entre Dieu et les hommes), et pastoral ou royal (organiser
le monde de telle sorte qu'il ne manque rien aux hommes qui vivent
sur terre, ni sur le plan matériel ni sur le plan spirituel).
De nombreux autres textes expliciteront ce dernier caractère,
en mettant en évidence la dignité de tout homme, et en soulignant
qu'il ne faut pas négliger les tâches humaines et ignorer les
non-chrétiens en se " réfugiant dans l'Eglise " : les chrétiens
laïcs ont comme mission de travailler au progrès de l'humanité
, et de faire pénétrer les réalités terrestres par l'esprit évangélique.
Comment concrètement, au cours de l'histoire,
les chrétiens se sont-ils comportés vis-à-vis de la société ?
se demande ensuite Jean Boissonnat. Au début, ils croyaient
au proche retour du Christ, et ont donc adopté une attitude prudente,
en ne visant pas à changer la société, en ne cherchant pas à apparaître
comme des révolutionnaires ou des réformistes, en payant l'impôt…
; attitude " d'abstention ", mais où le christianisme a pu profiter
de l'extension de l'empire romain. Puis la crise de cet empire
et la nécessité de résister aux invasions barbares poussèrent
Constantin à proclamer le christianisme religion d'Etat ; l'Eglise
est appelée à faire exister la société, les chrétiens agissent
au sein de structures qui sont chrétiennes, et la " confusion
du trône et de l'autel " s'instaure pour mille ans ; attitude
de " compromission " (l'Eglise subissant l'influence du pouvoir
politique), mais qui laisse intact le message évangélique. Avec
la Révolution, il y a " séparation " des pouvoirs : la société
n'est plus chrétienne, on reconnaît qu'elle n'a pas à l'être,
et ce n'est plus le cadre sociétal où nous nous trouvons, mais
bien notre foi, qui nous conduit à vivre en chrétiens, d'ailleurs
à nos risques et périls. Dorénavant, nous avons à interpréter
le message du Christ (qui n'a pas laissé de texte écrit) en prêtant
attention à la sagesse de l'Eglise, et à prendre nos responsabilités
dans le monde.
Quelles sont, plus précisément, ces responsabilités
? D'abord avoir l'intelligence de nos références (ce qui implique
de les connaître), et par exemple rappeler le sens précis de l'amour
chrétien, qui n'a rien à voir avec sa signification courante.
Ensuite avoir un regard " critique " sur le monde (ce qu'a par
exemple fait le pape à propos de la crise irakienne). Enfin, participer
aux grands " chantiers " du monde et faire des expérimentations
: dans le domaine économique, après le XIXème siècle qui
a été le siècle de la croissance et le XXème celui de la
justice sociale, le chantier qui s'ouvre aujourd'hui est celui
du développement durable ; dans le domaine politique, il s'agit
de savoir, au delà du modèle de nation que l'on connaît depuis
le XIXème siècle, comment organiser le pouvoir au sein
d'un globe dont la surface est limitée mais dont la population
s'accroît constamment (6 milliards aujourd'hui) ; dans le domaine
de la santé, le grand chantier est évidemment celui de la gestion
du " vivant ". Comment organiser ces divers chantiers, telle est
la question auxquels doivent s'atteler les laïcs, en faisant preuve
de l'esprit d'espérance qui est la marque de l'Eglise.
C'est un peu ce que vit Jacques Turck
au sein du secteur de La Défense. La petite communauté de chrétiens
qu'il anime ne veut être ni repoussoir, ni refuge où l'on se replierait
dans le confort d'une foi individuelle. Elle cherche au contraire
à s'ouvrir, à trouver les repères où situer l'action professionnelle,
à mesurer les pouvoirs que nous avons pour changer les choses,
tout en sachant résister et manifester un regard critique.
Comme le disait Paul-Ivan de Saint Germain,
il n'est désormais plus possible de se réfugier en chrétienté
; nous avons à agir sur le monde ( cf. la grande prière de Jésus
: " de même que tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les
ai envoyés dans le monde ") et notre engagement est une condition
à un témoignage crédible.
À lire :
Michel Albert, Jean Boissonnat, Michel Camdessus : Notre
foi dans ce siècle (Arléa)
